Atlas des décharges d'ordures ménagères dans les pays en développement

Haïti

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#La gestion des déchets ménagers en Haïti
#L'hydrologie en Haïti et les décharges.
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La gestion des déchets ménagers en Haïti

La situation en République d'Haïti en matière de gestion des déchets dans les zones urbaines est en pleine phase de transition. Bien que les mentalités semblent évoluer, la prise en charge des déchets par la collecte et un traitement efficace et respectueux de l'environnement n'est pas encore perçue de façon généralisée par la population comme une nécessité sur le plan économique, environnemental et socio-culturel. 

Certaines municipalités parviennent, parfois avec l'aide d'ONG ou des habitants sensibilisés, à maintenir ou à rétablir régulièrement un certain niveau de collecte et d'élimination des déchets ménagers. Par contre, dans d'autres villes ou quartiers, il n'est pas rare de voir de grandes quantités de rebuts s'amonceler çà et là, obstruant les voies publiques, les trottoirs, le réseau de drainage, etc. (Figures 1 à 3). Ces déchets finissent par se retrouver après de fortes pluies dans la mer et ensuite éparpillés sur le littoral. Telle était déjà la situation en février 1996 (Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications, 1996) et encore d'actualité en 1999 dans de nombreuses villes haïtiennes.

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Figure 1. Vue d'une ravine près de Cité Liberté à Port-au-Prince. Les déchets emportés par les eaux lors des orages s'amoncellent au niveau des ponts. (Photo Ministère de l'Environnement d'Haïti, 1999)

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Figure 2. Commune de Pétionville. Déchets déversés dans un ravin à proximité d'un marché de quartier. (Photo CWBI, 1999)

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Figure 3. Commune de Pétionville, route de Canapé Vert. Déchets s'amoncelant dans une ravine et fouillés par des animaux domestiques. (Photo CWBI, 1999)

La population de Haïti compte plus de 7 millions d'habitants, dont environ 25 % sont installés dans la capitale Port-au-Prince. La production de déchets ménagers atteint environ 3.500 m3 par jour à Port-au-Prince et de l'ordre de 600 m3 par jour sur l'ensemble des huit autres grandes agglomérations du pays (Cap Haïtien, Gonaïves, Les Cayes, Saint-Marc, Verrettes, Jérémie, Port-de-Paix, Limbé).

Le taux de ramassage des déchets dans ces villes, en porte à porte ou après centralisation en points de collecte, se situe aux alentours de 50%. Les facteurs limitants sont, en général selon les informations reçues, d'ordre technique, économique ou socio-culturel. En effet, certains quartiers à niveau de vie faible ne sont pas aisément accessibles. Les moyens auparavant alloués par l'Etat pour l'assainissement et la gestion des déchets dans les villes ont été réduits voire supprimés depuis environ trois ans. Les villes ne prélèvent pas d'impôts à cet effet et n'ont pas suffisamment de main-d'œuvre. En outre, certaines pratiques telles que le déversement des déchets d'arbrisseaux et des déchets ménagers et des marchés dans des petits dépotoirs de quartier sont encore très fréquentes (Figure 4). Lors des violentes averses qui s'abattent régulièrement pendant la saison des pluies, une partie de ces déchets sont emportés vers des goulets d'étranglements où ils intensifient les effets dévastateurs des eaux : soulèvement de chaussée, inondations des berges, etc.

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Figure 4. Vue d'un dépotoir dans le quartier Coton de la ville de Jérémie. Fondations d'une construction creusées dans les déchets. (Photo CWBI, 1999)

Les ordures des villes haïtiennes sont très riches en matières organiques d'origine agricole hautement putrescibles. Cette fraction continue de représenter, même dans la capitale et dans les villes disposant d'un port ouvert au commerce extérieur, plus de 50% de la masse totale des résidus en poids (tableau 1).

