Atlas des décharges d'ordures ménagères dans les pays en développement

Incidences sur l'environnement

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Le biogaz : origine et composition.

La majorité du biogaz produit vient du processus anaérobie qui est très complexe et qui dépend de nombreux paramètres. Notons que 90% de la production de méthane d'une décharge se fait au départ de la cellulose contenue dans les papiers, cartons, bois, etc. La dégradation est toutefois incomplète et limitée à environ 75%. (Gendebien, 1992)

La composition du biogaz est très variable et dépend notamment de :

- l'âge de la décharge
- les conditions de mise en décharge (compactage)
- la composition des déchets

 

Tableau3 : concentration (%) dans le biogaz (SPAQUE, 1991 & D.P.E. 1998; Gendebien, 1992)

  

Modena (I)

Eberstadt (A)

Anton (B)

Mont St Guibert (B)

maximum

CH4

51

53,6

60

54

85

CO2

38

38,8

30

24

88

CO

0,5

0,034

     

3

N2

5

6,2

   

82,5

O2

1

1,4

     

31

H2S

0,005

0,023

  

0.001

0,007

Le Tableau3 reprend les principaux constituants du biogaz produit dans une décharge et donne les concentrations mesurées dans différents sites européens ainsi que les valeurs extrêmes rencontrées.

Le méthane, CH4, et le gaz carbonique, CO2, sont les deux produits majeurs de la méthanogénèse, étape finale et la plus longue du processus anaérobie.

Le monoxyde de carbone, CO, vient de la dégradation biologique des déchets et est aussi produit lors de combustions réalisées en défaut d'oxygène.

L'oxygène, O2, et l'azote, N2, ne sont présents que s'il y a infiltration d'air frais dans le cœur de la décharge.

L'origine du sulfure d'hydrogène, H2S, s'explique par la présence simultanée de sulfate (provenant notamment des déchets de construction) et de bactéries sulfato-réductrices. Ces dernières travaillent en compétition avec les bactéries méthanogènes.

Outre ces composants majeurs il existe une multitude de substances organiques à l'état de traces. La nature de ces produits est très variée : aldéhydes, cétones, alcools, composés aromatiques, composés halogénés et composés organo-sulfurés.

Les origines de ces substances sont les dégradations biologique et chimique des déchets ainsi que le relargage de gaz provenant de la mise en décharge de déchets les contenant : frigos, solvants, aérosols, etc. Leur part dans la production de biogaz est faible et leurs proportions relatives sont très variables.

 

Le biogaz : risques environnementaux et sanitaires.

Les risques liés au biogaz peuvent être classés de la façon suivante :

- risques pour les humains
         toxicité des substances
         asphyxie
         explosion – incendies
- risques de pollution de l'atmosphère
         effet de serre
         smog

Le smog

Le smog résulte de la réaction entre des composés organiques volatils, des oxydes d'azote et l'oxygène sous l'effet du rayonnement solaire. Cet ensemble complexe de réaction conduit à la formation d'ozone troposphérique, O3, qui provoque entre autres des irritations au niveau des voies respiratoires et des yeux.

L'effet de serre

Figure4 : effet de serre (DGRNE, 19981)

L'effet de serre est un phénomène qui provoque le réchauffement de la planète en emprisonnant dans l'atmosphère la chaleur fournie par le soleil (1). Les radiations émises par la terre sont absorbées par les gaz à effet de serre (3), ce qui provoque un réchauffement global de l'atmosphère et une réémission de radiation vers la terre qui, à son tour, se réchauffe.

 

Tableau 4 : Normes et recommandations pour les concentrations respirables dans l'air (NIOSH, 1998 ; Gendebien, 1992)
 

Exposition continue

exposition à court terme

      
  

TWA

IDLH

STEL

       

SUBSTANCE

Belgique

ACGIH
TLV

OSHA
PEL

NIOSH

NIOSH

ACGIH
OSHA

CONCENTRATION DANS LE GAZ

CONVERSION

  

ppm

ppm

ppm

ppm

ppm

ppm

moyenne (ppm)

maximum (ppm)

1 ppm = ? mg/m³

CH4

asphyxiant

6E5 (60%)

850000

  

CO2

5000

5000

5000

5000

40000

30000

4E5 (40%)

880000

1,8

CO

50

25

50

35

1200

200-400

10

30000

1,15

H2S

  

10

10

 

100

10-20

10

70

1,4

Benzène

10

10

10

0,1

500

1

composés en trace

10000-20000

(1%-2%)

