Archives du Quinzième jour du mois, mensuel de l'Université de Liège.
N°116. Septembre 2002.
Carte blancheLe risque réflexif
Lidée défendue ici est que le bioterrorisme révèle notre vulnérabilité et notre extrême dépendance à légard dun grand nombre de réseaux et de dispositifs socio-techniques au demeurant indispensables. Ce risque est en effet la conséquence et, dans une certaine mesure, le prix à payer pour la manière dont nous menons certaines de nos activités. Par delà ses conséquences atroces, potentielles ou avérées, il fournit loccasion dun retour sur nos pratiques. Nous pensons ainsi que la contamination du courrier par le bacille de lanthrax, la diffusion de gaz mortel dans le métro sont, au même titre que laccident de Tchernobyl ou la crise de la dioxine, susceptibles dune analyse à travers la catégorie des risques réflexifs. La réflexivité désigne ici un processus par lequel des acteurs sont amenés à reconsidérer leurs activités et modes de vie, cela en vue dagir. Ceci suppose dabord une phase de confrontation des acteurs avec des événements dommageables et imprévus liés, dune manière ou dune autre, à leurs propres modes de vie. Passée cette première phase, sengagera un retour de la pensée sur elle-même le processus réflexif en tant que tel. En ce sens, les attentats bioterroristes subis par les Etats-Unis sont autant déléments significatifs de la première phase du processus de réflexivité. Phénomène singulier (en raison de la violence quil inflige), le bioterrorisme peut cependant être comparé à dautres risques dits modernes (nucléaire, amiante) dont il partage les caractéristiques : (1) une échelle spatio-temporelle élargie, le champ des dommages provoqués étant difficile à circonscrire a priori et le cadre de vie des populations concernées susceptible dêtre modifié dans le long terme; (2) un niveau élevé dincertitude scientifique et sociale. Lincertitude porte sur les modes de réalisation des actes bioterroristes tant le nombre dactivités utilisables ou combinables à des fins de destruction est incalculable. Dautre part, ce sont des gestes jusque-là routiniers, posés par un grand nombre dindividus ouvrir son courrier, prendre le métro qui apparaissent soudain lourds de conséquences incontrôlables; (3) linvisibilité (lidentification de lanthrax ne nécessite-t-elle pas une instrumentation sophistiquée ?) dont les conséquences sont la multiplication de fausses alertes mais aussi la médiation incontournable des scientifiques. Or, le rôle de ces derniers est ambigu : détenant lexclusivité des connaissances permettant lidentification et la prévention du risque, leurs travaux sont aussi à lorigine de ce risque; (4) lorigine humaine du risque bioterroriste. Enfin, (5) les dommages occasionnés sont démocratiques cest-à-dire non confinés à certaines catégories sociales. Ils ne peuvent donc faire lobjet de mesures efficaces dévitement. On le voit : le concept de risque moderne dont le bioterrorisme est un exemple révèle linadéquation des processus traditionnels de gestion des événements dommageables. Ici apparaît lintérêt dappréhender le bioterrorisme à travers la catégorie du risque réflexif. Cette dernière indique la nécessité de réviser notre rapport à lenvironnement socio-technique. Ceci passe cependant par une nouvelle organisation politique supposant à la fois des procédures décisionnelles adaptées à des échelles spatio-temporelles élargies, la démystification du mode de connaissance scientifique, une ouverture des dispositifs décisionnels et dexpertise, la réintégration dans les processus décisionnels collectifs de domaines aujourdhui politiquement autonomisés (et pas seulement la recherche à des fins militaires). Yves Rogister, chercheur |
Lutter contre la résistance
Dominique de Seny est une jeune chercheuse liégeoise qui a été récompensée par la multinationale hollandaise DSM, une firme active dans la chimie et dans la biopharmacie. Fin mai, un jury international qualifiait dimpressionnantes la créativité et la qualité du travail effectué par cette scientifique wallonne.
