3 questions à Dimitri Laboury

Les technologies de pointe au service de l'archéologie


Photo : Raphaël Laboury


Chercheur FNRS, Dimitri Laboury est historien de l'art et archéologue au département des sciences historiques de l'ULg.

 

Le 15e jour du mois : Vous êtes à l'origine d'une spin-off, Deios, fait assez rare en faculté de Philosophie et Lettres. Quelle est votre motivation ?

Dimitri Laboury : La spin-off Deios (Development and Enhancement of Interferometric Optical Systems) est issue d'un projet de recherche mené à l'ULg, le projet Osiris (Optical Systems for Interferometric Relief Investigation and Scanning), qui visait à mettre au point un dispositif permettant l'enregistrement numérique précis et sur site d'objets archéologiques ou artistiques en trois dimensions. Une constatation très simple est à la base de ce projet : tout vestige du passé, une fois exhumé, se détériore irrémédiablement et ce, souvent à une vitesse impressionnante au vu de son ancienneté. En tant qu'égyptologue, je suis directement confronté à ce problème dans le cadre de la mission épigraphique de l'ULg sur le site de Karnak, en Haute Égypte, que je co-dirige avec mon collègue Jean Winand (FNRS, ULg), puisque le monument dont nous avons la concession sur ce site représente une surface décorée à sauvegarder et à enregistrer d'environ 4000 m2.

Les techniques traditionnelles de relevés manuels ou photographiques semblent presque inefficaces, voire dérisoires, face à une documentation d'une telle ampleur, sans compter qu'elles écrasent toujours la troisième dimension de l'objet. Après quelques recherches sur les technologies modernes de relevé 3D, j'ai rencontré le Pr Yvon Renotte, qui dirigeait à l'époque le laboratoire d'optique Hololab, au sein du service de physique générale du Pr Yves Lion, et, ensemble, nous avons décidé de chercher une solution à ce problème général en archéologie sur la voie de l'optoélectronique, soit en combinant une saisie optique et un traitement informatique. C'est ainsi que le projet Osiris est né, sous l'égide du Centre européen d'archéométrie de l'ULg, grâce à un financement de la Communauté française et un mandat First spin-off de la Région wallonne.

Étant donné l'efficacité et l'originalité du dispositif mis au point dans ce cadre, nous avons été encouragés par les autorités académiques et la Région wallonne à créer notre spin-off, afin d'assurer la diffusion de notre nouvelle technologie.

Le 15e : Concrètement, comment se présente votre système ?

D.L. : Il s'agit d'un capteur aisément maniable, couplé à un ordinateur portable. L'ensemble peut donc être transporté dans deux valises, ce qui est essentiel pour des usages archéologiques sur site. L'originalité principale du système est de pouvoir fonctionner dans n'importe quelles conditions lumineuses. En outre, il peut détecter des reliefs de l'ordre de 0,05 mm. Le dispositif a été testé au British Museum cet été, avec un certain succès. En effet, parmi les demandes du musée se trouvait une stèle vieille de 4000 ans, très détériorée et à peine lisible. La copie numérique réalisée a permis non seulement une manipulation sans limite de cet objet fragile, mais aussi la mise en évidence très nette de détails pratiquement invisibles à l'œil nu et permettant de renouveler la lecture du texte hiéroglyphique de la stèle et l'interprétation historique du document.

Le 15e : Quels sont maintenant les objectifs de Deios ?

D.L. : La spin-off, placée sous la direction de Bernard Tilkens, un des membres de l'équipe Osiris, a pour vocation d'assurer la diffusion de la nouvelle technologie que nous avons mise au point, tant par la vente du capteur que par des prestations de services, au sein du monde - très vaste - de l'étude du patrimoine matériel, tous domaines confondus. Nous sommes déjà en contact avec de nombreux musées ou acteurs de ce secteur qui désirent intégrer notre nouvelle technologie dans leurs missions d'étude, de diffusion et de valorisation des objets archéologiques et artistiques dont ils ont la charge. Dans ce cadre, avec l'ère du numérique et de l'internet, dans laquelle nous venons seulement d'entrer, on peut imaginer à moyen ou long terme de modifier considérablement notre approche des vestiges du passé, tant au sein du monde scientifique qu'auprès du grand public. Par ailleurs, nous avons déjà reçu de nombreuses demandes émanant d'autres secteurs qui recourent au 3D numérique, comme la médecine, l'industrie, les jeux vidéos, etc.

 

Propos recueillis par Jérôme Foguenne

 

Contacts : Deios, Liege Science Park,
rue des Chasseurs ardennais (WSL), 4031 Angleur,
tél. 04.366.37.73, courriel info@deios.com, site www.deios.com