Echecs et maths

Les championnats du monde universitaire d'échecs se dont déroulés en Turquie

 



Qui donc, exception faite des cancres pataugeant au milieu des cotes d'exclusion, aurait parié que les échecs étaient un sport universitaire ? Figurez-vous qu'à l'instar des bridgeurs, et au risque de spolier la manne des préparateurs physiques, les joueurs d'échecs bénéficient, aux yeux de la fédération sportive universitaire belge (FSUB) du même statut que nos perchistes et autres coureurs de fond. D'ailleurs, l'équipe suisse est carrément sponsorisée par Adidas et porte un uniforme training et baskets.

C'est donc auréolé de ces lettres de créances que François Van Lishout s'est rendu au mois de septembre à Istanbul afin de disputer un tournoi entre virtuoses de l'échiquier, dont certains phénomènes du "top 100" mondial. Autant le révéler tout de go, bien que capable d'anticiper dix coups à l'avance puisque entraîné au calcul des variantes à long terme par un entraîneur russe, notre ingénieur informaticien diplômé, en cours de DEA de sciences appliquées, n'a pas donné de sueurs froides aux émules de Kasparov. Lesdits émules se faisaient d'ailleurs fort de disputer nuitamment et en russe, l'œil noyé de vodka, des parties rapides à reléguer leurs sobres concurrents au rang de simples joueurs de dames (pour la petite histoire qui ne s'invente pas, le vainqueur du championnat se nomme Pavel… Smirnoff !).

Pas étonnant dès lors que les héritiers de cette ère soviétique qui misait sur une discipline peu onéreuse pour faire mondialement triompher la supériorité intellectuelle du communisme, alliant le statut d'étudiant à celui de professionnel, aient trusté le sommet des trois podiums : hommes, femmes et par équipes. François, quant à lui, termine à une honorable 41e place, sur 45 participants issus de 15 pays (dont l'Iran et la Moldavie). " Ma seule chance de battre les Russes serait de les défier au saut du lit, ironise un François Van Lishout content d'avoir participé à un tel tournoi et d'avoir pu se mesurer à d'aussi grosses pointures. J'ai d'abord battu un Turc, et puis je me suis retrouvé devant un grand maître international classé 2615 ELO, face à qui j'ai réussi à faire illusion pendant 20 minutes avant d'être battu. A deux parties de la fin du tournoi, j'étais classé 30e mais un changement intervenu il y a peu dans le règlement international a rendu le jeu plus rapide. Trop nerveux, j'ai manqué l'occasion de remporter une nouvelle partie. "

Joueur d'échecs depuis l'âge de 11 ans, le représentant de notre Alma mater est classé 2100 ELO selon une sorte de classement ATP ancienne version, ce qui correspond à un bon niveau amateur précédant celui de maître international FIDE. A 24 ans, François n'a rien d'une austère machine à calculer et arbore la sympathie des passionnés qui savent ne pas trop se prendre au sérieux. Dommage qu'il n'ait pas bénéficié, comme l'un de ses compatriotes, de l'effet maléfique que les longs trajets en car turc ont eu sur certains joueurs. Une heure de route entre la cité universitaire et le lieu de la compétition a rendu pas mal de personnes malades, ce qui a permis à un Belge classé 2080 ELO de battre l'un des 100 meilleurs joueurs mondiaux classé 2615 ELO. Sur le papier, c'était impossible !


 

F.T.