Archives du Quinzième jour du mois, mensuel de l'Université de Liège.
N°100. Janvier 2001.
Carte blancheLavenir appartient-il au passé ? Ne sommes-nous pas un peu ridicules de célébrer sans cesse lentrée dans un nouveau siècle, un nouveau millénaire, alors que nous ne savons pas ce que nous voulons en faire ? Nous sommes trop occupés à vivre au présent, à ne pas être dépassés, pour nous préoccuper de ce qui adviendra demain.Sil y a un discours auquel personne ne déroge, cest bien celui des contraintes financières, économiques et sociales inévitables et irréversibles auxquelles nous devrions durgence nous adapter. Le ton est euphorique, désespéré ou sceptique, mais le message est le même : le changement simpose à nous avec une nécessité de fer. Lheure est au marché mondial et aux nouvelles technologies de linformation. Pour le meilleur ou pour le pire.
![]() Édouard Delruelle Pour le meilleur ? Le discours des chantres du nouveau monde est parfaitement vide. On nous dit de communiquer, mais sans se soucier une seconde de ce quil y a à communiquer. Peu importe le contenu, communiquer se décline à lintransitif. Il faut surfer, se connecter. Avec qui, dans quel but ? Aucune importance. Circulez, même sil ny a rien à voir. Le salut est dans la flexibilité et ladaptabilité. Rhétorique dune violence inouïe, qui noffre dautre perspective davenir quun pur darwinisme social. Le plus choquant dans ce discours, ce nest pas la disparition programmée des plus faibles, mais le déni de limagination, le refus dassumer que la société est une construction, historique, ouverte à lindétermination. Leuphorie arrogante du présent se paie dun lourd tribut : labsence totale de vision de lavenir. Mais ceux qui nous annoncent le pire sont complices de leurs adversaires. Ils prédisent lhorreur économique ou autre, ce qui est encore une manière de la célébrer. Il ny aurait de résistance que dans la défense des valeurs morales inscrites dans notre héritage national ou européen. Il est pathétique de voir le discours des Lumières, qui est par principe celui dune avant-garde portée vers lavenir, se décliner au passé, en termes de mémoire, de fidélité, de tradition. Les idéaux modernes trouvent refuge aujourdhui dans la préservation volontiers nostalgique de quelque exception culturelle ou souveraineté étatique. Aujourdhui, ceux qui se disent progressistes ont peur dentrer dans le monde de demain. Mais si, au lieu de nous laisser piéger par les contraintes irrésistibles et les inévitables évolutions, nous portions notre regard sur tout ce qui, dans le monde actuel, ne pourra heureusement pas continuer ? En regardant les contradictions et en se projetant au-delà delles, on voit se dessiner un autre monde. Ce qui ne peut pas continuer, par exemple, cest le contrôle policier des frontières qui est la négation même de... la mondialisation. Un jour, il faudra bien songer à linstitution dune citoyenneté mondiale, avec un droit égal de tous à vivre dans des conditions comparables à celles des pays les plus riches. Ce qui ne peut pas continuer, cest la fiction de la journée de travail, alors que la nouvelle économie détruit les distinctions classiques entre travail et loisir, travail productif et improductif. On peut donc songer à linstitution dun salaire social garanti pour tous. Voilà deux utopies (que je retrouve dans un livre récent du philosophe italien A. Negri, Empire) qui, me dira-t-on, sont parfaitement impossibles à réaliser. Nous y voilà. Lavenir est-il réellement et authentiquement ouvert, si limpossible ne peut sy inscrire ? La politique du possible, cest une contradiction dans les termes. Cest la gestion qui soccupe du possible (un budget en équilibre, un ordinateur dans chaque bureau, des sodas dans les distributeurs, etc.). La politique a en charge limpossible. Cest la définition de la responsabilité. J. Derrida écrit à ce propos, très justement, que « la condition de la responsabilité, cest une certaine expérience de la possibilité de limpossible : lépreuve de laporie à partir de laquelle inventer la seule invention possible, linvention impossible ». À cette condition seulement, parler de lavenir - et ouvrir un nouveau siècle - , garde quelque sens.
