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Alors
que lagriculture occupe actuellement le devant de la scène
médiatique, Philippe Vincent chargé de cours adjoint
en droit international public au service du Pr Franklin Dehousse
fait le point sur la politique agricole commune, la PAC.
Le Quinzième jour : Pourriez-vous nous rappeler lorigine
et les objectifs de la PAC ?
Philippe Vincent : La PAC, instituée par la conférence
de Stresa, date de 1958. Elle répondait à une volonté
politique de garantir lautosuffisance alimentaire et la sécurité
des approvisionnements à des prix stables. Au sortir de la guerre,
en effet, lEurope importait des Etats-Unis environ 10% de ses
marchandises agricoles. Pour encourager les agriculteurs à produire
davantage, la PAC leur garantit un prix dintervention (cest-à-dire
un prix auquel elle sengageait à racheter toute production)
supérieur aux cours mondiaux. La plupart des produits agricoles
furent concernés par cette décision (notamment la viande,
le lait, le sucre, les céréales) qui sappliqua aussi
bien aux grands céréaliers de la Beauce quaux viticulteurs
italiens et aux maraîchers espagnols. Dès 1965, lEurope
fut autosuffisante. La PAC a donc très bien fonctionné.
Trop bien, dirais-je ! En effet, le système incita les agriculteurs
communautaires à produire toujours plus sans tenir compte de
la demande. Et, rapidement, on en est arrivé à la surproduction.
Doù une situation ubuesque puisque les denrées non
écoulées sur le marché sont rachetées au
prix fort, stockées à grands frais ou détruites
! Parfois elles sont vendues à perte dans les pays du Tiers-Monde,
engendrant au passage des problèmes dans leur économie
locale... La PAC de 1958 montra donc rapidement ses limites.

Philippe Vincent
Le Q.J. : LUnion européenne est-elle restée
aveugle jusquà présent ?
Ph.V. : Non. En 1968, déjà, le rapport Mansholt
souligna les conséquences des choix productivistes. En stimulant
sans restriction la production agricole, la PAC a fatalement favorisé
laccumulation de surplus. Très vite, le coût de la
PAC devint exorbitant : il engloutit 50 à 60% du budget communautaire
(soit, pour 2000, léquivalent de 40 milliards deuros
).
Face à cette réalité, lidée de freiner
la progression de loffre sur le marché communautaire par
la mise en uvre dune série de mécanismes et
daides prend corps dans les années 80. En 1992, la réforme
Mac Sharry témoigna dune volonté de conjurer la
croissance inquiétante des excédents, tout en essayant
de ne pas porter trop atteinte aux revenus des agriculteurs. Les prix
dintervention furent quelque peu réduits, les agriculteurs
durent limiter leur production, mais ils reçurent des aides compensatoires.
Le souci déconomie guida bien sûr les décideurs;
néanmoins, dautres arguments jouèrent également
en faveur de la diminution de la production. Lagriculture intensive
conduisit en effet à une détérioration de lenvironnement
et la mécanisation de la production agricole engendra une perte
demplois dans le secteur. Quant aux scandales de la vache folle
(1996) ou de la dioxine (1999), ils ont mis en évidence les conséquences
dune gestion hyper-productiviste de la politique agricole et,
du même coup, remis en cause les fondements de la PAC.
Le Q.J. : La dernière réforme intitulée
Agenda 2000 permettra-t-elle à la PAC de faire face
au prochain élargissement de lUnion européenne en
2004 ?
Ph.V. : Le doute est autorisé ! Lapplication des
principes de la PAC aux nouveaux entrants semble rigoureusement impossible
car ce serait beaucoup trop onéreux. Il est clair quune
réforme de fond est incontournable. Aujourdhui, lUE
est exportatrice dans la plupart des grandes productions agricoles.
La PAC doit être réformée, dautant quelle
provoque des surplus, des nuisances à lenvironnement et
des conflits potentiels dans le cadre de lOMC : les Etats-Unis
nont pas manqué de soffusquer de la fermeture du
marché communautaire.
Pour ma part, je pense quil faut mettre en place une véritable
politique rurale de lUnion. Il faut continuer la réforme
Mac Sharry et tendre vers une diminution de la production sans faire
évoluer parallèlement les aides directes. Les budgets
dégagés grâce à la suppression progressive
des mesures de soutien des prix devraient permettre cette politique
rurale. Lextensification, qui consiste à réduire
le volume de la production par rapport à la surface cultivée,
est une piste. Conditionner les aides accordées au respect de
certains critères, comme la protection de lenvironnement
(moins dengrais, moins de pesticides) et lamélioration
de la qualité, en est une autre. Il faut produire moins mais
mieux. Une troisième piste est actuellement évoquée
: la re-nationalisation de la PAC. Ceci impliquerait que chaque Etat
cotise de façon réduite au budget communautaire et que
la somme économisée soit redistribuée aux agriculteurs
Etat par Etat. Mais pour cela, il faut un accord politique
qui
nexiste pas à lheure actuelle.
Propos recueillis par Patricia Janssens
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