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A l'occasion du 600e anniversaire de son Livre de la cité des
dames, le FER ULg (Femmes, enseignement, recherche) consacre en janvier
prochain un colloque à "Christine de Pizan, une femme de science,
une femme de lettres". Celle qui fut l'une rares figures de la littérature
féminine du Moyen Age serait aussi la première auteure à
vivre de sa plume. Est-ce parce qu'elle était femme qu'elle fut pendant
longtemps négligée par les histoires littéraires ?
Toujours
est-il qu'on redécouvre aujourd'hui une uvre riche, dense,
variée, étonnante. Sa plus grande originalité est d'avoir
fait de sa condition féminine une cause à défendre.
C'est dans cet esprit qu'elle imagine le Livre de la cité des
dames, " une utopie où des femmes parviendraient à
concevoir un monde idéal et où pourraient s'exprimer toutes
les vertus féminines ", explique Marie-Elisabeth
Henneau, co-organisatrice du projet avec Juliette
Dor, docteurs en Philosophie et Lettres toutes deux. " Elle
ose dire que le monde entièrement aux mains d'un pouvoir masculin
ne fonctionne pas nécessairement bien. " La protection de
Charles V permit la postérité rapide de cet ouvrage contestataire.
L'auteure eut un destin littéraire exceptionnel pour l'époque. Le colloque reviendra sur l'étendue de son savoir, alors que les femmes du Moyen Age étaient instruites dans la stricte limite de leur rôle d'épouse et de mère. Si dans les manuels d'histoire on ne retient d'elle que quelques poésies courtoises, elle n'en a pas moins écrit des ouvrages savants, stratégiques et politiques (manuel d'éducation des princes). " Le projet ici est dès lors de s'interroger sur les arguments qu'elle a développés pour défendre un possible accès des femmes au savoir ", précise Marie-Elisabeth Henneau. Il s'agira enfin d'étudier la relecture du personnage notamment dans les milieux féministes, qui en ont fait une sorte de fer de lance de leur mouvement en s'appuyant sur son engagement courageux dans la "querelle du Roman de la Rose". Elle rédigea en effet des pamphlets enflammés contre l'image déplorable de la femme qu'y exposait Jean de Meung, bien qu'il fût alors le reflet du discours dominant.
Christine
de Pizan, dans ce qui est parfois considéré comme la première
querelle antiféministe de notre histoire littéraire, apparaît
comme une femme d'exception. Elle fut probablement la première à
clamer sa fierté d'être écrivaine et à vivre
de sa plume. Cela a choqué ? Dieu soit loué, nous n'en sommes
plus là. La femme est l'égale de l'homme, c'est un fait acquis.
Cependant, au-delà des conquêtes légales et de l'évidence
des discours, dans les faits, la place de la femme en particulier dans le
savoir est-elle aussi légitime que celle de l'homme ? Marie-Elisabeth
Henneau déplore
qu'" aujourd'hui encore, faire reconnaître un sujet de recherche
scientifique sur les femmes comme sérieux n'est pas évident.
On a dit trop souvent qu'il n'y avait rien à dire des femmes parce
qu'elles n'avaient rien fait; ce n'est pas vrai ".
C'est pourquoi le FER ULg s'attelle à retrouver ces femmes qui, comme Christine de Pizan, auraient dû marquer l'Histoire, etc. Mais ne dramatisons pas, conclut Marie-Elisabeth Henneau : " Il ne s'agit après tout que d'une grosse moitié de l'humanité "
Jenifer Devresse et Emilie Nahon
| Le colloque se déroulera du 11 au 15 janvier 2005 à
l'ULg. Inscriptions: courriel mehenneau@ulg.ac.be. Informations sur le site www.ulg.ac.be/ferulg/organisons.htm |
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