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Opération : titres-services.
Objectif : lutter contre le travail au noir et permettre la création de 25 000 emplois de proximité à terme dans le domaine du nettoyage à domicile, de la garde d'enfants ou de l'aide aux personnes âgées. Projet louable et consensuel. En juin dernier, le gouvernement ne s'était-il pas engagé à créer 200 000 emplois en quatre ans ?
Le dossier a pourtant divisé la majorité pendant une semaine. Il a relancé un débat sur le gouvernement violet : après l'amnistie fiscale, le droit de vote des étrangers, etc., les titres-services mettaient en lumière les difficultés du Premier ministre à gérer sa coalition. Certains critiquent durement ces conflits idéologiques et ces "ministres doctrinaires" qui paralysent la gestion de la cité.
Au-delà de ces préoccupations légitimes pour l'efficacité des processus de décision et la cohérence d'un projet gouvernemental, le dossier des titres-services nous rappelle que la politique n'est pas seulement une question technique pour professionnels. Les décisions qu'ils sont amenés à prendre mobilisent des valeurs. Les hommes et partis politiques ne pensent pas "tous pareils" sur tous les sujets.
Leurs conceptions du bien commun diffèrent.
Ils sont notamment en désaccord sur des questions cruciales qui touchent à la nature et à la place du travail. Depuis plusieurs années, la stratégie européenne pour l'emploi et le référentiel politique actuel (Etat social actif, lutte contre les "pièges à l'emploi", etc.) orientent l'attention sur des indicateurs quantitatifs. En réponse, un débat sur le thème de la qualité de l'emploi a émergé. Faut-il encourager - et financer par de l'argent public - le développement d'emplois de (très) courte durée, à temps (très) partiel ? Quel niveau de protection sociale doit les accompagner ?
Dans le cadre des titres-services, le débat a porté sur l'opportunité de permettre aux agences d'intérim de recourir au système et sur les modalités minimales du contrat. Deux logiques s'affrontent. Flandre et Wallonie ne sont pas sur la même longueur d'onde. Les partis socialistes francophone et flamand non plus. Un accord a finalement été trouvé. Les agences d'intérim sont autorisées à participer au dispositif au même titre que les organismes traditionnels. Des modalités pour la mise en œuvre des contrats de travail ont été arrêtées (contrat à durée indéterminée mais avec durée probatoire sans contrainte sur le temps de travail). Une région pourra toutefois durcir les conditions "en raison des différences de certaines réalités et visions" (communiqué de presse du gouvernement).
Un travail politique fondamental est en cours sur les notions de "chômage (in)volontaire" et d'"emploi convenable". Quels emplois ? Quels objectifs ? Le débat doit avoir lieu. Il est politique, certes. Idéologique, aussi. Au sens noble des termes. A juste(s) titre(s).
Geoffroy Matagne
aspirant du FNRS
département de science politique
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