Viser la complémentarité

Le CHU restructure ses unités de soin avec les acteurs du terrain

 

Photo: Labo.CHU

Dans le cadre du "Contrat organisationnel et stratégique" du Centre hospitalier universitaire (autrement baptisé Plan COS), le projet "stratégie multisites" vise à la réorganisation structurelle et fonctionnelle d'unités de soins jusqu'ici dispersées sur les trois sites du CHU.

Esneux, Sart-Tilman, Bruyères

Le service de première prise en charge des urgences d'Esneux fermera définitivement ses portes dans le courant de l'année 2005 en même temps que la majorité des services de soins aigus médico-chirurgicaux. En termes d'hospitalisation, l'établissement deviendra spécialisé en médecine physique et revalidation. Parallèlement, on y développera de nombreuses activités ambulatoires, comme l'hôpital de jour de revalidation, l'hôpital de jour gériatrique ainsi que des polycliniques qui seront structurées suivant les principes des filières de soins. " Le patient y a tout intérêt, explique Michel Meurisse, chirurgien de renom et chargé de cours à la faculté de Médecine, par ailleurs chef du projet "Multisites". Lorsqu'il viendra consulter, il sera examiné par différents spécialistes et bénéficiera au cours de la même consultation d'explorations médicotechniques adéquates, ce qui lui évitera de fréquents aller-retours pour compléments d'avis ou de mise au point. "

L'hôpital du Sart-Tilman transférera ses services de pédiatrie et de gynécologie sur le site du CHU Notre-Dame des Bruyères à Chênée, afin d'y constituer une grande unité "mère-enfant" par un regroupement géographique et fonctionnel des services de gynécologie, d'obstétrique, de pédiatrie et de néonatologie. On y construira également un vaste plateau de 2000 m2 et 60 lits pour accueillir le regroupement des services de gériatrie initialement dispersés sur les sites du Sart-Tilman et d'Esneux. Les urgences des Bruyères, vétustes et exiguës, seront également reconfigurées suivant les normes d'agrément les plus récentes et seront hébergées dans des locaux neufs et plus vastes.

La médecine hospitalière se pratique en Belgique dans un contexte de plus en plus difficile, marqué notamment par les problèmes de financement des hôpitaux et l'accès réglementé à la profession. Multisites a été conçu pour faire face à ces contraintes médicales, réglementaires et économiques, tout en visant prioritairement la qualité des soins de type universitaire. " On a de moins en moins de médecins, explique Michel Meurisse. Si l'on conserve trois services de pédiatrie dans trois hôpitaux, il faut tripler l'effectif médical, la logistique et toute l'infrastructure. Les médecins sont confrontés à trois fois moins de pathologies, ce qui diminue le seuil d'expertise par défaut d'exposition adéquate à la pathologie. On ne pouvait plus continuer de la sorte. "

Dans l'intérêt du patient et du personnel médical, Multisites a été élaboré par des gens de terrain, sans intervention d'un audit externe : " Nous avons travaillé avec un groupe représentatif de tous les acteurs du monde hospitalier, afin de concrétiser un projet cohérent ", explique le chirurgien. Ne causant aucune perte d'emploi, le projet est plutôt bien perçu par le personnel médical, paramédical et par la population, même s'il persiste encore quelques résistances culturelles au changement, justifiant la mise en place d'un comité d'accompagnement.

Sécurité vs proximité

Le CHU entend en effet favoriser la sécurité plutôt que le simple confort lié à la proximité. " C'est vrai qu'il est plus facile pour les habitants d'Esneux de traverser la rue pour aller à l'hôpital, reprend Michel Meurisse. Mais cet avantage de proximité devient préjudiciable si les conditions de sécurité ne peuvent plus être assurées. Notre position est dès lors de faire comprendre qu'il vaut mieux parcourir une dizaine de kilomètres supplémentaires pour trouver une structure capable d'assurer une prise en charge optimale garante de la sécurité du patient, comme c'est d'ailleurs le cas aux Etats-Unis et dans certaines régions de France. L'analyse de la situation actuelle de notre CHU nous a donc conduits à définir une stratégie destinée à renforcer les points forts et minimiser les faiblesses, en privilégiant la complémentarité plutôt que la dispersion. "

 

Bénédicte Spies