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Le procès de l'affaire Dutroux devrait s'ouvrir au cours des prochains mois.
Avec le recul, qu'avons-nous retenu des faits ? Comment la société a-t-elle réagi ?

Didier Vrancken
Photo: Françoise Denoël
Avec le recul, on peut aujourd'hui affirmer que la marche blanche exprimait un sérieux "ras-le-bol" des citoyens envers les événements et les affaires tragiques qui avaient défrayé la chronique tout au long des années 80 et 90. Ce n'est pas pour rien si nombre de grandes institutions du pays ont été fondamentalement remises en question.
Quant à d'éventuelles réactions citoyennes à l'occasion du procès, il est difficile de se prononcer car il faut prendre acte d'une donne importante : nous sommes entrés dans de vraies "sociétés événementielles" renvoyant à l'idée d'une "sentimentalisation" des sociétés contemporaines dans lesquelles les médias jouent un rôle croissant. On peut certes reconnaître que le temps finit par panser les plaies. Il est vrai que les militants "blancs" d'hier n'ont plus guère fait parler d'eux, ce qui renforce encore le côté exceptionnel de l'événement. Mais il faut garder en mémoire ce qui s'est alors réellement passé : on a assisté à une nouvelle forme de mobilisation collective qui pourrait réapparaître et dont on pourrait reparler autour d'autres questions et sans doute dans d'autres lieux. Les comités blancs se sont développés sous forme de réseaux spontanés de citoyens. Or, la particularité d'un tel type de réseau est qu'il se défie du nombre et de l'espace. Il ne nécessite plus forcément, comme il y a encore quelques décennies, des milliers de militants ou d'adhérents prêts, s'il le fallait, à descendre dans la rue pour démontrer la force d'un mouvement. Ce type de réseau se distinguait avant tout par sa capacité à relier, à faire circuler l'information le plus rapidement possible. Certains souhaitaient même pénétrer la sphère familiale pour y repérer et dénoncer le moindre signe d'abus sexuel ou de maltraitance. Repérer, identifier, faire circuler des photos, des numéros de téléphone, dénoncer étaient de véritables objectifs.
Au niveau du citoyen "lambda" qui a suivi tout cela d'un peu plus loin, on pourrait avancer qu'au moment où le procès démarrera, il ne devrait sans doute pas rester grand-chose de toutes ces réactions. Mais il faut alors tenter de garder les événements en mémoire et les prendre comme une photographie des changements que nous vivons en profondeur depuis de nombreuses années.
Quelle image nous reste-t-il in fine ? Celle d'un sentiment d'insécurité croissant doublé d'un profond doute sur le fonctionnement même de nos institutions. Nous savons aujourd'hui que nous sommes de plus en plus taraudés par un "imaginaire de la catastrophe" derrière lequel se cache aussi une quête de repères collectifs, de nouvel espace civique. Pour d'aucuns, l'appel aux bons sentiments, à la convergence des cœurs peut faire office de ferment collectif. Toutefois, il faut se rappeler que dans le contexte de la "crise blanche", ce mouvement unanimiste s'est également traduit en volonté de pénétration de la sphère privée, de dénonciation des différentes formes de déviance, et en particulier des déviances sexuelles, et ce, au risque de faire peser une menace permanente sur nos libertés individuelles.
Didier Vrancken,
professeur au département de sciences sociales
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