Au
centre : Dominique de Seny Médicaments impuissants Licenciée en biochimie, docteur en sciences biochimiques, Dominique de Seny (28 ans) a obtenu le premier prix DSM 2002 pour la chimie et la technologie (dune valeur de 5000 euros). Une distinction qui couronne sa thèse de doctorat portant sur les mécanismes de résistance des bactéries aux antibiotiques de la famille des béta-lactames. « Jai mis en évidence le rôle des ions zinc dans le fonctionnement catalytique de lenzyme responsable de la dégradation des béta-lactames », résume la lauréate. Si pour les non-initiés cet objet de recherche névoque pas grand chose, il faut le resituer dans la lutte que mènent les scientifiques contre lémergence de résistances aux antibiotiques. Si lon ny prend garde, laction thérapeutique des antibiotiques risque de disparaître. Dans certains pays occidentaux, les chercheurs ont déjà remarqué que plusieurs maladies infectieuses dorigine bactérienne résistaient à certains antibiotiques. Plus grave, quelques bactéries arrivent à contrecarrer les assauts de tous les antibiotiques reconnus. Cette prédisposition pourrait avoir de fâcheuses conséquences sociales et humaines, notamment via une augmentation de la mortalité et un alourdissement des coûts médicaux. Plusieurs professionnels de la santé tirent dailleurs la sonnette dalarme en affirmant que nous nous trouvons au seuil dune ère post-antibiotique. Le péril est donc grand de voir nos médicaments rendus impuissants face aux infections communes. Cest lutilisation excessive des antibiotiques, notamment ceux à large spectre, qui est clouée au pilori. Ce mauvais usage permettrait lapparition de souches bactériennes résistantes. Il ne faut cependant pas tomber dans un pessimisme excessif, même si la période peut se révéler critique. « Si la pénicilline a été découverte fin des années 20, elle na véritablement été utilisée quà la fin de la deuxième guerre mondiale, explique Dominique de Seny. Depuis cette époque, la science médicale a toujours su garder une longueur davance sur les résistances développées par les bactéries face aux anti-microbiens. Les enzymes que jai étudiées sont capables dinactiver une très large gamme dantibiotiques. Il nous faut donc encore gagner cette course qui sest engagée entre les bactéries et lhomme. » Le hic, cest que dans des hôpitaux, des infections dorigine bactérienne ne peuvent plus être traitées que grâce à de la vancomycine, larme ultime des antibiotiques. Après elle, cest le vide. Dans les pots de miel Et même si le microcosme médical belge a opté pour une utilisation plus rationnelle des antibiotiques, le péril demeure. « Dans notre monde, les gens sautent allègrement les frontières. Cette question ne peut donc pas se régler sur un seul continent, et encore moins dans un seul pays. Cest un problème global », assure la biochimiste. Facteur aggravant, lindustrie agroalimentaire (notamment celle de la viande) use encore trop souvent dantibiotiques. Ces derniers sont utilisés pour soigner et anticiper les maladies chez les animaux. Pire, certains escrocs sen sont servis pour favoriser la croissance de leurs bêtes. Des produits a priori aussi naturels que le miel ne sont pas épargnés. Il y a quelques mois, Test-Achats dénonçait le fait que de nombreux miels dimportation (surtout chinois) contenaient des résidus dantibiotiques. Le combat contre les agents pathogènes passera aussi par nos assiettes. Rodolphe Masuy |
Etudiants partenaires
Comme à ses débuts (1864), les volontaires de la Croix-Rouge sont présents à proximité des champs de bataille, mais ils exercent maintenant leurs talents, tant lors de catastrophes naturelles que dans la vie quotidienne où ils assument de multiples tâches sanitaires et sociales. Les secouristes participent aux tournées du Samu social, donnent des cours dalphabétisation, rendent visite dans les prisons, organisent une épicerie sociale ou une mission de secours à létranger. Ces différentes activités et bien dautres feront lobjet dune séance dinformation à luniversité de Liège, le mardi 8 octobre à 10h, en présence de la princesse Astrid. « Nous avons de plus lambition de construire un partenariat avec les étudiants de lULg engagés dans lhumanitaire ou la coopération au développement », senthousiasme Paul Smets, vice-président national de la Croix-Rouge.
Des collectes de sang auront lieu pendant toute la journée, de 10 à 16h. A 12h15, la Croix-Rouge proposera aux étudiants un casse-croûte sympathique aux couleurs du monde, concocté par les demandeurs dasile hébergés dans les centres daccueil de la Croix-Rouge. A ne pas rater ! Aux amphithéâtres de lEurope, dès 10h. |
Programme de la Rentrée académique