Édouard Delruelle
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Vinitor II, le retour Stressés à lidée de présenter lexamen de droit romain ? Pas de panique, des économistes de lULg éditent la deuxième version du logiciel dauto-évaluation du cours. Plus dynamique et attrayant encore que le site déjà en place, ce programme multimédias agrémenté danimations sonores et vidéos livre des explications précises et complètes.Le terrain abrupt du droit romain semblait déjà bien balisé. Un site et un premier cd-rom, édité à raison de 500 exemplaires en 1996 sur le sujet, étaient déjà à la disposition des étudiants. A la lecture des résultats en droit romain ces dernières années, il faut croire cependant que cela ne suffisait pas tant les statistiques sont accablantes : en moyenne une note de... 6/20, mais deux points de plus pour les utilisateurs du didacticiel. Insoluble quadrature du cercle pour ces étudiants ? Peut-être plus avec le nouveau logiciel multimédia dapprentissage et dauto-évaluation édité par une équipe réunie autour du Pr Roger Vigneron, titulaire de la chaire de droit romain. Copie conforme du site du même nom (http://www.ulg.ac.be/vinitor/ ; vinitor, pour ne pas confondre avec les vignerons de France et dailleurs...), ce logiciel sarticule autour de cinq axes. Outre le syllabus, le vocabulaire et les textes, une collection de 49 vidéogrammes animés par Roger Vigneron lui-même et un QCM de 444 questions émaillent le cd-rom. Les étudiants lauront compris : ce sont en fait les paramètres basiques du juriste - à savoir la loi, son interprétation et sa doctrine - qui sont investigués ici. Le logiciel poursuit également un autre objectif en phase avec lévolution actuelle des supports didactiques. « Le but ultime est de permettre aux étudiants dassimiler la matière sans le concours du professeur, explique Roger Vigneron. Aux USA, cette manière dapprendre fait florès au sein des universités qui ont compris que cette pratique constitue à terme lavenir de la pédagogie. » A lULg, plusieurs Facultés se sont déjà mises au goût du jour, notamment celles de Psychologie et de Médecine vétérinaire. Et le Pr Roger Vigneron de se réjouir : « Les universités de Lausanne, de Beyrouth et de Montpellier mont invité à venir présenter ce logiciel. Des partenaires privés et publics se sont également manifestés. » Le Vatican, him-self, sinforme même régulièrement des avancées de léquipe Vigneron...
Anthony Rizzi
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Et pourquoi pas la géo ? Le Service détudes en géographie économique fondamentale et appliquée (Ségéfa), en collaboration avec le Laboratoire denseignement multimédia (LEM), vient de concevoir une cassette vidéo pour promouvoir la géographie et lutter contre les a priori dont elle est la victime.La géographie est en effet en butte à pas mal de préjugés. « En faisant ces études, on devient automatiquement professeur », déclare un élève de rhéto. « Cest un savoir trop scolaire qui nest pas assez appliqué », prétend son voisin. Or, daprès Bernadette Merenne, professeur de géographie économique, « la géographie est une discipline très variée et polyvalente. Un géographe est quelquun qui apprend à jeter des ponts entre les différentes approches, à faire des relations et à analyser systématiquement les faits. » Le Ségéfa et le LEM ont associé leurs moyens financiers et scientifiques pour réaliser une cassette vidéo. « Notre but, explique le Pr Merenne, est de sensibiliser les futurs étudiants universitaires aux nombreuses possibilités quoffre la géographie. » Lidée est née dune rencontre avec un géographe anglais. « Il avait conçu une valisette qui expliquait ce quétait la géographie et la façon dont elle senseignait mais le support papier, confie le professeur, me semblait dépassé. Jai préféré utiliser la vidéo qui me paraît être un moyen beaucoup plus attrayant pour les jeunes. » Christine Partoune et Guénaël Deuillet, tous deux licenciés en sciences géographiques, ont contribué à lélaboration du reportage. Exemples à lappui, ils dévoilent les nombreux métiers que lon peut exercer en ayant fait des études de géographie : on peut aussi bien travailler dans le domaine commercial que dans celui de laménagement du territoire en passant par celui du développement. « Le secteur de laménagement rural et urbanistique est un débouché fréquent pour les licenciés, note Christine Partoune, et celui du développement peut lêtre aussi, mais de façon plus exceptionnelle cependant. » Loin dêtre abstraite, cette branche du savoir soccupe de leau, scrute le ciel et explore la terre. Le géographe nest donc pas forcément un homme de classe : il peut être aussi un homme de terrain. Johanne Mobe Pour obtenir la cassette, il suffit de contacter le LEM par e-mail à ladresse http://www.ulg.ac.be/lem/
