Plaidoyer pour un hôpital

Une équipe du CHU a réalisé plusieurs greffes à Hô Chi Minh ville.

 

 

Avec une foi qui soulève les montagnes et une obstination toute féminine, peut-être toute asiatique, Kim Hai Bui, médecin généraliste installée en Outremeuse, est parvenue à sensibiliser et la Région wallonne et le gouvernement vietnamien. «  Le Vietnam peut compter sur des médecins bien formés, explique-t-elle. Mais le pays a vraiment besoin d'un hôpital de pointe, capable de réaliser des opérations délicates et de convaincre les 10 millions de citadins de son utilité.  »

Forte de cette conviction et déterminée à implanter dans la ville d'Hô Chi Minh, l'ancienne Saïgon, un établissement au faîte du progrès médical, le docteur, diplômé de l'ULg, a multiplié les démarches. Un premier conseil a été sollicité auprès de Tractebel dont l'étude de “faisabilité”, très favorable, vient maintenant étayer le projet. Ensuite, Kim Bui, a pris contact avec le CHU de Liège. «  On ne peut imaginer construire un hôpital de 500 lits, équipé de la dernière technologie, sans se faire épauler par des médecins renommés , expose-t-elle. Nous avons besoin d'une expertise scientifique de haut niveau et d'une collaboration étroite avec les équipes médicales européennes. Pourquoi pas celle de Liège ?  »

Médecins liégeois à Saigon

Ainsi fut fait. Une première initiative visa la rencontre entre homologues des salles aseptisées qui fut la raison d'être du congrès qui se tint en novembre 2003 sur la rivière de Saigon.

Une centaine de médecins belges et vietnamiens y furent conviés (dont une trentaine de chefs de service du CHU de Liège qui firent le voyage) et y ont travaillé de concert devant les responsables politiques de la santé du Vietnam et les autorités académiques de l'université accueillante.

«  Sitôt ma conférence terminée , se souvient Michel Meurisse, chef du service de chirurgie abdominale et de transplantation au CHU, le Dr Pham Van Bui, chirurgien dans un des plus importants hôpitaux saignais - l'hôpital populaire 115 - est venu me demander si nous pouvions aider son équipe à réaliser des greffes de rein à partir de donneurs vivants apparentés, programme pour lequel il se préparait depuis cinq ans.  » Rentré à Liège, Michel Meurisse a convaincu sans difficulté la direction du CHU et rassemblé une petite équipe prête à relever le défi. Pierre Honoré, chirurgien spécialiste des greffes, Jean Joris, anesthésiste, Cécile Dony, infirmière, et Pierre Jamart , du labo photo du CHU, ont ainsi bouclé leur valise pour un séjour de deux semaines à Hô Chi Minh ville, du 6 au 20 février derniers.
Quatre transplantation rénales ont été effectuées avec succès
Photo : Michel Meurisse

«  L'hôpital 115 disposant d'une infrastructure adéquate, nous avons pu réaliser quatre prélèvements de rein sur donneurs vivants, suivis immédiatement de quatre transplantations rénales, précisa Michel Meurisse dès son retour. A notre départ de Saigon, tous les patients se portaient bien, avec récupération d'une fonction rénale normale pour chacun d'entre eux . Mais notre objectif était principalement d'écoler les chirurgiens locaux à la technique opératoire et aux soins post-opératoires, particulièrement décisifs dans la réussite de ces interventions. Les deux dernières greffes ont entièrement été réalisées par les collègues vietnamiens sous notre supervision. »

Fructueuse mission

Michel Meurisse a profité de son séjour pour nouer des contacts avec de nombreux autres services. Ainsi, dans ce même hôpital 115, des demandes pressantes de collaboration sont sollicitées, en particulier par les équipes de neurochirurgie et de radiologie. Le service des urgences, constamment débordé en l'absence de médecine de première ligne au Vietnam souhaiterait vivement bénéficier de l'expérience de notre service universitaire homologue. «  Nous avons aussi été contactés par le plus gros hôpital du Vietnam, l'hôpital Cho Ray de Saigon, lequel sollicitait notre aide pour mener un programme de transplantation de foie à partir de donneurs vivants , poursuit le chirurgien . Le problème y est en effet d'importance puisque 10 % de la population est atteinte par l'hépatite B. Il ne fait aucun doute que notre équipe de transplantation ou d'autres collègues retourneront au Vietnam : les demandes sont plurielles et le CHU de Liège est en mesure de répondre à leurs attentes.  »

“Invitée d'honneur” de la ville de Saigon, l'équipe médicale liégeoise a été reçue par le vice-ministre de la Santé, le vice- président du Comité populaire, le directeur du service de santé de la ville, le recteur de l'université de Ho Chi Minh ville et nombre d'autres acteurs importants du monde politique et scientifique vietnamien, qui témoignaient ainsi de l'intérêt soulevé par la collaboration naissante entre les deux équipes. Par ailleurs, l'ambassade et le consulat de Belgique sur place , en la personne de Mrs Delcourt et Casier, ont insisté sur l'importance de cette mission pour l'image de marque de l'institution universitaire liégeoise.

«  Le projet progresse , se félicite le Dr Bui. Les résultats très positifs de la mission ont permis au pouvoir politique en place d'apprécier le savoir-faire liégeois, ce qui aura très probablement une incidence favorable pour le projet hospitalier. Par ailleurs le ministre Verwilghen a déclaré il y a peu que la Belgique réservait une somme de 20 millions d'euros pour la coopération avec le Vietnam, seul pays prioritaire pour l'Asie du Sud-Est. J'ose espérer que ce projet d'hôpital high tech retiendra son attention et je peux lui assurer que, dans cette éventualité, la diaspora vietnamienne ne manquera pas de propager une image très positive de la Belgique. »

Patricia Janssens