Tourmente à la maison blanche

Quand les étudiants profitent des derniers jours de liberté


Un chapiteau toujours en service
Photo : Françoise Denoël

Certains organes estudiantins s'en étant faits prématurément l'écho, il semblait cette fois avéré que le célèbre chapiteau du Val-Benoît ne sortirait point de terre pour accueillir la folle sarabande des saints dont la célébration débute traditionnellement avec la très courue Saint Drums. Ressortant leurs tuniques souillées de leur cachette hermétique, les étudiants gouailleurs avaient en effet pour consigne de converger à Sclessin, vers une salle anonyme, et de verser une larme sur le funeste destin d'un vestige chargé de souvenirs. Les ingénieurs ayant déjà franchi le pas du déménagement, les autres pouvaient bien s'en accommoder, d'autant que l'autorisation accordée par les autorités communales, réintroduite chaque année par l'Agel, a tout d'une épée de Damoclès.

Malgré un avis négatif rendu par le commissariat de police idoine eu égard aux plaintes de riverains, c'est in extremis , et en raison des lacunes sécuritaires inhérentes au bâtiment dégoté sur le fil par l'Agel, que l'autorisation fut néanmoins accordée pour occuper le site habituel. Jusqu'à l'année prochaine…

A l'étuvée

Mardi 10 février 22h. Malgré un temps à ne pas mettre un poil dehors, de fringantes silhouettes foulent le bitume humide reflétant les multiples couleurs d'une ville qui s'endort. Depuis la place Général Leman, de petites grappes s'étirent en chapelet vers un faisceau lumineux pointant le ciel comme pour célébrer la renaissance des agapes folkloriques. Et à l'entrée du chapiteau, c'est une file humide qui attend de payer son écot. « A l'origine, le skylight était prévu pour diriger les étudiants vers la nouvelle salle , explique Shadi Abu Dalu, président du CB Droit et organisateur de l'événement. Et la saint-Drums attire généralement pas mal de monde. Peut-être, parce qu'il s'agit de la première guindaille de l'année et que nous avons la réputation de ne pas être trop discriminatoires vis- à-vis de ceux qui ne sont pas baptisés.  » Un esprit qui semblé refléter une souplesse développée cette année par l'ensemble des comités, d'autant que le baptême a moins la vocation de déniaiser des étudiants qui se sont souvent déjà bien arsouillés durant le cycle secondaire.

Chapiteau 23h. L'ambiance bat son plein autant que les fumigènes qui, poussés à outrance, embrument davantage des esprits déjà ténébreux. Les pompes à mousse, le chauffage corporel et la musique tournent à plein régime. « Bon… nous avons déjà des plaintes de police. Je vais devoir baisser un peu la musique. Pour l'instant.  », lance Bini, le disc-jockey, à 1200 tabliers désinvoltes.

Affrontement des décibels

Du côté des riverains, dont les maisons bordent la colline au-delà du chemin de fer, le marchand de sable commence sa tournée. Malgré la propagation des basses d'une musique manifestement festive et les braillements hautement affectifs de copains éméchés, peu d'habitants semblent véritablement redouter la mise à mal de leur nuit réparatrice. «  C'est un peu agaçant, mais cela ne nous empêche pas de dormir  », confirme un proche habitant. «  Moi, quand je dors, je dors  », lance une octogénaire indolente. Mais au coin de le rue Côte d'Or et de la rue de l'Hippodrome, il est une maison blanche où les habitants tentent de résister aux bruyants envahisseurs à coup de pétitions et de plaintes. Et chez cette poignée d'irréductibles, le son de cloche diverge forcément : «  Même passé 2h du mat', je n'arrive toujours pas à entendre le son de ma télévision, un home cinéma de 300 watts , s'énerve le propriétaire (…) J'en ai marre, ça dure quasiment six mois par an.  » Seule éventualité susceptible d'adoucir les acrimonies légitimes de cet esprit sanguin sans jeter le bébé estudiantin avec l'eau du bain : restreindre le nombre de manifestations. Les bleusailles ou autres parrainages préfigurant les baptêmes, par exemple, ne pourraient-ils pas trouver d'autres chapelles ? Histoire de concilier l'inconciliable.

Fabrice Terlonge