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Thierry Meulemans, chargé de cours en neuropsychologie nous livre quelques secrets sur le fonctionnement de la mémoire.

Photo: Françoise Denoël
Mais quel est le fil conducteur de
ce cours?
Le 15e jour du mois : Dans le langage courant, on utilise souvent les termes de mémoire à long ou à court terme. Ces dénominations recouvrent-elles une réalité scientifique ?
Thierry Meulemans : Oui et non, il existe en effet une mémoire à court terme, et différents niveaux de mémoire à long terme. Contrairement à une idée reçue, la mémoire à court terme n'est pas le souvenir de ce que vous avez fait hier, il y a une heure ou dix minutes. La mémoire à court terme stocke des informations pendant quelques secondes seulement, le temps des les utiliser pour une tâche particulière. D'ailleurs, on utilise plutôt le terme "mémoire de travail", pour souligner le fait que la fonction de cette mémoire ne se limite pas à stocker passivement des informations, mais qu'elle joue véritablement un rôle actif dans le traitement des informations pour un grand nombre d'activités de notre vie quotidienne. Je vais prendre un exemple : lorsque vous regardez un numéro de téléphone dans le bottin, juste avant de le composer, vous le retenez quelques instants, le temps de composer ce numéro, mais il est vite oublié Cette mémoire de travail est en activité tout le temps; on pourrait l'apparenter à une forme de conscience du moment présent.
Le 15e : Qu'en est-il de la mémoire à long terme alors ?
Th.M. : On identifie quatre grands systèmes de mémoire
à long terme.
1/ La mémoire épisodique nous permet de nous remémorer
des épisodes vécus personnellement, comme cette soirée
passée chez des amis. On peut presque revivre l'épisode, dans
le sens où on est capable d'évoquer le contexte (spatial,
temporel
) dans lequel il est survenu. Cette forme de mémoire
correspond au sens commun généralement donné à
la "mémoire".
2/ La mémoire procédurale est celle des habiletés,
un système qui nous permet d'acquérir de nouvelles habiletés
perceptives ou motrices, et même cognitives. Quand on apprend à
conduire une voiture, par exemple, on doit réfléchir à
chacun de nos gestes, mais, au fur et à mesure de l'apprentissage,
les mouvements deviennent automatiques; lorsque le geste est tout à
fait automatisé, il devient même difficile - voire impossible
- de l'expliquer. Cela renvoie à un grand nombre de situations :
faire du vélo, taper à la machine, etc.
3/ La mémoire sémantique stocke des connaissances décontextualisées
(contrairement à la mémoire épisodique). Par exemple
savoir que Moscou est la capitale de la Russie est imprimé dans la
mémoire sémantique. Le sens des mots également. C'est
la mémoire de nos connaissances générales sur le monde
qui nous entoure, c'est-à-dire y compris, par exemple, de la manière
adéquate de procéder dans telle ou telle situation sociale.
Ce niveau de mémoire est illimité et se transforme en permanence,
car le monde évolue bien sûr, et nous nous y adaptons.
4/ Le dernier type de mémoire est le système de représentations
perceptives qui nous permet de stocker la forme des objets, des mots, mais
pas leur signification.
Le 15e : Peut-on "entraîner" sa mémoire ?
Th.M. : Le verbe donne l'idée que la mémoire est un muscle, ce qui est faux. Certes, garder une activité intellectuelle riche et rester curieux du monde a un effet positif sur la santé cognitive, et donc sur la mémoire Cela dit, il est bien sûr possible d'apprendre diverses techniques qui peuvent améliorer les capacités de mémoire (techniques d'organisation et de structuration de l'information à mémoriser, moyens mnémotechniques divers, etc.). Notons que, sur le plan pharmaceutique, il n'existe pour l'instant aucun médicament qui ait démontré une quelconque efficacité sur la mémoire.
Le 15e : En période de "blocus" que préconisez-vous aux étudiants ?
Th.M. : Différentes recherches ont prouvé qu'un apprentissage "distribué" est bien meilleur qu'un apprentissage "ramassé" : il est préférable de réviser tous les jours un quart d'heure pendant une période prolongée, que d'apprendre en bloc pendant un laps de temps court. C'est pourtant cette dernière méthode qui est favorisée par notre système de blocus et d'examens, dont on peut dire qu'il ne favorise pas un apprentissage intelligent et à long terme.
Le 15e : Quelques petits trucs quand même ?
Th.M. : Il ne faut pas oublier l'importance du sommeil pendant le blocus ! D'abord parce qu'il permet d'être en forme et d'avoir les idées plus claires, mais surtout parce que le sommeil lui-même a un rôle actif sur l'apprentissage, sur l'intégration de connaissances et des informations absorbées pendant la journée. Il faut également apprendre sa matière de façon intelligente et se poser des questions : quel est le fil conducteur du cours ? J'ai pu remarquer chez de nombreux étudiants l'absence de vision "globale" du cours. Un conseil simple, lorsqu'on aborde l'étude d'une matière : commencez par comprendre et mémoriser le plan du cours ! Ensuite, les détails et les points plus spécifiques pourront venir se greffer de manière progressive sur ce fil conducteur, ce qui permettra une intégration plus intelligente et plus solide de la matière.
Propos recueillis par Cathy Immelen
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