Les joyaux de Belgique

Eclairage sur la minéralogie, discipline riche et méconnue


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La graulichite, découverte près de Vielsalm

A la croisée des chemins des sciences naturelles et des sciences exactes, la minéralogie est une discipline peu connue du grand public. Frédéric Hatert, chargé de recherches FNRS au laboratoire de minéralogie, nous la présente.


Le 15e jour : De quoi s'occupe exactement votre laboratoire ?

Frédéric Hatert : Depuis plus de 100 ans déjà, il s'intéresse à la minéralogie de Belgique en général. Dans les années 70, les recherches se sont aussi centrées sur les minéraux de la famille des phosphates, dont la composition chimique est caractérisée par la présence de phosphore et d'oxygène et que l'on rencontre dans des contextes géologiques très particuliers, baptisés "pegmatites granitiques". C'est un laboratoire unique en Belgique ! Certes, nous collaborons avec l'Institut royal des sciences naturelles à Bruxelles, et également avec nos collègues du laboratoire de minéralogie de la KUL à Leuven. Mais ces derniers ne travaillent pas spécifiquement sur les minéraux de Belgique : nous sommes vraiment les seuls, dans notre pays, à travailler dans ce domaine de recherche qu'il ne faut pas négliger me semble-t-il, car notre sous-sol fait partie de notre patrimoine. Et il est peut-être opportun de rappeler que celui de la Wallonie est particulièrement riche en espèces minérales intéressantes.

Le 15e jour : Quels sont les derniers minéraux découverts par votre équipe ?

F.H. : En 2003, une nouvelle espèce minérale au niveau mondial a été découverte et dénommée "graulichite-(Ce)", en l'honneur de Jean-Marie Graulich, ingénieur des mines et directeur honoraire du service géologique de Belgique. C'est une espèce trouvée près de Vielsalm, dans la carrière de Hourt. Après analyse, la Commission On New Minerals and Mineral Names de l'International Mineralogical Association a avalisé l'espèce et le nom. Avec ce minéral, le nombre d'espèces décrites pour la première fois dans notre pays s'élève maintenant à 15. Cette année, nous avons soumis un nouveau minéral, baptisé la "ferrorosemaryite", qui a été accepté mais qui n'est pas, quant à lui, un minéral d'origine belge. Il provient de la région de Rubindi, au Rwanda. Annuellement, une soixantaine de nouvelles espèces minérales sont seulement décrites de par le monde, ce qui souligne bien le caractère exceptionnel des découvertes réalisées par notre laboratoire.

Le 15e jour : Qu'apporte la découverte de nouveaux minéraux ?

F.H. : La description d'une nouvelle espèce dans la nature est toujours intéressante, même s'il ne s'agit que d'un simple recensement au départ. Etudiées en détail, les structures cristallines naturelles peuvent nous permettre de concevoir des composés utiles pour la création de matériaux de la vie courante. Un exemple ? Les alluaudites. Dans la nature, ce sont des phosphates de sodium, de fer et de manganèse. Nous avons synthétisé des composés à structure alluaudite, dans lesquels nous avons progressivement remplacé le sodium par du lithium. En 2003, des collègues américains ont utilisé nos recherches pour évaluer les performances de ces alluaudites comme matériaux d'électrodes dans les batteries au lithium. Et les résultats sont prometteurs. A l'avenir, il n'est pas interdit de penser que les nouvelles batteries de nos gsm soient le fruit de nos recherches…

 

Propos recueillis par Samuel Ledoux

 

Frédéric Hatert, Michel Deliens, André-Mathieu Fransolet et Eddy Van Der Meersche, Les minéraux de Belgique, Bruxelles, Institut royal des sciences naturelles de Belgique, décembre 2002.

 

Contacts:

Frédéric Hatert, tél. 04.366.21.43, courriel fhatert@ulg.ac.be, site http://www.ulg.ac.be/minera