35

3,19

Toluène

100

50

200

100

500

150-300

125

3,77

Xylènes

100

100

100

100

900

150

110

4,34

chloroéthylène

5

5

5

 

lowest

 

100

2,56

H2

asphyxiant

   

36000

  

O2

si <10% : dégâts au cerveau ; si <16% : respiration augmente ; idéal : >18% à P atmosphérique

    

2,1E5 (21%)

  

N2

asphyxiant

     

7,9E5 (79%)

  

ACGIH:

American Conference of Gouvernemental Industrial Hygienists

PEL:

Permissible Exposure Limit

NIOSH:

National Institute for Occupational Safety and Health

TWA:

Time -Weighted Average

OSHA:

Occupational Safety and Health Administration

TLV:

Threshold Limit Value

IDLH:

Immediately Dangerous to Life or Health concentration value

mg/m³:

milligramme par mètre cube d'air

STEL:

Short -Term Exposure Limit

ppm:

parts par million de parts d'air (en volume)

 

L'impact des différents gaz sur ce phénomène dépend de leur concentration et de leur pouvoir absorbant mais il est important de remarquer que les deux constituants principaux du biogaz, CH4 et CO2, sont des gaz à effet de serre très actifs.

Nous pouvons estimer que le méthane est responsable à lui seul de 20% de l'augmentation de température lors des 10 dernières années. Si nous considérons que 5 à 10% des émissions de méthane dans l'atmosphère proviennent des décharges et que cette proportion risque d'augmenter, il devient essentiel d'envisager une gestion efficace du biogaz (Gendebien, 92).

Les conséquences du réchauffement de la planète ne sont pas bien définies. Il faut toutefois envisager des effets sur les productions agricoles et sur les réserves d'eau ainsi qu'une éventuelle montée des océans.

Explosion - incendie

Les risques d'explosion et d'incendie sont principalement dus à la grande proportion de méthane dans le biogaz. Son domaine d'explosivité se situe entre 5% et 15% de CH4 dans l'air. Au-dessus de 15% il s'enflamme mais n'explose pas. Des substances telles que CO, H2S, H2, C6H6 sont aussi inflammables.

Le risque est majeur sur une décharge mais une explosion peut aussi se produire à proximité de cette dernière. En effet, après infiltration dans le sol, le biogaz peut être émis à distance et s'accumuler dans les habitations, ce qui représente un danger et peut provoquer de graves dégâts.

L'asphyxie

Le biogaz peut provoquer l'asphyxie des êtres vivants par déplacement de l'oxygène dans l'air. Cependant ce risque n'est à prendre en compte que dans les endroits confinés tels que maisons, cabanes, caves, puits, etc.

Toxicité des substances

Dans le biogaz il existe une multitude de substances qui, même si elles ne sont présentes qu'en faible quantité, peuvent être dangereuses pour la santé. Le Tableau 4 en reprend quelques-unes, leur concentration dans le biogaz et les valeurs d'exposition permises, qui sont de deux types.

D'une part, les valeurs d'exposition continue, TWA (Time Weighted Average) qui sont les concentrations maximales auxquelles presque tous les travailleurs peuvent être exposés jour après jour, 8h par jour, 40h par semaine, sans avoir de conséquence pour la santé.

D'autre part les valeurs d'exposition à court terme, STEL (Short Term Exposure Limit) et IDLH (Immediately Dangerous to Life or Health), qui sont les concentrations maximales permises auxquelles les travailleurs peuvent être exposés pendant une courte période (15 minutes) sans avoir de conséquence irréversible pour leur santé et sans les empêcher de sortir par eux-mêmes de la zone exposée. Bien qu'une certaine durée d'exposition soit prévue pour ces normes, il est conseillé de sortir au plus vite.

Remarquons enfin que ces valeurs sont soit des recommandations (NIOSH) soit des normes légales (OSHA, Belgique).

Le méthane est incolore, CH4, inodore, et non toxique. Il peut cependant provoquer des asphyxies en prenant la place de l'oxygène dans l'air.

Le gaz carbonique, CO2, est un produit incolore, inodore et non-inflammable. A forte concentration, il provoque des malaises et des maux de tête et il a une influence sur le rythme cardiaque et sur la pression sanguine. Il joue également le rôle d'asphyxiant en prenant la place de l'oxygène dans l'air.