 Tableau 1 : Composition des déchets ménagers dans la région métropolitaine. (Source : CHF CORPORATION HOUSING FOUNDATION)

Matière organique 75%
Charbon, sable,... 8%
Matières plastiques 7%
Métal 3%
Papier, carton 3%
Tissus 2%
Verres 2%

Considérant le problème posé par la collecte ainsi que celui des décharges, la gestion des résidus métropolitains passe avant tout par une réduction des quantités générées à la source. Promouvoir le compostage individuel ou dans de petites collectivités en est un bon moyen. A plus grande échelle, cette technique a déjà montré ses limites à plusieurs reprises en Haïti comme ailleurs dans le monde. Il en est également de même pour les autres techniques de valorisation de la matière organique telle que la biométhanisation (pour plus de renseignements, nous renvoyons le lecteur aux textes ressources des conférences présentées dans le cadre du séminaire ainsi qu'aux généralités décrites dans l'atlas).

 En fin de compte, la mise en décharge reste la technique la plus simple à première vue et la moins onéreuse pour l'élimination des ordures ménagères après retrait éventuel des matériaux recyclables (plastiques, verres, métaux, etc.) et à condition qu'elles soient exemptes de produits toxiques (produits pharmaceutiques, hydrocarbures, encres, batteries, piles ou autres déchets renfermant des métaux lourds et des concentrations élevées en produits chimiques). Il existe toutefois plusieurs critères à respecter tant au niveau du choix des sites que de l'exploitation proprement dite. Cet atlas apporte un certain nombre d'informations sur les points généraux importants. Les objectifs de cet atlas sont aussi de décrire la situation en Haïti en matière de décharges d'ordures ménagères, et l'activité biologique qui s'y développe, sur base des visites effectuées sur différents sites et des documents consultés.

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L'hydrologie en Haïti et les décharges.

 Le climat, et plus particulièrement le bilan en eau, est un paramètre important qui conditionne l'activité biologique d'une décharge et par conséquent les moyens à mettre en œuvre afin de limiter l'impact sur l'environnement. Haïti a un climat de type tropical. La température annuelle moyenne le long des côtes, où sont implantées la majorité des villes, s'élève à 27°C, avec de légères variations entre l'hiver et l'été. Les saisons des pluies s'étalent d'avril à juin et d'octobre à novembre. La hauteur des précipitations annuelles à Port-au-Prince est de 1 346 mm, et seulement de 508 mm dans le Nord-Ouest. Les régions méridionales et occidentales sont assez sèches; les plaines les plus abritées, tel le Cul-de-Sac, sont de nature pratiquement désertique.

 Deux catégories de décharges peuvent être représentées en fonction du bilan en eau. La zone qui s'étend de Port au Prince jusqu'au Nord-Ouest est typique de la première ; les zones du Nord – Nord-Est (Cap Haïtien) et du Sud sont typiques de la seconde.

 La première catégorie (Cas type de Saint-Marc, figure 5) présente un bilan en eau négatif (l’évapotranspiration est supérieure à la pluviosité). Les eaux de pluie ne peuvent pénétrer profondément. La décharge n'a donc pas assez d'eau pour développer une activité biologique optimale. Cependant, il est primordial de déterminer si, lors des orages, l'eau de percolation et de ruissellement hypodermique a le temps d'atteindre la nappe et ainsi présenter un risque de pollution non négligeable.

Figure 5. Pluviométrie et évapotranspiration mensuelles moyennes sur la ville de Saint-Marc. (Source Ministère de l'Environnement d'Haïti)

Dans le cas de la seconde catégorie (Cas type du Cap Haïtien, figure 6) le bilan est positif et la percolation est possible avec une production de lixiviats. Celui-ci a un impact négatif sur la qualité de la nappe. Il est primordial de pouvoir identifier les cas où le bilan en eau est positif et de vérifier la production de percolats (lixiviats).

