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l'occasion de son 20e anniversaire, le Conseil culturel mondial remettra
les prix Albert Einstein et José Vasconselos le lundi 8 novembre
à l'université de LiègeOn connaît tous la sentence de Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Le moins qu'on puisse dire, c'est que le siècle dernier - celui d'Auschwitz et d'Hiroshima - n'a pas toujours respecté l'impérieuse prémonition de l'auteur du Pantagruel et du Gargantua. Indépendamment des avancées scientifiques et technologiques décisives pour le bien-être de l'humanité, ses savants ont trop souvent mis leur savoir au service d'uvres de mort.
Initiatives positives
Fondé à Mexico en 1982 et dirigé par un conseil d'administration aujourd'hui présidé par le Dr José Rafael Estrada, le Conseil culturel mondial (CCM) n'a manifestement pas oublié ces tragiques leçons de l'Histoire. Raison pour laquelle il s'est donné comme but de promouvoir un usage positif des connaissances et de récompenser les initiatives allant dans le sens d'une meilleure compréhension et d'une plus grande entente entre les peuples. A cette fin, il a établi et entretient des relations avec les plus importantes institutions scientifiques, culturelles, éducatives et sociales réparties à travers le monde. Tels sont, dans les grandes lignes, les principes qui guident l'attribution des deux prestigieuses distinctions : le "Albert Einstein World Award of Science", remis annuellement, et le "José Vasconcelos World Award of Education", décerné tous les deux ans.
Le lauréat
2004 de la première - le prix Albert Einstein (science) - est le
Pr Ralph Cicerone, chancelier de l'université de Californie
(Irvine) où il enseigne au département Earth System Science.
Il a mené des travaux pionniers en chimie atmosphérique, essentiels
à la compréhension de l'environnement terrestre, en particulier
sur le rôle des gaz à effet de serre dans les changements climatiques.
" Je l'ai connu durant les années 80 au Centre national de
recherche atmosphérique (NCAR), à Boulder, dans le Colorado,
se souvient Rodolphe Zander, chargé de cours honoraire à la
faculté des Sciences de l'ULg. Il s'occupait avant tout de la
destruction de la couche protectrice d'ozone par des constituants tels que
les chlorofluoro-carbones, autrement dit les fréons. A l'époque,
le Girpas (Groupe infra-rouge de physique atmosphérique et solaire),
que j'ai dirigé jusqu'à la fin 2003, effectuait des observations
à l'aide de ballons stratosphériques et s'intéressait
à des molécules issues de la décomposition des fréons
dans le voisinage de la couche d'ozone. "
Le Pr Cicerone, qui présidera l'US National Academy of Sciences à partir de juillet 2005, est manifestement du gabarit des prix Nobel de chimie Paul Crutzen, Scherwood Rowland et Mario Molina, tous trois spécialisés dans l'étude de l'environnement. Et ce n'est pas un mince honneur pour le Pr Zander - et, partant, pour l'université de Liège - d'avoir publié avec lui des travaux, relatifs notamment à la charge du chlore dans la stratosphère. " De toute évidence, Ralph est un précurseur des idées qui ont mené à une meilleure compréhension de la destruction de la couche d'ozone stratosphérique résultant d'activités humaines ", constate, avec un brin d'admiration, celui qui a eu le grand plaisir de travailler avec lui aux Etats-Unis.
Avec
le second lauréat 2004, on change de registre, mais non de préoccupation
environnementale. En attribuant le prix José Vasconcelos (éducation)
à Sir David Attenborough, le Conseil culturel mondial a voulu
honorer un grand réalisateur et producteur de films mondialement
réputé, créateur de l'unité d'histoire naturelle
de la BBC. A l'heure où la télévision est hélas
souvent devenue ce que l'on sait, il est la preuve vivante que des programmes
de qualité peuvent toujours intéresser, voire captiver, le
grand public.
Dès les années 50, il crée des séries éducatives passionnantes sur la vie des animaux dans leurs milieux naturels, séries dont l'impact sera international. Puis, il se lance dans des créations plus ambitieuses parmi lesquelles il convient de citer entre autres Life on Earth (La vie sur Terre) et The Living Planet (La planète vivante). Avec une telle production, marquée
du
sceau de l'excellence, il n'est pas étonnant que Sir David Attenborough
ait reçu quantité de récompenses de par le monde. Il
est notamment porteur du diplôme du "Fellow of the Royal Society",
administrateur du British Museum et président de la Royal Society
for Nature Conservation. Mais ces promotions et autres postes de responsabilité
n'ont pas altéré sa verve créative. En 1993, par exemple,
il consacre son remarquable Life in the Freezer à la vie dans
l'Antarctique et, deux ans plus tard, il est encore l'auteur et le présentateur
d'une superbe série sur la vie dans les océans, intitulée
The Blue Planet. Trajectoire exceptionnelle qui fera dire à
Lord Reith, le fondateur de la BBC, à son propos : " Toute
sa vie, sans relâche, il a essayé d'éduquer et d'informer.