Le monoxyde de carbone, CO, est un gaz très toxique. Il provoque à très faible concentration des symptômes allant du mal de tête à la perte de connaissance. Il doit être pris très au sérieux car il peut entraîner la mort.

Le sulfure d'hydrogène, H2S, est un gaz très toxique et inflammable. Il possède une odeur caractéristique d'œuf pourri. Les symptômes provoqués les plus courants sont maux de tête, vertiges, confusion et douleurs de poitrines. Respirer du sulfure d'hydrogène peut entraîner la mort.

Le benzène, C6H6, est une substance inflammable et très toxique. Il provoque des malaises allant jusqu'à la perte de conscience. Les travailleurs exposés peuvent ressentir des maux de têtes, des nausées et même avoir des convulsions. Le benzène est cancérigène.

Le toluène, C6H5CH3, et les xylènes, C6H4(CH3)2, présentent les mêmes symptômes que le benzène mais ne semblent pas cancérigènes. Ce sont des substances inflammables.

Le chloroéthylène, C2H3Cl, est très inflammable et très toxique. Outre les symptômes habituels tels que nausées, vertiges et pertes de conscience, cette substance peut avoir des effets sur le foie, les vaisseaux sanguins et les tissus conjonctifs. Il est cancérigène et peut provoquer des dégâts génétiques héréditaires.

Nous remarquons que tant les valeurs d'exposition continue que celles à court terme peuvent être dépassées pour certaines substances. Cependant ces observations ne sont valables que pour des endroits confinés car lorsque le biogaz est émis dans l'atmosphère il est fortement dilué et dispersé par la circulation de l'air (vent, courants thermiques,...).

Il est toutefois nécessaire de se préoccuper de ces substances présentes à l'état de traces car, même si leurs limites d'expositions respectives ne sont pas atteintes, l'addition de différents éléments toxiques augmente le risque de provoquer des effets chez les humains.

Remarques concernant le Tableau 4.

Les valeurs données par ACGIH, OSHA, NIOSH, sont basées sur les différentes données toxicologiques existantes. Elles sont susceptibles d'être modifiées en fonction de l'arrivée de nouvelles observations plus récentes.

En Europe, il n'existe pas de valeurs générales relatives aux substances toxiques. Les normes, quand elles existent, sont établies au cas par cas selon l'entreprise ou le secteur d'activité.

Pour de plus amples informations et des données actualisées sur les notions de toxicité et de valeurs d'exposition de substances chimiques, nous renvoyons le lecteur au site de NIOSH (http://www.cdc.gov/niosh/homepage.html)

 

Tableau 5 : Exemple et normes concernant les lixiviats de décharges belges. (SPAQUE, 1994 ; D.P.E., 1998 ; DGRNE, 1998²,³)

PARAMETRES

  

Mont-Saint-Guibert

Anton

Hallembaye

domaine

normes de sortie

eau de boisson

DCO

mg O2 cons/l

1086

15700

2352

1000-50000

300

5

DBO5

mg O2 cons/l

251

2355

646

1000-30000

100

  

COT

mg C/l

308

3010

   

700-10000

  

si augmentation

Mat. En suspension

mg/l

200

5600

97

3000-50000

60

  

DBO5/DCO

-

0,23

0,15

0.27

0,6-0,8

    

DCO/COT

-

3,53

5,22

   

1-4

    

Azote Kjeldahl total

mg N/l

584

3750

  

10-2000

  

1

Nitrates (en N)

mg N/l

22

     

0,1-10

  

0,8

Ammonium (en N)

mg N/l

574

2800

1199

0-2000

100

0,03

Phosphates totaux

mg P/l                   
                      

pH

-

8,2

7,8

 

5-7,5

6,5-10,5

6,5-9,2

conductivité

µS/cm

12800

25400

  

2000-8000

  

2100 (20°C)

Hydrocarbures

mg/l          

5

 
                  

Ca++

mg/l

61

47

 

100-3000

 

270

Mg++

mg/l

116

41

  

30-500

 

50

Na+

mg/l

1010

1400

  

200-1500

  

150

K+

mg/l

720

2000

      

12

Cl-

mg/l

1600

3715

2282

100-2000

 

200

F-

mg/l

0,075

        

1500

Cr

µg/l

270

320

350

50-1000

2000

  

Cd

µg/l

0,8

5

  

1-100

600

5

Cu

µg/l

32

54

95

20-1000

4000

  

Pb

µg/l

14,2

130

10

100-2000

1000

50

Ni

µg/l

116

190

370

10-1000

 

50

Fe

µg/l

3380

10000

  

4000-1000000

 

200

Zn

µg/l   

1600

216

500-30000

7000

  
                    

Germes Totaux

u/ml (37°C)

1200000

          

Coliformes fécaux

u/100ml

93

           

absence dans 20 ml

 

Les lixiviats : origine et composition.

