3 questions à Pierre Bartsch

Prendre au sérieux les maladies environnementales


Photo : Jean-Louis Wertz

Pneumologue et allergologue, Pierre Bartsch est chargé de cours à la retraite depuis le 1er octobre.



Le 15e jour du mois : En Europe et en Amérique du Nord principalement, les médecins sont confrontés à de nouvelles pathologies. Certains d'entre eux n'hésitent pas à mettre en cause notre environnement comme facteur déclenchant. Qu'en pensez-vous?

Pierre Bartsch : Depuis une vingtaine d'années, de nouveaux fléaux infectieux ont en effet émergé dans les pays industrialisés, souvent en rapport avec des changements environnementaux : le sida, la légionellose, le syndrome respiratoire sévère en témoignent. Mais il existe d'autres domaines pathologiques pour lesquels des déterminants environnementaux comme les pesticides, insecticides, polluants minéraux ou organiques sont de plus en plus suspectés. C'est le cas des maladies neuro-dégénératives (celle de Parkinson ou celle d'Alzheimer), des malformations congénitales, mais aussi des troubles allergiques, respiratoires ou cutanés dont l'incidence augmente et qui peuvent être déclenchés ou aggravés par la pollution atmosphérique notamment. Mais, vous savez, ces liens entre santé et environnement, Hippocrate les avait déjà affirmés en son temps. L'environnement au sens large influe sur notre santé et provoque des maladies, c'est une évidence… Ceci est cependant très peu enseigné et très peu investigué par les médecins. Or, le nombre de plaintes liées - aux dires des patients - à leur environnement ne cessent de croître. Dans la grande majorité des cas, les personnes souffrent de fatigue, de maux de têtes, de nausées, de troubles de la concentration, de douleurs articulaires, voire de fibromyalgie. L'hypersensibilité chimique multiple, l'hypersensibilité à l'électricité, le syndrome de fatigue chronique, le "sick building syndrome" constituent quelques exemples de maladies qui, pour l'heure, sont difficilement compréhensibles et, si le corps médical est très démuni, les patients sombrent souvent dans la dépression.

Le 15e : Que préconisez-vous ?

P.B. : Il est urgent de médicaliser la santé environnementale et de promouvoir la prévention en ce domaine. Nous avons trop peu investi dans la recherche des interdépendances entre l'environnement et les pathologies humaines. Dans notre patientèle, deux causes sont fréquemment évoquées : les agents chimiques (aux Etats-Unis particulièrement, les intolérances aux parfums sont en augmentation constante) et les champs électromagnétiques (en Suède notamment, de nombreuses personnes attribuent la cause de leurs maux aux antennes gsm ou aux écrans d'ordinateur). Manifestement, nos connaissances toxicologiques sont incomplètes dans ce domaine : nous ne disposons pour l'instant d'aucune base scientifique pour comprendre le phénomène d'intolérance et proposer des traitements. Il faut donc établir des programmes de recherche et pas seulement mettre en place des consultations ou des cliniques spécialisées comme en Angleterre, en Allemagne ou en Suède, de caractère très largement empirique. Je pense que ces recherches doivent se mener avec l'aide de psychologues, car aucune piste ne doit être sous-estimée.

Le 15e : Concrètement ?

P.B. : L'Université doit s'investir dans la recherche et la formation. Car, outre le fait que ces personnes souffrent sans obtenir ni explications ni traitements validés, l'absence d'interlocuteur conduit les patients à chercher eux-mêmes, ce qui ne donne pas toujours de bons résultats. A l'ULg, des études sur l'hypersensibilité olfactive pourraient être entamées au cyclotron. Il n'est pas invraisemblable, en effet, que des causes organiques soient responsables de certaines intolérances chimiques. Pareillement, il faut s'intéresser aux quelque mille nouvelles molécules que nous synthétisons chaque année. L'équipe du Pr Jean-Jacques Legros a déjà acquis une expérience importante dans l'étude des champs électromagnétiques et leur incidence en matière de santé.

Dès la rentrée prochaine (2005-2006), la Faculté sera en mesure de proposer une formation continuée en médecine environnementale. L'objectif est d'attirer l'attention des généralistes sur ces pathologies particulières tout en leur donnant des outils pour communiquer avec la population à propos des risques environnementaux, surtout lors de crises comme celle de Mellery que nous avons connue il y a quelques années. Cette formation évoluera dans l'avenir, je pense, vers un master complémentaire : je compte bien m'y investir à présent que j'ai retrouvé du temps disponible ! Il est grand temps d'innover !

 

Propos recueillis par Patricia Janssens