Nouvelle scène

Après 15 ans à Liège, Jean-Louis Colinet quitte le Théâtre de la Place pour le National.


Photo: Lou Hérion

 

Jean-Louis Colinet s'en va, laissant au Théâtre de la Place un public fidèle, une situation budgétaire stable et une bonne image artistique. Sorti de l'Insas et formé à l'école du théâtre-action, il fut d'abord metteur en scène, puis chargé du théâtre et de l'audiovisuel au ministère de la Culture. Devenu professeur à l'Insas, il a ensuite pris la direction du Théâtre de la Place en 1988 et celle du Festival de Liège en 1999. Pour lui, faire du théâtre, c'est créer des aventures, rassembler des artistes, une équipe et un public dans un voyage commun. " Dans le domaine artistique, rien n'est acquis, il faut tout construire ", rappelle-t-il.

Lieu de rencontre

Sa réussite au Théâtre de la Place est liée à une approche qui doit peut-être beaucoup au théâtre-action des années 70. C'était un théâtre politique, avec une démarche participative où de non professionnels inventaient des formes théâtrales à travers leur propre culture, leur propre langage. Et il faut avouer qu'il a réussi à titiller le désir de découverte des Liégeois, à faire en sorte que s'ouvrent les yeux et les esprits, ce qui n'est pas facile : " Si vous êtes trop en avance, les gens ne vous suivent plus, mais si vous êtes trop en arrière, ça n'a aucun intérêt. " Il faut que les artistes expriment leurs projets en essayant toujours d'être en prise avec la sensibilité du public, car " le théâtre est une maison de rencontre ".

Depuis que Jean-Louis Colinet a pris la direction du Théâtre de la Place, le nombre d'abonnés est passé de 150 à 3000. La clef de son succès ? Un théâtre lié au plaisir. " La vraie alchimie, dit-il, c'est d'être diversifié et d'avoir de la personnalité. " Car il y a des publics et non pas un public, encore moins un public-cible. "Pour beaucoup, le théâtre est un art archaïque, poussiéreux et exigeant intellectuellement, c'est tout à fait faux ! " Il faut œuvrer pour que le théâtre touche le plus de monde possible, en travaillant par exemple avec différents metteurs en scène et en conservant un certain degré d'exigence : " Travailler avec les meilleurs projets et refuser le reste, la complaisance nuit en tout. "

Selon lui, les qualités que doit avoir le directeur du Théâtre de la Place ne diffèrent pas de celles requises pour le Théâtre National : il doit adorer le théâtre, aimer les artistes, être à leur écoute, leur laisser libre expression. Il doit également être le garant de l'expression artistique, afin qu'elle ne s'éloigne pas trop du public auquel on s'adresse. Il faut avoir des qualités de gestionnaire, maintenir le cap, être capable de rassembler une équipe soudée. En résumé, " un théâtre, c'est des artistes, un public, une équipe. C'est l'équation de base. "

Même métier, même défi

Certes, le statut, la taille, les objectifs diffèrent d'une institution à l'autre. De plus, le Théâtre de la Place est lié au tissus théâtral liégeois, tandis que le Théâtre National concerne l'ensemble de la Communauté française. Ce dernier doit acquérir une dimension internationale, notamment en faisant venir des artistes de l'étranger. Mais les difficultés restent les mêmes : " Je n'ai pas l'impression que je vais changer de métier ", précise le nouveau directeur. Et il se donnera d'ailleurs un même défi : augmenter le nombre d'abonnés. Peut-être regrettera-t-il seulement de ne pas profiter des nouvelles infrastructures (Manège de la Caserne Fonck et Emulation) acquises par le Théâtre de la Place grâce à ses nombreux efforts.

 

Magali Morréale et Elsa Delcour