Archives du Quinzième jour du mois, mensuel de l'Université de Liège.
N°104. Mai 2001.

 

La science a bonne presse



*L’université de Liège est de plus en plus présente dans les médias. Cette visibilité accrue ne va cependant pas sans difficulté. Concilier les exigences de la démarche scientifique avec la demande de vulgarisation émanant de la presse n’est pas impossible pour autant.

Il fut une époque où le monde scientifique et celui des médias avaient tendance à s’ignorer superbement. Le premier travaillait volontiers dans sa tour d’ivoire, loin de l’urgence et des effervescences de la société. Le second, pour sa part, n’avait que rarement recours au savoir des universitaires.

Questions en pagaille

Aujourd’hui, les pratiques ont bien changé. Il ne se passe pas un jour où un journaliste, en quête d’une information fiable, ne décroche son téléphone pour contacter l’expert universitaire susceptible de l’éclairer. Si possible sur-le-champ. « En quoi consiste exactement le problème de la dioxine ? », « Pourquoi les femmes anglaises s’épilent-elles davantage que les autres ? » « Et qu’en est-il en définitive des gaz à effet de serre et du réchauffement de la planète? » : les questions ne manquent pas en ces temps de panique alimentaire et autres angoisses liées au cadre de vie. La demande, à vrai dire, ne se fait pas à sens unique. De plus en plus de scientifiques, en effet, considèrent que l’information du public est une des missions prioritaires de leur l’Institution. D’où leur volonté d’ouvrir les portes aux médias pour diffuser largement le savoir, obtenir une reconnaissance dans l’espace public et se positionner dans un champ où les intérêts économiques sont loin d’être absents.

En présence de cette nouvelle donne, négocier un contrat de confiance était devenu nécessaire. L’université de Liège y a veillé qui a mis en place, depuis quelque temps, une interface presse-scientifiques organisant la gestion de la demande et de l’offre d’information. « Les choses se passent mieux avec les gens qu’on connaît déjà et quand on sait ce que chacun attend de l’autre », s’accorde-t-on à dire de part et d’autre. Concrètement, c’est surtout la Cellule presse-communication qui accueille les appels des journalistes et donne à leurs questions les suites les plus adéquates. En aiguillant d’abord les demandeurs d’information de manière précise vers les experts les mieux à même de répondre. En leur proposant ensuite divers sujets d’intérêt général susceptibles d’être traités. En leur fournissant enfin, en fonction des ressources internes disponibles, une documentation de base sur des sujets d’actualité.

« Tout ne va cependant pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, constate Guy Maghuin-Rogister, professeur d’analyse des denrées alimentaires d’origine animale, car il n’est pas rare qu’une longue interview à la TV se réduise au montage en une déplorable peau de chagrin, escamotant au passage les nuances sans lesquelles tout propos scientifique perd de sa rigueur. »

Entre gris clair et gris foncé

Tel est le regret le plus fréquent émis par les chercheurs à l’encontre des professionnels des métiers de la communication, lequel s’explique par le fait que « le journaliste attend souvent qu’on lui dise noir ou blanc alors que, pour nous, scientifiques, rien n’est jamais ni blanc ni noir ». Et ce qui vaut pour les médias audiovisuels vaut aussi, dans une mesure nettement moindre toutefois, pour la presse écrite.

Il est donc nécessaire de s’entendre, préalablement, sur les règles du jeu. Le journaliste souhaite-t-il exposer un problème complexe, réaliser un entretien ou simplement vérifier une information ? Le sujet abordé est-il intemporel ou directement lié à l’actualité la plus brûlante ? L’expert pourra-t-il relire l’article avant sa parution ? Sur tous ces aspects, la Royal Society of London a réalisé un vade-mecum assez complet. Ce document, traduit en français, fera prochainement l’objet d’une diffusion en interne, via l’intranet. Il s’adresse à la fois aux scientifiques et aux journalistes. Bonne entente oblige.

Henri Deleersnijder