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Mieux vaut prévenir... Le laboratoire Orme (oncologie, radiobiologie et mutagenèse expérimentales) a validé plusieurs méthodes de surveillance biologique (biomonitoring). Un procédé qui traque, dans les cellules humaines, les effets induits par les expositions à des agents génotoxiques. Un savoir-faire reconnu très récemment par le Scientific Committee for Cosmetics and Non-Food Products (SCCNFP) de lUnion européenne.« Estimer les conséquences pour la santé humaine de lexposition à des agents génotoxiques, est une tâche extrêmement complexe, avoue Christian Laurent, docteur en toxicologie génétique et directeur scientifique de lOrme. En fait, la nature et la sévérité des effets dépendent dun grand nombre de paramètres. Outre la toxicité potentielle de lagent, les niveaux, les fréquences et durées dexposition constituent des paramètres importants. » Améliorer nos connaissances et les intégrer dans des stratégies préventives en terme de santé, cest ce quon appelle le risk assessment. Une question dexposition Dans ce contexte, disposer de méthodes sensibles de détection des lésions génétiques savère être un besoin actuel. En effet, lorsquune lésion occasionnée au matériel génétique nest pas réparée, elle peut aboutir à des mutations - changements irréversibles au sein du matériel génétique - et constituer une étape, précoce mais décisive, dans les développements de cancers. « Ce que nous faisons, cest de la recherche appliquée dans le domaine de la prévention, déclare Christian Laurent, par exemple en médecine du travail ou dans un contexte plus large d'hygiène d'environnement. » Car les expositions potentielles sont nombreuses, tant en milieu professionnel que dans lenvironnement général et même domestique. « Dans le cas de lentreprise, nous conseillons le médecin du travail qui peut agir soit en écartant le travailleur pendant une période déterminée soit en prenant des mesures pour réduire les niveaux dexposition ou encore en trouvant un procédé alternatif », explique Christian Laurent. Cependant, établir des relations dose-effet dans ce domaine nest pas chose aisée. « Toutes les causes qui sont susceptibles de provoquer des séquelles au niveau chromosomique ne les entraînent pas nécessairement ! En outre, des effets identiques peuvent avoir des origines différentes », déplore le chercheur. En conséquence, la difficulté détablir des liens de causalité entre une ou des expositions à des agents mutagènes et la survenue de maladies est particulièrement délicate. « Car nous avons tous un métabolisme et des caractéristiques génétiques différents et les premiers signes cliniques peuvent survenir plusieurs années après lexposition. » Le laboratoire est aujourdhui sollicité non seulement dans les domaines de la toxicologie génétique, mais aussi en santé publique et dans lévaluation des risques liés aux substances chimiques et aux radiations ionisantes. Le Gouvernement wallon a déjà fait appel à ses services comme le Conseil supérieur lhygiène. Les couches-culottes sont-elles parfaitement saines pour la peau des bébés ? Les plaquettes anti-moustiques présentent-elles un danger à terme ? Telles sont les questions lancées au scientifique (et qui exigent une approche dûment documentée) par les ministères de la Santé, de lAgriculture, etc. Et le Scientific Committee for Cosmetics and Non-Food Products (SCCNFP) de lUnion européenne le reconnaît maintenant au titre dexpert. Dangers éventuels Au sein de cet organisme, Christian Laurent - par ailleurs co-auteur dun ouvrage de référence sur les risques pour la santé associés à la présence de décharges, édité par lOrganisation mondiale de la santé - évalue, en collaboration avec des experts dautres disciplines, la nature des risques particuliers attribués aux substances chimiques et cosmétiques. Leur avis scientifique a un impact sur les dispositions législatives et réglementaires relatives à lutilisation de ce type de substance. Impact visible également sur létiquetage des produits non-alimentaires pour signaler déventuels dangers (comme les mentions inflammable, très courantes sur les bombes et sprays, irritant, corrosif, peut causer des dommages irréversibles, etc.), liés à lutilisation du produit. Toujours dans le but de prévenir.
