![]() |
" La liberté n'a pas toujours les mains propres, mais il faut y regarder à deux fois avant de la jeter par la fenêtre. " Ainsi s'exprimait, en octobre 1966, André Malraux, alors ministre de la Culture, après que des reproches lui eurent été adressés à la suite de la création des Paravents de Jean Genet au Théâtre de France, pièce considérée comme un brûlot "obscène" et "anti-français" par ses amis politiques. Et l'auteur de La Condition humaine, rappelant à propos que Charles Baudelaire avait été condamné pour Les Fleurs du mal, d'ajouter afin de faire taire les critiques : " Ni vous ni moi ne savons où la poésie prend racine. "
Heureusement pour la littérature, Baudelaire et Genet restent bien vivants, au même titre que Flaubert dont Madame Bovary n'eut pas l'heur de plaire aux censeurs de son temps. Malraux lui-même n'est pas oublié, au contraire de bon nombre de ses contempteurs, même si - pour les besoins d'un timbre-poste commémoratif - on avait cru bon il y a quelques années de lui retirer des lèvres la cigarette qu'il arborait quand Gisèle Freund fit de lui une photo emblématique.
Aux dernières nouvelles, à l'initiative de la Bibliothèque nationale de France, une affiche représentant Jean-Paul Sartre vient de subir le même sort : le philosophe oui, le mégot non ! Et voilà le grand intellectuel, qui en a pourtant fumé des clopes au cours de la rédaction de L'Etre et le Néant, engagé, mais cette fois à son corps défendant, dans la croisade du "sanitairement correct". Sera-t-il bientôt amené à chanter, à l'instar d'un Lucky Luke privé de cibiche dans les dessins animés américains, " I'm a poor lonesome philosopher... " ?
Pas de quoi fouetter un chat, dira-t-on, puisque cette dernière initiative part d'un bon sentiment. Cela se discute, en fait, nonobstant la légitimé de la lutte contre le tabagisme. Mais il existe d'autres censures, plus insidieuses, qui portent atteinte aux libertés essentielles, dont celle de créer. C'est le cas de l'interdiction qui vient de frapper l'affiche stylisée de Marithé et François Girbaud, laquelle parodie la célèbre Cène de Léonard de Vinci : les apôtres y sont remplacés par des femmes et un homme, dos nu. Horresco referens ? Le tribunal de grande instance de Paris a donné raison à la Conférence des évêques de France qui avait déposé plainte, par le truchement de l'association Croyances et Libertés. " Acte d'intrusion agressive et gratuite dans le tréfonds des croyances intimes ", énonce le jugement.
Chacun appréciera...
La rédaction
|
|