Yasser Arafat

Les contradictions d'un homme engagé


Tandis que se succèdent dans les médias les informations contradictoires sur son état de santé*, deux phrases prononcées par Yasser Arafat devant l'Assemblée générale des Nations Unies en 1974 me reviennent en mémoire : " I have come bearing an olive branch and a freedom fighter's gun. Do not let the olive branch fall from my hand. " La première met en exergue les paradoxes liés à l'image de Yasser Arafat et résume les deux moyens par lesquels vont s'illustrer son action.

Figure emblématique du nationalisme arabe, il ne voit au départ le moyen d'acquérir l'autonomie chère aux Palestiniens que par la lutte armée. Ses prétentions sont alors limpides : l'anéantissement du jeune Etat d'Israël. Avec ses compagnons d'armes, il multiplie les attentats à l'intérieur et à l'extérieur des frontières de l'Etat hébreu, n'épargnant pas les civils israéliens. Toutefois, conscient du rôle qu'ont à jouer les puissances étrangères, il délaissera peu à peu son "freedom fighter's gun" au profit du dialogue. Abou Ammar (son nom de guerre) porte dès lors les aspirations palestiniennes sur la scène internationale où il a été reconnu comme le seul représentant légitime du peuple palestinien. S'engageant à trouver lors des Accords d'Oslo une solution pacifique au conflit israélo-palestinien, il reçoit avec Ytzhak Rabin et Shimon Pérès le Prix Nobel de la Paix en 1994.

Ces dernières années cependant, l'image du Raïs s'est ternie tant auprès des instances internationales que dans les territoires occupés. Les soupçons de corruption le visant lui, et certains membres de son gouvernement, sa réticence à déléguer une partie de ses pouvoirs à son premier ministre notamment, ses affinités avec des activistes du Hamas… ont contribué à son isolement sur la scène internationale. Alors qu'il s'était engagé auprès de sa population à œuvrer en faveur d'une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien, je ne peux m'empêcher de penser qu'il n'a pas toujours donné suite à certaines propositions de paix telles que celles formulées lors du sommet de Camp David ou dans les récents Accords de Genève. Meilleur dans la lutte armée que dans la diplomatie ? La question reste ouverte ! Il reste que la position de Président d'un 'ersatz d'Etat' ne doit pas être facile à assumer.

L'essentiel est peut-être que Yasser Arafat a su donner une image à la lutte légitime du peuple palestinien et porter ses revendications à la face du monde. Sa renonciation officielle au terrorisme en 1988 et sa reconnaissance de l'Etat d'Israël ont constitué les premiers pas vers les accords d'Oslo. Arafat une colombe ? Peut-être pas ! Mais Al-Ikhityar ('le Vieux' comme le surnomme les Palestiniens) restera dans l'histoire comme l'homme qui, avec Ytzhak Rabin, a redonné l'espoir de pacifier un jour cette partie du globe.

Sans nul doute, sa disparition de la scène politique aurait des conséquences. Lesquelles ? Il est hasardeux de s'avancer en si peu de lignes sur un sujet aussi complexe. Deux choses sont pourtant certaines. Peu de Palestiniens disposent de l'autorité morale dont jouit Arafat auprès des différentes factions de la société palestinienne ainsi que sur la scène internationale. Par ailleurs, dans un dossier aussi dense et délicat que celui du conflit israélo-palestinien, tout accord de paix ne sera pas le fait d'un seul homme. Au contraire, il devra mobiliser la bonne volonté et le courage non seulement des autorités israéliennes, mais également de la communauté internationale.

Et alors je repense à la seconde phrase, qui reste un vibrant appel aux Nations Unies : "Do not let the olive branch fall from my hand."

 

Nathalie Perrin
Chercheuse au Centre d'études de l'ethnicité
et des migrations (Cedem)

 

* texte rédigé le 9 novembre 2004.

Photo de Nathalie Perrin: Yves Hanlet

Photo de Yasser Arafat: Tilt-ULg