Sartre figure emblématique

L'Etre et le Néant toujours d'actualité


Jean-Paul Sartre aurait eu 100 ans cette année. A Liège, le groupe de contact FNRS "Sartre" consacrera le vendredi 6 mai une journée d'études au philosophe, plus particulièrement à son ouvrage majeur : L'Etre et le Néant. Car il ne s'agit pas de rendre un hommage obligé à une figure emblématique d'une époque révolue, ni à ses passions ou ses égarements. Le Groupe "Sartre" s'inscrit dans une tradition belge, qui a toujours maintenu la philosophie sartrienne au programme de ses cours et de ses recherches. Au point de faire de Sartre un auteur classique, étudié par exemple par les membres de l'unité de recherches Phénoménologies de l'ULg au même titre que Husserl, Heidegger, Merleau-Ponty ou Michel Henry.

Sur l'initiative de Florence Caeymaex et de Grégory Cormann, assistants au département de philosophie, l'ULg accueille d'ailleurs chaque année, depuis 2002, les spécialistes belges et étrangers des études sartriennes. La journée d'études qui s'annonce poursuit donc un travail collectif associant les principales universités belges et des invités étrangers. " Le séminaire du 6 mai est destiné en premier lieu aux étudiants et chercheurs, mais il est également ouvert aux amateurs de philosophie et admirateurs de Jean-Paul Sartre, souligne Florence Caeymaex, secrétaire du groupe de contact. Car cet auteur prolifique avait un large public, composé et de spécialistes universitaires et de lecteurs extérieurs à ce petit cercle. Le groupe lancé à Liège a jusqu'à présent consacré l'essentiel de ses travaux à des problématiques philosophiques, mais l'œuvre de Sartre permet de multiples entrées, grâce à ses romans, à ses pièces de théâtre et à ses multiples interventions politiques reprises dans les volumes de "Situations". " Pour s'en convaincre, il suffit de consulter le Dictionnaire Sartre (éditions Champion), auquel, outre Florence Caeymaex et Grégory Cormann, ont contribué Benoît Denis et le Pr Daniel Giovannangeli, tous de l'université de Liège.

Dans L'Etre et le Néant, Sartre noue un dialogue philosophique original, tant avec les principaux représentants de la philosophie allemande (Hegel, Husserl et Heidegger) qu'avec la tradition française représentée par Descartes et Bergson. Philosophe de la liberté, il décrit les multiples ruses par lesquelles les hommes cherchent à esquiver leur responsabilité. L'ouvrage est par conséquent porté par une exigence morale, renvoyant chacun aux relations concrètes et singulières qu'il entretient librement avec le monde et avec les autres. S'il reste actuel, c'est parce qu'il formule avec une force sans égale des questions aussi fondamentales que : qu'est-ce qu'aimer ? Qu'est-ce que mourir ? Mais aussi des questions plus triviales : que signifie fumer ? Ou encore faire du ski ? " Ainsi, souligne Grégory Cormann, aujourd'hui reste peut-être de Sartre l'ambition étonnante de forger une psychanalyse originale, sans du tout recourir à la notion d'inconscient. "

Les questions que soulève cette œuvre majeure de la philosophie contemporaine renvoient son lecteur au travail sur soi, parfois contre soi, en quoi consiste toute vie véritablement humaine. Dans Questions de méthode, Sartre affirme : " … ce ne sont pas les idées qui changent les hommes, il ne suffit pas de connaître une passion par sa cause pour la supprimer, il faut la vivre, y opposer d'autres passions, la combattre avec ténacité, bref "se travailler". "

 

Julie Van Bladel