Respiration

 

Le Soleil en crise. Le Soleil, notre étoile, est l'astre le mieux connu. Il est en effet proche de nous : seulement 150 millions de km nous séparent. L'étoile Proxima du Centaure est par exemple 270 000 fois plus éloignée !

Le rayonnement du Soleil, analysé depuis deux siècles, ne nous renseigne toutefois que sur les couches les plus superficielles de l'étoile. Cependant, depuis une quarantaine d'années, les couches internes de cette étoile de 700 000 km de rayon sont devenues, de manière indirecte, accessibles à l'observation. En effet, le Soleil, ainsi que les étoiles, oscille, comme la Terre le fait lors de tremblements de terre. L'étude de ces oscillations, l'héliosismologie, a permis d'obtenir des renseignements précieux sur la structure interne de l'astre du jour. Cette technique représente un progrès essentiel pour la connaissance des étoiles.

Le satellite Soho, qui observe le rayonnement et les oscillations du Soleil depuis près de 10 ans, avec à son bord une expérience, EIT, construite au Centre spatial de Liège, nous a permis de faire un bond considérable dans notre connaissance de cet astre. Celle-ci découle en réalité de modèles théoriques qui sont constamment affinés grâce aux observations. Ces modèles se basent sur des données parmi lesquelles la composition chimique est un élément indispensable. Nos travaux nous ont conduit à devenir un spécialiste dans ce domaine. Un de nos articles, détaillant la composition chimique du Soleil, vient d'être repris parmi les 50 articles les plus cités en 2003 dans la littérature astrophysique internationale.

Très récemment toutefois, en collaboration avec d'autres chercheurs belges (Observatoire royal de Belgique) et des chercheurs australiens et américains, nous avons appliqué de nouvelles techniques, essentiellement basées sur une description plus réaliste de la structure complexe et en perpétuel mouvement des couches superficielles du Soleil. Cette nouvelle analyse nous a conduit à proposer une composition chimique inattendue : les quantités d'éléments importants tels que le carbone, l'azote et l'oxygène sont diminuées de façon significative.

La "nouvelle" composition chimique du Soleil fait beaucoup parler d'elle dans la communauté astrophysique internationale, mais produit aussi un très vif émoi parmi les astrophysiciens solaires. En effet, les modèles théoriques du Soleil, basés sur notre "ancienne" composition chimique, étaient en excellent accord avec les observations extrêmement précises fournies par l'héliosismologie. Notre "nouvelle" composition chimique du Soleil remet ces modèles en cause. Rien ne va plus ! Les ordinateurs et les cerveaux travaillent en maints endroits du monde, y compris à Liège, pour tenter de trouver les remèdes qui permettront de guérir un Soleil bien malade…

 

Nicolas Grevesse
chef de travaux honoraire
Institut d'astrophysique et de géophysique, Space Promotion asbl, Centre spatial de Liège