Figure 6. Pluviométrie et évapotranspiration mensuelles moyennes sur la ville du Cap Haïtien. (Source Ministère de l'Environnement d'Haïti)

 Une analyse préliminaire de l'évolution biologique permet de classer les décharges haïtiennes dans la catégorie des décharges intermédiaires à faible activité biologique.

 Les autres sources d'eau souterraine et de surface sont aussi très importantes à prendre en compte pour déterminer l'impact environnemental des décharges. En effet, plusieurs décharges sont implantées à proximité de la mer (Truitier, Jérémie,...) la nappe phréatique y est donc affleurante par endroits ou à certains moments de l'année. D'autres décharges sont situées à proximité de ravines (Les Cayes - Labarelle) qui, lors de la saison des pluies, sortent de leur lit et inondent la décharge. Notons que les sources d'eaux saumâtres peuvent impliquer une activité biologique de type sulfato-réductrice (gaz H2S toxique et corrosif) très embarrassante du point de vue économique et environnemental.

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Autres remarques

Une pratique fréquemment rencontrée en Haïti, et à éviter, est la mise à feu des déchets en décharge. En plus de créer une pollution atmosphérique considérable, la mise à feu peut rapidement mettre à nu les métaux lourds des piles, batteries, encres, etc. et ainsi contribuer à leur érosion et à la contamination de la nappe phréatique. Fort heureusement, les déchets ménagers actuels de Haïti contiennent peu d'éléments contenant des métaux lourds.

 Il convient également de mettre en garde contre les risques qu'il y a d'implanter des zones d'habitations sur ou à trop grande proximité des décharges d'ordures ménagères. L'activité biologique qui est amenée à s'y développer est source de problèmes épidémiologiques et hygiéniques.

 Un grand nombre de décharges haïtiennes sont donc implantées dans des zones défavorables. Un séminaire de sensibilisation à l'adresse des responsables politiques et techniques des mairies est donc opportun afin d'ouvrir des pistes de gestion efficace des déchets.

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Remerciements

L'atlas des décharges de Haïti n'aurait pu voir le jour sans le concours des Autorités Haïtiennes et de la Région Wallonne de Belgique. De même, le séminaire de sensibilisation à la gestion des déchets ménagers dans les villes de la République d'Haïti n'aurait pu être organisé sans l'aide de la BID et de la Faculté des Sciences et la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat d'Haïti.

Nous tenons également tout particulièrement à remercier pour l'aide, les conseils ou les informations reçues :

Le Ministère de l'Environnement de Haïti, et en particulier:

Monsieur le Ministre Yves CADET
Monsieur le Directeur Général Daniel BRIZARD
Monsieur le Directeur Technique Lionel PARISIEN
Monsieur Jean-Pierre MOISE
Monsieur Jean Gardy DUMOULIN
Madame ALTIDOR

 Le Ministère de l'Intérieur de Haïti, et en particulier:

Monsieur le Directeur des Collectivités Territoriales Paul Harry VOLTAIRE
Monsieur ANGLADE

 La Banque Interaméricaine de Développement (BID), et en particulier:

Monsieur le Représentant Résident en Haïti Philippe DEWEZ
Monsieur Serge AMBROISE

 La Direction Générale des Relations Extérieures de la Région Wallonne, et en particulier:

Monsieur le Directeur Général Philippe SUINEN
Madame Jeannine FALLY 

L’Ambassade d’Haïti en Belgique, et plus particulièrement:

Madame l'ambassadrice Yolette AZOR-CHARLES

L'Agence de Coopération Universitaire au Développement (CUD) de la Communauté Française de Belgique et le Comité de pilotage du projet Haïti dont la présidence est assurée par le Professeur Philippe HENNAR.

