Max entre Ciel et Terre
Un petit chef-d'œuvre cinématographique tout à fait original sensibilisant au handicap.
Réunir des enfants dans la réalisation d'un film d'animation autour de la situation de handicap, tel était le projet proposé par Catherine Daise, psychologue de l'unité de psychologie et de pédagogie de la personne handicapée de l'ULg. Ce projet a rassemblé les écoles liégeoises ordinaire de Saint-Sébastien et spéciale des Castors dans les locaux de l'asbl "Caméra enfants admis". Cette dernière propose au grand public des stages d'initiation aux techniques audiovisuelles à travers la réalisation de films d'animation sur des thématiques citoyennes. L'objectif de cette rencontre était la création d'un outil de sensibilisation sur la notion de handicap entendue comme une différence, tout en offrant un moyen d'expression original à des enfants. Le projet a été élu lauréat et coup de cœur par le gouvernement wallon dans le cadre de 2003, année européenne des personnes handicapées.

Après des semaines de préparation par les animateurs, le projet a véritablement pu commencer à la fin du mois de septembre 2003. Il a occupé les enfants pendant une quinzaine de jours répartis sur deux mois. Les réalisateurs en herbe, âgés de 9 à 13 ans, ont reçu le point de départ du film : un petit garçon étonnant, Max, est atteint d'attraction céleste. Alors que la gravitation nous retient tous au sol, Max, lui, vit au plafond, attiré par le ciel. Pas facile dans ces conditions d'aller à l'école, de jouer au basket et surtout de se faire des amis. Cette différence symbolise, entre autres, une situation de handicap.
Après quelques mises en scène où les enfants ont pu jouer le rôle de Max, ensemble, ils se sont mis à créer : le scénario, les personnages avec du papier déchiré et des bouts de laine, les milliers de prises de vue qui se succèdent dans ce film d'une dizaine de minutes, les dialogues utilisant leur propre voix ainsi que les bruitages. "
La créativité des enfants a toujours collé à une certaine réalité , explique Catherine Daise.
Au début, par exemple, ils ont tenté d'attacher des poids aux pieds de Max, un peu comme la société tente de normaliser les personnes en situation de handicap.
Mais il leur a fallu constater l'échec. " En imaginant Max à la maison ou Max à l'école, les enfants ont ainsi pointé, très spontanément, des problématiques psychosociales de notre société. "
Le film n'est pas un conte de fées où Max se réveille un matin, comme les autres. Non, il n'y a pas de happy end ! " , s'empresse d'ajouter Catherine Daise.
" Dès leur première rencontre, les deux classes sont allées l'une vers l'autre de manière naturelle : comme tous les enfants, ils avaient envie de savoir qui était
l'autre. Le handicap n'a pas constitué un obstacle. Vers la fin, on pouvait observer une fatigue de la part de certains qui restaient plus en retrait. Le message ? L'intégration, c'est avant tout de pouvoir se vivre dans ses différences respectives. D'autres enfants étaient vraiment très attristés par la fin du projet. Ils déployaient plein d'idées pour poursuivre : "Et si on partait en classe verte ensemble ?" C'était merveilleux de les entendre dire : "On s'est fait de super amis." Humainement parlant, c'est une sacrée rencontre. " Le making off sera sans doute savoureux.
Elisa Di Pietro