 Les lixiviats ou eau de percolation de la décharge sont chargés bactériologiquement et surtout chimiquement de substances tant minérales qu'organiques. Ils peuvent se mélanger aux eaux de surface comme aux eaux souterraines et donc constituer un élément polluant tant par leur aspect quantitatif que qualitatif (éléments écotoxicologiques).

La source principale en eaux d'une décharge vient des précipitations. Il faut toutefois tenir compte de l'humidité des déchets et, parfois, du niveau de la nappe phréatique qui peut remonter jusqu'à la base d'une décharge (en temps de crue).

L'eau traversant la couche de déchets va se charger en substances polluantes telles que la matière organique soluble résultant de l'activité biologique de la décharge, des constituants inorganiques comme les métaux lourds (provenant des piles), et des germes qui peuvent être très dangereux pour la santé et l'environnement.

Il est difficile de prévoir la composition des lixiviats car elle dépend de la nature des déchets, du volume des précipitations, ainsi que du stade de dégradation atteint. Le Tableau 5 reprend la concentration des substances et paramètres les plus souvent utilisés. Les résultats concernent trois décharges wallonnes et un domaine de concentration représentant 70% des résultats étudiés par Gendebien. On y retrouve aussi les normes de rejets pour les décharges wallonnes ainsi que les concentrations maximales admises pour l'eau de boisson (eau du robinet) en Wallonie.

La demande chimique en oxygène, DCO, quantifie l'état d'oxydation des substances présentes dans les lixiviats. Elle peut-être mesurée par une oxydation à chaud d'un échantillon avec du KMnO4. Elle est exprimée en mg de O2 consommé par litre de lixiviats.

La demande biologique en oxygène à 5 jours, DBO5, quantifie la biodégradabilité des lixiviats. Elle est déterminée en fonction de la quantité d'oxygène consommé par les micro-organismes présents dans les lixiviats. Elle est exprimée en mg de O2 consommé par litre de lixiviats.

Le carbone organique total, COT, est la quantité totale de carbone présent dans les lixiviats. Il est mesuré en quantifiant le CO2 produit par la combustion des lixiviats. Il est exprimé en mg de C par litre de lixiviats.

Les matières en suspension représentent la fraction non dissoute des lixiviats.

Le rapport DBO5/DCO représente la biodégradabilité des lixiviats. Plus le rapport est élevé, plus les lixiviats sont biodégradables. (<0.1:non biodégradable, >0.8 : totalement biodégradable)

Le rapport DCO/COT représente l'état d'oxydation des lixiviats.

L'azote Kjeldahl total représente l'azote organique et l'azote ammoniacal.

Nous pouvons remarquer que, en général, les normes de rejets sont respectées sauf en ce qui concerne la DCO, la DBO5, et les matières en suspension. Par contre, bien que cela semble évident, il est important d'insister sur le fait qu'il très dangereux d'utiliser les lixiviats comme eau de consommation pour la boire, se laver, nettoyer des aliments ou d'autres choses.

Les lixiviats : risques environnementaux et sanitaires.

Les lixiviats représentent une grande part de la pollution liée à une décharge. Contrairement au biogaz, qui aisément dispersé dans l'atmosphère, les lixiviats, de part leur nature liquide, sont une source concentrée de polluants.

Le plus grand risque lié à la production de lixiviats est la contamination de la nappe phréatique. Cela aurait pour conséquence de polluer les puits d'eau de consommation et donc de priver la population d'un élément vital à sa survie. Dans le même ordre d'idée, il est nécessaire de ne pas utiliser les lixiviats comme eau de consommation.

En cas de consommation d'eau polluée par les lixiviats, les risques encourus sont de graves intoxications pouvant entraîner des maladies irréversibles et la mort. Signalons également que la pollution des réserves d'eau potable par des micro-organismes pathogène peut provoquer des épidémies.

Au-delà de ces considérations, les lixiviats doivent être traité comme des substances extrêmement dangereuses. Il est nécessaire d'en organiser la collecte et le traitement afin de limiter au maximum les conséquences sur l'environnement et la santé.

 


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