La Faculté des Sciences de l'Université d’Etat d’Haïti, et en particulier:

Monsieur le Recteur Pierre PAQUIOT
Monsieur le Vice-Recteur Philippe MATHIEU
Monsieur le Doyen Jean-Marie Raymond NOEL
Monsieur le Secrétaire Général Edmond LEFRANC
Monsieur le Professeur Pierre Carlo LAFOND
Monsieur Jean-Fritz CHAMBLIN
Madame Monique DETHIER

 
La Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d’Etat d’Haïti, et en particulier:

Monsieur le Doyen Jean Vernet HENRY
Monsieur le Professeur Jean FENEL FELIX

L'Université Libre de Bruxelles

Monsieur le Professeur Philippe HENNART
Monsieur le Professeur Jean-Claude VERBRUGGE

La Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux

Monsieur le Professeur Alfred COPIN

L'Université de Liège

Monsieur le Professeur Albéric MONJOIE
Monsieur le Professeur Georges DAUBE

Cooperative Housing Foundation (CHF), et en particulier:

Monsieur le Directeur Frantz BENOIT

La Société PLASTIFAX, et en particulier:

Monsieur le Directeur Issa THALAMAS

L'ONG ASPREN, et en particulier:

Monsieur Sorel FELIX

Les Mairies des villes visitées et participants au séminaire (Port-au-Prince, Pétionville, St Marc, Gonaïves, Cap Haïtien, Jérémie, Jacmel, Les Cayes, Fort-Liberté, Hinche, Port de Paix, Carrefour, Delmas, Kenscoff, Croix des Bouquets)

Que toutes ces personnes soient remerciées pour leur précieuse collaboration.

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Sources bibliographiques

 "La gestion des résidus solides, une nécessité pour l'amélioration de la qualité de la vie et une opportunité de création d'emplois", Actes du Colloque-Exposition, Ministère de l'Environnement, 20-21 novembre 1997, Université de Quisqueya, Haïti.

 "Etude sur la Gestion et le Financement de la Collecte des déchets à Jacmel", Frantz Benoit, Rémy Montas, 1999, Winrock International – Projet ASSET 2000, Coopérative Housing Foundation.

 "Stratégie pour l'Energie Domestique en Haïti – Actions urgentes et prêtes pour implantation", Bureau des Mines et de l'Energie, Juin 1997, Port-Au-Prince.

 "Evaluation des sites de décharges du Cap, de Gonaïves et de Saint Marc", Jean Gardy Dumoulin, Ministère de l'Environnement, Janvier 1999, République d'Haïti.

 "La problématique des déchets à Port-au-Prince", Irnel Joseph Jean, Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications, 23 février 1996, Port-au-Prince.

 "Valorisation sous forme de biogaz et d'engrais organiques des résidus solides urbains", Ministère de l'Environnement, Bureau des Mines et de l'Energie, 12 mai 1998.

 "Politique de gestion d'un programme intérimaire de collecte des résidus solides", Ministère de l'Environnement, Mai 1997.

 "Stratégie pour la gestion des résidus solides urbains", Ministère de l'Environnement, Février 1996.

 "Haïti et environnement – Indicateurs de base", Ministère de l'Environnement, Juin 1998.

 "Evaluation des sites de décharge des grandes villes du pays – Diagnostics et propositions pour les villes de Petit-Goave, Cayes et Jacmel", Cooperative Housing Foundation, Janvier 1996.

 Rapport de mission en Haïti du 10-19/5/1998, Prof. Ph. Thonart

 Rapport de mission du 21-27/1/1999, Prof. Ph. Thonart (visite de décharges à Port-au-Prince, Gonaïves, St Marc, Cap Haïtien)

 Rapport de mission du 26/5 – 5/6/1999, Serge Hiligsmann (visite de décharges à Jacmel, Jérémie, Les Cayes, Port-au-Prince)

 Encyclopédie Encarta 1997, Microsoft.

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Centre Wallon de Biologie Industrielle

Université de Liège
Sart-Tilman, B 40
B-4000 Liège - Belgique

Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux
Passage des Déportés, 2
B-5030 Gembloux - Belgique

 

Contacts:

 

P.Thonart@ulg.ac.be

 

bioindus@fsagx.ac.be