Respiration

La question de l'avenir de la Belgique. Les tensions communautaires qui ont entouré la préparation du forum institutionnel annoncé pour octobre ont amené certains à entrevoir avec angoisse la fin de la Belgique. Le Pr François Perin, en cette année précédant le 175e anniversaire de la création de la Belgique, pronostique (mais lui, sans angoisse) qu'elle ne traversera pas notre siècle voire, qu'elle ne fêtera pas son bicentenaire.

La campagne électorale de cette année fut animée par l'indignation des bourgmestres flamands exigeant la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. La Cour d'arbitrage avait bien signalé l'anomalie que représentait cette relique de l'ancienne province du Brabant. Et l'apparentement que les listes de l'actuel Brabant flamand pouvaient revendiquer avec les listes sœurs de Bruxelles rompait avec le principe d'égalité des Belges - et notamment des candidats aux élections - devant la loi. Le législateur était donc prié de revoir sa copie avant juin 2007. Mais les francophones le répètent sans relâche : " Nous ne sommes pas demandeurs. " Il s'agit pour eux du maintien de la solidarité avec les francophones de la périphérie qu'on avait incorporés en 1963 à la région linguistique néerlandaise en leur accordant des "facilités" en termes d'emploi des langues dans l'administration. Ce geste constituait par ailleurs un échange avec la protection des Flamands à Bruxelles.

Et les exercices de musculation d'avant négociation avaient commencé. Le 14 juillet dernier déjà, Elio di Rupo annonçait que, si les Flamands décidaient de rompre le système belge, il resterait aux francophones à se retrouver autour de leur "nation" (ce passage de ce discours, repris dans plusieurs interviews n'est pourtant pas sur le site internet du parti socialiste). Cette posture marque la fin d'une angoisse de perte du pays de la part des Belges francophones. La France venait, en mai 2004, de signer pour la première fois un accord de coopération avec une entité sub-étatique, la Wallonie, et d'accorder en septembre la légion d'honneur à son Ministre-Président. Quand le Premier ministre Guy Verhofstadt propose de "bétonner" les facilités en échange de la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, les francophones ripostent en rappelant que le bétonnage est déjà fait et en proposant de relier géographiquement Bruxelles à la Wallonie en intégrant la commune de Rhode-Saint-Genèse.

Les vols de nuit d'une compagnie de fret aérien allemande provoquant des nuisances sonores sur un territoire densément peuplé tout en procurant des emplois flamands a achevé de mettre de l'huile sur le feu. A l'heure où nous mettons sous presse, la confirmation par sondage de la menace Vlaams Blok sur les partis flamands leur donne à la fois peur d'une chute gouvernementale avec élections anticipées et besoin de paraître plus flamands que les plus nationalistes. La politique belge nous a entraînés déjà dans les querelles les plus improbables et dans les solutions les moins imaginables : tout est donc possible.

 

Pierre Verjans
chef de travaux au département de sciences politiques