Le matin, trois tables rondes 1. La Justice, un monde à part ? , salle 604, de 9h30 à 12h Avec la participation de Jean du Jardin, procureur général près la cour de Cassation; Benoît Dejemeppe, procureur du Roi près le tribunal de première instance de Bruxelles; Christian Panier, président du tribunal de première instance de Namur; Jacques Hamaide, président du Conseil supérieur de la justice; Pierre-Yves Monette, médiateur fédéral; Jeanne Prignon, juge de paix à Fléron; Didier Pire, avocat; Benoît van Keirsbilck, rédacteur en chef du Journal du Droit des Jeunes. Débat animé par Jean Rosoux , journaliste RTBF. 2. Justice et médias et Justice et sécurité, salle 300, de 10 à 12h Avec la participation de Marc Verwilghen, ministre de la Justice; Thierry Marchandise, procureur du Roi près le tribunal de première instance de Charleroi; Christian Jassogne, premier président de la cour dappel de Mons; André Van Oudenhove, procureur général près la cour dappel de Bruxelles; Jean-Marie Defourny, président de lordre des barreaux francophones et germanophone; Danièle Reynders, juge dinstruction près le tribunal de première instance de Liège; Jacques Fierens, professeur aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur; Philippe Leruth, président de lassociation des journalistes professionnels (AJP); Jean-Claude Matgen, journaliste de La Libre Belgique. Débat animé par Dominique Demoulin, journaliste RTL-TVi. 3. Les droits de lhomme et lespace européen de la Justice, amphithéâtre de Méan, 10h-12h Avec la participation de Koenraad Lenaerts, juge au tribunal de première instance de Luxembourg; Gilles de Kerchove, directeur à la direction générale justice et affaires intérieures de la Commission européenne; Serge Brammertz, procureur fédéral; Joël Hubin, premier président de la cour du travail de Liège; Anne Thily, procureur général près la cour dappel de Liège. Débat animé par Jean-Pierre Stroobants, correspondant en Belgique du journal Le Monde. Après-midi : séance officielle
de rentrée académique, dès 15h Avec la participation de la chorale universitaire de Liège, société royale. Fraterni mundis justitia, création de Patrick Wilwerth. |
Encourager les jeunes talents
Le volet musical a rassemblé 20 candidats. Sept finalistes ont participé au concours le 12 mai dernier au Mamac et le jury, présidé par Emmanuel Koch, professeur honoraire au conservatoire, a récompensé une soprano, Angélique Noldus, et deux pianistes, Eliane Reyes et Gabriel-Alexander Teclu. Dautre part, une soixantaine de dossiers scientifiques ont été examinés par les Facultés, lesquelles ont retenu 16 finalistes. Et cest le 28 septembre quun jury, présidé par le pro-doyen de la faculté de Médecine, Henri Kulbertus, ancien président du Rotary de Liège, choisira les quatre lauréats. La remise des prix aura lieu, tant pour les jeunes chercheurs que pour les jeunes artistes, lors dun dîner de gala le 26 octobre prochain. Mais les musiciens participeront déjà, le 12 octobre en léglise Saint-Jacques, à un grand concert au cours duquel se produira le trio Oïstrakh. Contacts : Jean Delize, tél. 04.361.66.30, de 17 à 18h30, les lundi, mardi, mercredi et vendredi. |
Pas de quartier pour les voiture
Peut-être est-ce bientôt la fin des nombreux désagréments pour les riverains de la place du 20-Août et de la place Cockerill à Liège. Un plan de réaménagement du quartier de lUniversité est actuellement à létude au niveau des autorités communales. Celui-ci prévoit de mettre à double sens le quai Roosevelt pour y faire transiter le trafic en provenance de Herstal. Les rues traversant le centre seraient alors transformées en dessertes locales. Cette réorganisation de lespace public permettrait déliminer cette autoroute en pleine ville. Plongée depuis une vingtaine dannées dans la fureur et le bruit incessant du trafic qui la submerge, la statue dAndré Dumont, en face de lUniversité, verrait dun bon il une diminution de la circulation qui réduirait les nuisances sonores et la pollution dont lempreinte est hélas bien visible sur certaines façades. Lidée dun réaménagement de la place du 20-Août sur le modèle de la place du Théâtre est dans lair...
Bientôt moins de trafic place Cockerill Les nuisances sonores occasionnées par une importante circulation pourraient-elles avoir des conséquences sur la santé des habitants ? Selon Christine Grégoire, assistante de Benoît Dardenne, chef du service de psychologie sociale de lULg, « le bruit peut être considéré comme un élément de stress environnemental puissant. Cela peut avoir de multiples effets, aussi bien au niveau physiologique que psychosociologique, tels que des troubles du sommeil, des problèmes de relations sociales, de dépression, de stress, dirritabilité, etc. ». Cela fait des années en tout cas que les riverains se plaignent. « Cest incroyable quune ville soit encore traversée par des camions en 2002 », confie Orlandino De Cristofaro, patron du café Le Delft. Du côté de la ville de Liège, aucune mesure objective des nuisances sonores et de vibration du sol dans le quartier na été réalisée. Cependant, Olivier Lepot, directeur du département voiries de la ville, affirme que « les autorités communales ont été très attentives aux nombreuses plaintes des riverains. Et justement, ces nouveaux aménagements ont pour but de résoudre les problèmes de pollution et de nuisances sonores au centre-ville. Une de nos priorités est dévacuer le maximum de camions et de voitures de lenvironnement urbain liégeois. » Si le projet se confirme, les responsables du dossier à la ville de Liège estiment que le chantier devrait débuter dans le courant 2003. « Il faut espérer que les travaux seront effectivement réalisés, commente le cafetier. Et sils sont entrepris, jespère quils seront terminés rapidement. » Et tous de croiser les doigts : lorsque les piétons retrouveront la liberté place du 20-Août, sans doute sarrêteront-ils plus aisément aux terrasses des cafés Julien Vandevenne et François Colmant |