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Anthropologues et architectes s'associent pour la rénovation de logements sociaux.

Photo: P. Frankignoulle - B. Stevens - LAC - ULg
Bientôt un nouveau visage pour les 435 logements des tours "Truffaut - Libération".
Le laboratoire de Barbara Stevens, Pierre Frankignoulle et Stefan Herold (le LAC, Laboratoire d'anthropologie de la communication en faculté d'Economie, de Gestion et de Sciences sociales) n'est pas plein d'éprouvettes ou de produits chimiques : c'est un quartier et ses habitants. Quant à leur bureau, c'est le tout nouvel appartement témoin dont la rénovation vient de se terminer. Bientôt, les 435 logements des tours "Truffaut-Libération"en bord de Meuse à Droixhe troqueront portes en bois, sanitaires vétustes, électricité dépassée, simple vitrage et humidité contre des habits neufs. Après 40 ans sans travaux majeurs, ces immeubles vont enfin connaître une requalification. Mais cette requalification ne se limitera pas à un simple travail sur les bâtiments, il s'agit d'un travail plus global de restauration de l'image. En un mot, redonner vie à un quartier devenu particulièrement sensible.
Appartement témoin
Au départ, l'idée d'une collaboration avec l'Université est venue de l'architecte Dethier, laquelle a porté ses fruits puisqu'elle a contribué à la victoire du projet au concours organisé par la Région wallonne en 1998. Si l'architecte s'occupe des bâtiments, l'équipe de l'ULg est chargée de la restauration de l'image du quartier. Pour ce faire, les trois chercheurs ont créé différents outils de communication. C'est ainsi que le journal Le Nouveau Droixhe a vu le jour : " Publié en quatre langues - français, arabe, turc et anglais - il tient tous les habitants au courant de la vie associative de leur quartier, mais aussi des travaux qui vont avoir lieu dans leurs appartements, explique Pierre Frankignoulle. L'appartement témoin lui-même est aussi un de nos outils de communication. Il permet aux habitants qui le visitent de constater de visu les modifications qui vont être apportées, bien mieux qu'avec de simples plans. "
Le
rôle des anthropologues prend tout son sens quand on sait que la rénovation
va se faire en site occupé. Car les habitants ne quitteront pas leur
logement pendant les rénovations. " C'est une sécurité
pour ces locataires puisqu'ils sont sûrs de garder leur appartement
après rénovation, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce
type d'opération par lesquelles on tente, entre autres, de renforcer
les mixités. " Pas besoin d'aller bien loin puisqu'il suffit
de penser aux cinq célèbres tours "Croix-Rouge"
à Droixhe même. " Trois d'entre elles sont vides,
reprend Barbara Stevens, et les locataires qui pensaient retrouver leur
toit bien vite après rénovation ne le feront sans doute jamais.
"
Le travail en site occupé permet à la fois de résoudre les problèmes de relogement pendant les travaux et de rassurer les riverains. Mais il implique aussi une méthodologie bien particulière. C'est à ce niveau que les scientifiques interviennent, notamment pour rédiger le cahier des charges destiné aux entreprises " Nous y avons inclus des clauses de respect de l'intimité des personnes ou encore de respect strict des horaires afin que l'impact des travaux sur la vie des habitants soit le plus faible possible. " Ils ont également rendu visite à chaque locataire afin de tenir compte des spécificités du logement et des modifications apportées par chacun à son domicile. Cet inventaire permet également aux entrepreneurs de minimiser le risque d'imprévus au moment d'effectuer les travaux.
Suite scientifique ?
Si elle intéresse beaucoup la presse, l'expérience unique de ces trois chercheurs n'a pas encore fait tache d'huile dans la communauté scientifique. Depuis deux ans, le travail de terrain a retenu toute leur attention. Ce sera encore le cas pendant trois ans au moins, jusqu'au terme des travaux. " Pour cette étude, nous sommes liés par contrat avec la société de logements Atlas. Et malheureusement, ce contrat ne laisse que peu de place à la conceptualisation et au partage de notre expérience avec d'autres scientifiques ", regrette Barbara Stevens. C'est donc du temps de la réflexion que les chercheurs manquent, mais certainement pas de matière et d'idées pour de futures publications scientifiques. A suivre.
Olivier Béart
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