Emiliano Bonfigli
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Quality Partner à la une Issue du laboratoire de microbiologie des denrées alimentaires de la faculté de Médecine vétérinaire (dont elle partage encore les locaux) du Pr Georges Daube, la toute jeune spin-off Quality Partner SA fait la une de lactualité en Belgique francophone depuis le 2 janvier. En effet, cette spin-off est lun des cinq laboratoires accrédités et en mesure actuellement de réaliser le test systématique de dépistage des prions responsables de la maladie de la vache folle.Depuis le 2 janvier, on procède ainsi à une analyse de toutes les vaches de plus de trente mois abattues sur le territoire belge. Le laboratoire liégeois compte pratiquer près de 400 analyses par jour et a, en prévision de cela, pratiquement doublé ses effectifs. Le travail ne manque pas puisque le résultat doit être rendu pour le lendemain du jour de la réception de léchantillon. Le premier jour, les analyses ont été clôturées à 23h ! Si le laboratoire détecte lESB dans un échantillon de cerveau analysé, il prévient de suite lAgence fédérale pour la sécurité alimentaire qui prendra les mesures qui simposent. On sattend à un cas dESB sur mille échantillons analysés... Spécialisée dans la détection des micro-organismes présents dans les produits agroalimentaires, et ce, grâce à plus de soixante méthodes différentes, Quality Partner connaît donc un départ en force par suite de la crise de la vache folle. La qualité alimentaire étant une des préoccupations premières des Belges depuis quelques années comme en témoignent - les crises de la vache folle, de la dioxine, de Coca-cola, etc. -, il ne fait aucun doute que le succès sera croissant pour cette nouvelle société. Comme quoi le malheur des uns...
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Saint-Nicolas plus smart Une fois nest pas coutume, à lexception notable des libations faites sous le chapiteau du Val-Benoît, il semble que les sempiternelles joyeusetés de la Saint-Nicolas aient renoué cette année avec une certaine forme durbanité.Nentendez pas par là que les étudiants éméchés auraient porté attentivement leur air goguenard sur les façades grises de notre Cité ardente, mais certains dentre eux ont fait preuve dune forme relative desprit citoyen , sans pour autant sombrer dans latonie. Et de fait, à linitiative du comité de baptême Philo et Lettres, une chorale, juchée sur les marches, interpellait le passant fuyant au pied de la Vierge Delcour et collectait au bénéfice de lAssociation des écoles de devoir de la province de Liège. Pendant que la chorale éructait sur une mélodie approximative des paroles à faire rougir la Vierge elle-même, les piétons surpris rechignaient moins à glisser leur écot dans la traditionnelle chope, transformée en escarcelle de la bonne cause. Un simple coup visant à redorer limage des baptêmes ? « Pas du tout ! Jai eu des amis en décrochage scolaire, et cest pas marrant », se fâche Alexis. Quant à Fathy Hachicha, président de lAgel (Association générale des étudiants liégeois), il estime quil sagit « dune bonne initiative permettant de sortir un peu le folklore du contexte des guindailles ». Comble de la figure oxymorique, nous eûmes même droit, en cette fin de siècle, à un cortège... propre, sans régurgitations douteuses. Loccasion pour les préposés dentamer leur traditionnelle sieste-sur-balai, alors que le cortège sévanouissait en radicelles pour gagner les abords de la patinoire... F.T.
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