Inspiration


Chaque année, dès le retour du printemps, et particulièrement durant les vacances de Pâques, les pays européens sont de plus en plus souvent sillonnés par des cohortes d'élèves de dernière année de l'enseignement secondaire. Royaume-Uni, France, Espagne, Italie, Grèce, Croatie, République tchèque sont parmi les destinations les plus recherchées par les établissements qui organisent ces voyages culturels. Car il s'agit bien de périples à vocation éducative.

On aurait tort de ne voir, dans ce phénomène de migration saisonnier, qu'une simple version modernisée des excursions scolaires d'antan (ah ! l'escapade de fin d'année à la cascade de Coo…). La plupart de ces déplacements ont fait l'objet, dans les classes de rhéto ou de terminale, d'une préparation minutieuse et sont prolongés, au retour, par des activités dont la dimension formatrice est loin d'être négligeable. Rédiger un compte rendu, constituer un dossier iconographique, réaliser un montage audiovisuel, etc., les exploitations pédagogiques ne manquent pas qui, dans une louable interdisciplinarité, répondent toutes à la volonté - préconisée par le décret-missions de la Communauté française - de développer les compétences chez les futurs étudiants de l'enseignement supérieur.

Mais il y a plus. Au moment où l'identité supranationale fait défaut, l'Europe n'ayant décidément pas le don de faire frissonner l'audimat, ces voyages et autres échanges ont le privilège de créer des repères fondateurs chez les futurs citoyens et citoyennes du Vieux Continent. Sans cette plongée dans un passé commun, comment espérer nouer ces liens absolument indispensables à la construction de la maison européenne ? " Si c'était à refaire, je commencerais par la culture ", aurait avoué Jean Monnet au soir de sa vie. Et Dominique de Villepin, fait docteur honoris causa de notre Université le 8 mars dernier, de rappeler fort à propos ce mot de Nietzsche : " L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. "

Sortir de son pré carré pour s'aérer l'esprit, loin des stéréotypes et autres clichés réducteurs, quelle perspective réjouissante pour la jeunesse étudiante ! Les " Erasmus " l'ont compris qui, à l'instar des pérégrinations entre universités ayant cours au Moyen Age, suscitent un brassage des plus prometteur. Car, comme Ulysse retrouvant son Ithaque, ils s'en reviennent nécessairement enrichis de leur expérience au-delà des frontières de leur pays.

Pas d'Europe vivable donc sans la découverte de l'héritage culturel que les générations précédentes nous ont légué. Et cette volonté de s'ouvrir à de nouveaux horizons, n'est-ce pas aussi un des projets mobilisateurs de l'ULg ? Pour elle, l'heure est à l'Europe. A tout le moins.

 

La rédaction