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Dans De l'Esprit des lois, Montesquieu voit dans la vertu, au sens romain du terme, la qualité indispensable à l'existence d'un gouvernement républicain, ajoutant que c'est dans ce type de régime “que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation ”.
A l'heure où l'appel incantatoire à la citoyenneté – notamment à l'adresse de la jeunesse – surgit immanquablement dans tout discours politique prenant quelque hauteur, il est permis de se poser des questions quant à l'existence réelle de ce “renoncement à soi-même” sans lequel il ne peut y avoir de gestion démocratique digne de ce nom.
Les affaires récentes qui ont défrayé la chronique, tant en France qu'en Belgique, et qui ont mis en cause des hommes politiques censés montrer l'exemple – particulièrement en matière fiscale – indiquent à quel point l'exigence éthique est inhérente au fonctionnement d'un Etat de droit, celui-là même qui est né lorsque l'on a cessé de confondre propriété privée et puissance publique.
Loin de nous l'idée d'apporter de l'eau au moulin à une quelconque chasse aux sorcières, dérive (“tous pourris”, refrain connu) qui profite toujours aux pires ennemis de la liberté. Mais enfin, à quelques semaines des échéances électorales que l'on sait et face au danger que représentent l'absentéisme ou le recours au vote protestataire inspiré par l'extrême droite, une Université qui se veut humaniste manquerait à son devoir civique si elle ne se permettait pas de rappeler l'une ou l'autre vérité première dans un domaine concernant la bonne santé du corps social.
Et d'abord, que l'idéologie du “chacun fait ce qu'il lui plaît ” (autre refrain connu) conduit nécessairement à une impasse, surtout lorsqu'elle est nourrie d'un individualisme exacerbé, négateur de solidarités. Et ensuite, que tout n'est pas permis : sans contraintes et normes acceptées, pas d'espace commun ni de société civilisée possibles. Le monde universitaire lui-même, cela va de soi, n'échappe pas à cette nécessité. Bref, lui aussi doit faire preuve, en son sein, de morale.
Le mot a mauvaise presse depuis qu'il a été associé à celui d' “ordre” , de sinistre mémoire. Si nous le risquons néanmoins ici, c'est avec le sens d' “éthique” , usage qui n'est pas pour déplaire au Pr Michel Born, président de l'Ecole de criminologie de l'ULg et auteur de l'ouvrage Psychologie de la délinquance (De Boeck, 2003). C'est aussi en nous souvenant de la conclusion par laquelle le philosophe de Königsberg achève sa Critique de la raison pratique , idéal de vie sobrement exprimé : « le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ». Kant pas mort, et les Lumières décidément pas éteintes…
La rédaction
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