"
C'est donc un grand honneur pour l'université de Liège d'organiser
la remise des prix du CCM à des personnalités telles que le
Pr Ralph Cicerone et Sir David Attenborough. D'où vient ce privilège
? Il faut d'abord rappeler que notre Alma mater, à deux reprises,
a été distinguée par le CCM : en 1988, le Pr Gilbert
de Landsheere recevait le prix José Vasconcelos et, en 1997, c'est
le Pr Jean-Marie Ghuysen qui était récompensé par le
prix Albert Einstein. Et puis, il y a le fait que Jean-Pierre Swings, chargé
de cours au département d'astrophysique, géophysique et océanographie
de l'ULg, est membre du comité interdisciplinaire de l'organisation
basée à Mexico. " Mon père, Pol Swings, qui
a été durant des décennies directeur de l'Institut
de Cointe, a été un des membres fondateurs du CCM. Après
son décès, j'ai été appelé à lui
succéder, avoue en toute simplicité son fils. Depuis, je suis
amené, sur base d'une bonne dizaine de dossiers qui me parviennent
- avec CV et lettres de recommandation - à me prononcer pour l'attribution
annuelle du prix Albert Einstein : cela concerne tous les domaines de la
science. Mais nous sommes 300 personnes, réparties de par le monde,
à émettre une appréciation sur les personnalités
scientifiques retenues. "
Reconnaissance exceptionnelle
De toute évidence, le lundi 8 novembre prochain, à l'occasion du 20e anniversaire des prix du CCM, les amphithéâtres de l'Europe seront le siège d'une cérémonie prestigieuse, au retentissement international. Ainsi sera reconnu, à sa juste valeur, le rôle éminent de la recherche et de l'éducation dans l'amélioration des conditions de vie, tant culturelles que matérielles, de l'humanité. A l'heure où celle-ci est à nouveau agitée à maints endroits par un funeste vent de haine, il est rassurant de savoir que, jour après jour, des hommes uvrent au renforcement de la fraternité entre les peuples, les nations et les gouvernements, sans discrimination aucune. Tout simplement, en travaillant dans le silence d'un laboratoire ou l'isolement d'un studio
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Inscription auprès de Pascale Scarpa-Ruth (fax 04.366.57.98) Le matin, à 8h30, une projection du film The Life of Mammals
de Sir Attenborough sera organisée en présence du réalisateur
aux amphithéâtres de l'Europe. Le Pr Ralph Cicerone prendra
ensuite la parole à 10h30. Participation libre. Infos sur le site www.ulg.ac.be/presse/evenements/ccm
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Jean-Marie Ghuysen
Le 31 août
dernier, nous avons appris avec grande tristesse le décès
de Jean-Marie Ghuysen, lauréat 1997 du Albert Einstein World Award
of Science, professeur émérite de l'ULg et scientifique
de renommée mondiale. Durant près de cinq décennies,
au sein du Centre d'ingénierie des protéines (CIP) qu'il créa
à la faculté des Sciences, ce microbiologiste liégeois
a patiemment mené des travaux d'approche pour mieux connaître
les enveloppes bactériennes et les cibles des pénicillines.
Au cours des années 70 et 80, avec son équipe pluridisciplinaire,
son laboratoire devint l'épicentre stratégique dans la lutte
contre les bactéries, ces micro-organismes doués d'une ardeur
toute darwinienne et que la consommation insensée d'antibiotiques
devenait de plus en plus incapable de détruire. Avant d'être
récompensé par le Conseil culturel mondial, il avait notamment
obtenu le prix Carlos J. Finley de microbiologie de l'Unesco en 1991. C'est
dire si, quelques semaines avant la cérémonie du 8 novembre,
l'université de Liège et la communauté scientifique
internationale ont perdu un savant hors pair.
Henri Deleersnijder
Photo du Pr. Ghuysen: Françoise
Denoël
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