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Une pléthore d'étudiants doit faire face à un marché de l'emploi exsangue
Dans le cadre de la coopération universitaire au développement (CUD), Marc Poncelet, chargé de cours au département des sciences sociales (sociologie du développement), coordonne depuis quelques années des recherches interuniversitaires sur la condition des étudiants et diplômés des universités d'Afrique francophone*. A l'entame des recherches, il s'agissait de comprendre les motivations et les stratégies concrètes des étudiants. Ensuite, les chercheurs se sont penchés sur leur devenir. « Il y a 15 ans, lorsqu'un jeune arrivait à l'université, il avait gagné : il était sur les rails de la réussite. Maintenant, quand il entre à l'université, le combat commence car ce n'est plus le lieu où l'on réussit à tous les coups », constate Marc Poncelet. C'est ainsi que l'Afrique accueille aujourd'hui une nouvelle catégorie sociale : les étudiants chômeurs.
De l'Etat employeur
La situation des universitaires africains doit être comprise à la lumière de l'histoire. A l'origine, les universités du continent noir n'accueillaient que quelques centaines d'étudiants. Obstacles franchis et diplôme obtenu, tous pouvaient prétendre à un emploi dans la fonction publique. C'était l'Afrique “du développement”. Mais après la période d'ajustement culturel des années 80 et 90, l'Etat a cessé d'engager et d'investir dans l'enseignement. Or, dans le même temps, la population estudiantine n'a cessé de croître. Naît alors la crise, aggravée par l'acharnement de la classe supérieure qui a connu une promotion par l'école et qui, maintenant, tente d'obtenir la même émancipation pour sa progéniture. En vain.
…à la débrouille des diplômés
Dans la mesure où la demande de l'Etat n'est plus capable d'absorber l'offre considérable des étudiants (ils sont des centaines à sortir chaque année), un marché informel des diplômés s'est développé . « Depuis trois ans à Cotonou, seuls les médecins et les agronomes trouvent des emplois stables. Les autres diplômés des Sciences, des Sciences humaines, ceux dits de “la Chine populaire”- pléthore d'étudiants, encadrement et moyens très faibles -, sont véritablement des laissés pour compte. C'est un combat permanent pour trouver de petites choses à faire, à droite et à gauche », révèle Marc Poncelet. Les diplômés se convertissent en consultants, trouvent des travaux ça et là dans les ONG mais surtout retournent à l'Université qui devient le dernier rempart contre la galère.
Face à un marché de l'emploi bouché voire inexistant, il apparaît que les étudiants prolongent leur séjour à l'université dans le but de conquérir une maîtrise, un DEA, un DES, ou encore une thèse. On assiste ainsi à une inflation des ambitions. “Aller plus loin, aller au bout”: DES, DEA et surtout diplômes étrangers de troisième cycle apparaissent comme des armes ultimes d'une compétition locale généralisée et surtout comme la clef d'accès au marché international.
Aline Sinzobahamvya
*Etudes conduites en collaboration avec des équipes d'anthropologues dirigées par Pierre Petit (ULB-ULg) et le Pr Pierre Joseph Laurent (UCL). Un volet en cours est conduit avec la Fucam et concerne les trajectoires de réinsertion des anciens boursiers africains passés par les universités belges .
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