La Belgique a beaucoup voyagé

Il y a près de 500 millions d'années, notre pays se situait à proximité de l'Antarctique. Brrr…

M. Vanguestaine et T. Servais (2002): Bulletin de la société géologique de France, 173 (6), 561-568.



Si le grand public n'ignore plus que la Terre n'a cessé de changer de visage au cours de son histoire, il ne sait pas encore, par contre, quels chemins ont empruntés les différents continents pour arriver là où ils sont aujourd'hui. La Belgique, aussi petite soit-elle, ne fait pas exception à la règle et Michel Vanguestaine, chargé de cours au département de géologie, soutient, avec d'autres, que notre pays se situait, il y a quelque 485 millions d'années, dans l'hémisphère Sud… Des arguments en faveur de cette thèse ont été trouvés dans l'infiniment petit.

Précieux fossiles

Depuis 30 ans, Michel Vanguestaine, dans le laboratoire de palynologie de l'Université, étudie des microfossiles (les acritarches). " Ces micro-organismes sont apparentés à des algues marines unicellulaires qui devaient constituer une partie importante du phytoplancton des mers anciennes. Ce sont des fossiles qui remontent à des centaines de millions d'années et ils sont dès lors de précieux guides pour déterminer l'âge des roches les plus vieilles. " Ainsi a-t-il pu identifier les espèces contenues dans des roches de la région de Chevron, provenant d'un sondage réalisé il y a près de 40 ans. Leur âge a pu être déterminé par comparaison avec des espèces identiques trouvées aux quatre coins de l'Europe mais peut-être aussi en Argentine : 485 millions d'années !

" Les recherches actuelles dans le domaine de la géologie, explique le chercheur, montrent que notre planète a constamment changé de visage au cours des différentes périodes géologiques. " On connaît en effet la dérive actuelle du continent américain par rapport aux continents eurasiatique et africain. On sait aussi que la surface externe de notre planète est subdivisée en un certain nombre de plaques qui se déplacent ou se rapprochent les unes par rapport aux autres. Dans ce contexte, on peut comprendre que la situation actuelle de la Belgique à quelque 51° de latitude Nord n'est qu'une situation momentanée.

" Il y a 305 millions d'années, notre pays était couvert de marécages qui ont engendré le charbon, poursuit le géologue. L'existence d'une forêt luxuriante dont la dégradation a donné ce charbon implique un climat beaucoup plus chaud et plus humide que le climat actuel, un climat proche du climat équatorial. " Il y a 370 millions d'années, la Belgique était totalement immergée par des eaux marines peuplées de coraux. La vie de ces derniers exigeait des conditions qu'on ne rencontre actuellement que dans des mers chaudes telles que celle au large de l'Australie où se trouve la grande barrière de corail.

Super continent

Plus tôt encore, il y a 485 millions d'années, toutes les localités - Turquie, Bohème, Thuringe, Espagne, Ile de Rügen, Belgique, Angleterre, Pays de Galles, île de Man, Irlande - où l'on a découvert les mêmes types d'acritarches se situaient (cf. la carte ) dans l'hémisphère Sud, à quelque 60° de latitude, c'est-à-dire dans une position se localisant actuellement à mi-distance entre la Terre de feu et le continent Antarctique. A cette époque, la géographie de la planète était très différente de la géographie actuelle. La plupart des continents se trouvaient réunis dans un super-continent dénommé "Gondwana", lequel occupait la position de l'Antarctique actuel. Outre ce dernier, accolés l'un à l'autre aussi, étaient l'Amérique du Sud et l'Afrique, l'Inde, l'Australie et les parties occidentales (y compris la Belgique) et méridionales de l'Europe. Deux autres continents se tenaient à distance de Gondwana : le premier, dénommé "Baltica", comprenait l'ensemble des pays scandinaves et la partie européenne de l'ancienne URSS; le second, dénommé "Laurentia", correspondait assez exactement à l'Amérique du Nord, y compris le Groenland.

De l'Antarctique à l'Europe, en passant par les Tropiques et l'Equateur, qui a dit que la Belgique a toujours connu un ciel gris ?

 

François Colmant


Contacts: laboratoires de paléobotanique, paléopalynologie et micropaléontologie,
tél. 04.366.54.22,
courriel M.Vanguestaine@ulg.ac.be



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