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Vice-recteur de l'ULg, Bernard Rentier est également président de la CAT (réseau des bibliothèques).
Le 15e jour du mois : Les universités tirent la sonnette d'alarme face aux pratiques commerciales de certaines maisons d'édition. De quoi s'agit-il ?
Bernard Rentier : L'heure est effectivement à l'inquiétude dans le monde scientifique. Elsevier - qui occupe une position prééminente sur le marché des publications médicales et biomédicales principalement - veut augmenter très sensiblement les tarifs qu'il propose dans le cadre du contrat de consortium des bibliothèques de la Communauté française (BICFB). Il faut savoir qu'en 2001, les neuf universités de la Communauté française avaient signé un contrat d'une durée de trois ans avec cet éditeur pour accéder, en complément des versions papier acquises par les universités, aux 1200 périodiques de la base de données Science Direct . Et ce, pour un montant de 450 000 euros par an. Ce qui était déjà onéreux : à l'ULg, Elsevier absorbe 40% du budget alors que ses titres - dont certains haut de gamme il est vrai - représentent moins de 10% des périodiques souscrits par l'Institution.
A l'heure du renouvellement du contrat, Elsevier propose un abonnement plus cher que le précédent pour un portefeuille équivalant à la moitié des revues ! Paul Thirion, directeur général de la CAT, a calculé que si nous voulions accéder à l'ensemble des titres d'Elsevier en version électronique, le montant total annuel s'élèverait à 662 000 euros en 2004 et, en fin de contrat, à 770 000 euros par an. C'est tout à fait inacceptable pour les universités dont les budgets ont tendance, au mieux, à rester stables. Cerise sur le gâteau, Elsevier a l'intention de rendre payante la consultation sur son site des articles archivés… que nous avons achetés ! Manifestement, l'illustre maison d'édition entend bien profiter de sa position dominante dans les secteurs de la chimie, des technologies et de la médecine.
Le 15e : Quelle solution envisagez-vous ?
B.R. : Actuellement, le Conseil des recteurs des universités francophones (Cref) négocie une formule acceptable pour trois ans encore. Mais dans un proche avenir, je pense qu'il faudra refuser ces diktats qui étranglent financièrement les institutions. Qu'on y songe : les universités investissent dans la recherche, les scientifiques mènent leurs travaux, rédigent les articles, les envoient avec les illustrations sous forme numérique, dans certains domaines paient 2000 euros pour la publication… et nous devons encore mettre la main à la poche pour consulter la production de nos pairs ! A l'instar d'institutions aussi prestigieuses que Harvard ou Cornell University (New York) qui ont décidé d'interrompre des centaines d'abonnements à des périodiques Elsevier dès janvier 2004, je crois que nous devons sérieusement envisager de boycotter ces éditeurs dont la politique commerciale agressive lèse la diffusion du savoir. D'autant que des alternatives crédibles existent.
Le 15e : Lesquelles ?
B.R. : Grâce à l'essor d'internet, nous sommes en mesure de briser l'actuel processus d'édition. De nombreuses revues scientifiques de très grande qualité existent déjà sous forme électronique. Nous avons souscrit les abonnements nécessaires tandis que certaines publications sont disponibles gratuitement. Notre portail d'accès ( http://www.udfapse.lib.ulg.ac.be/Ressources/E-journals/liste_E-journals.asp ) permet déjà de consulter 3200 publications en version électronique (dont 1200 seulement pour Elsevier).
Par ailleurs se développent des initiatives comme " Open Access Initiative " (OAI) qui reposent sur le principe du libre accès au savoir. Dans cette optique, la publication se fait aux frais de l'auteur, mais toutes les consultations en ligne sont gratuites (le portail BioMed Central donne accès à une centaine de revues biomédicales). L'objectif étant de mettre le plus de documents possibles à la disposition du plus grand nombre tout en garantissant l'excellence scientifique. Un comité de lecture - le "comité des 1000" - est déjà opérationnel et assure la qualité de tous les papiers publiés. D'autre part, diverses possibilités sont à l'étude pour rassurer la communauté scientifique quant à l'archivage des articles qui pourraient être stockés sur cd-rom. De plus, rien n'interdit à chaque institution de réaliser ses propres back up sur cd-rom et de procéder à des échanges… Tout cela à un moindre coût.
Ce mode de publication est à mon sens promis à un très bel avenir. Car une majorité des chercheurs en sciences dites exactes, utilisent prioritairement les ressources du net en consultant des sites spécifiques, ce qui, dans unfutur proche, fera augmenter considérablement les citations d'articles on line . Mais il faut inciter les grandes signatures à s'y aventurer afin d'accréditer davantage encore les publications électroniques.Pour avancer dans cette direction, le réseau des bibliothèques organisera en février une recontre avec les chercheurs à propos de ces nouveaux modèles de publication. Des représentants de Biomed central et de Sparc viendront y faire une présentation. Le FNRS a été invité également pour indiquer sa position vis-à-vis de ce nouveau type de revue.
Propos recueillis par Patricia Janssens
Sur les problèmes relatifs à la crise de la communication savante, voir notamment: "Six key issues about the Crisis in Scholarly Communication" (université de Cornell), http://www.library.cornell.edu/scholarlycomm/issues.html Pour les publications en ligne, voir le site http://www.soros.org/openaccess |
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