Inspiration

 

Que n'a-t-on déjà pas dit des médias, surtout audiovisuels, et de leur propension à se complaire dans l'émotion et à ne retenir de l'actualité que le vernis sensationnel ? Les images qu'ils propulsent tous azimuts en apprenant décidément plus sur eux-mêmes, et donc sur ceux qui les sélectionnent, que sur les événements qu'ils sont censés couvrir. Le constat n'est pas neuf ni le procès souvent instruit à sa suite.

Mais voilà que le terrible raz de marée provoqué par le séisme du 26 décembre dernier à la surface de l'océan Indien a produit un élan de solidarité mondial sans précédent. A l'instar du tsunami qui n'a pas fait le tri parmi les innombrables victimes autour du golfe de Bengale - 156 000 au moment où nous bouclons -, l'onde de choc faite de compassion et de générosité a saisi, sans aucune discrimination, la planète entière, comme si toute l'humanité était frappée d'un effroyable deuil. ONG, ONU, Etats, entreprises, associations diverses mais aussi individus ont été happés dans une même déferlante. Et le sommet de Djakarta du 6 janvier a tenté de mettre de l'ordre dans ce vaste mouvement d'assistance aux sinistrés d'Asie, confiant aux Nations unies - les bien nommées - un rôle moteur dans le programme d'aide.

Il serait de mauvaise foi de ne pas reconnaître que ce sont les images diffusées par les télévisions, épaulées à cette occasion par des caméras numériques de touristes, qui ont été non seulement des déclencheurs, mais des accélérateurs de solidarité. Voilà une autre mondialisation en gestation, humanitaire celle-là, et qui redonne vie à une métaphore usée jusqu'à la corde : le "village global" Les êtres humains prendraient-ils enfin conscience, à la suite du choc médiatique causé par une catastrophe naturelle sans équivalent, qu'ils sont tous embarqués sur un même vaisseau? On peut l'espérer, d'autant que le drame asiatique est aussi occidental et qu'il a emporté pauvres et riches, du Sud comme du Nord.

Encore faudrait-il que l'opinion internationale reste vigilante, au-delà en tout cas de la période des fêtes propice au compassionnel. L'argent promis arrivera-t-il à bon port ? La perspective d'allégement de la dette des pays meurtris sera-t-elle maintenue? La mise en place d'un système capable d'alerter les populations côtières de l'approche imminente d'un tsunami restera-t-elle à l'ordre du jour? Toutes questions auxquelles la conscience universelle ne pourra se soustraire. Car il y va de la sauvegarde de notre humanité commune et de celle des générations futures.

 

La rédaction