Quand on a du talent, c'est pour la vie

Un cabaret Télévie qui tint ses promesses

 

C'est dans l'atmosphère fastueuse du casino de Chaudfontaine que les cadors de la faculté de Médecine s'étaient fixé rendez-vous pour la quatrième édition du fameux cabaret Télévie. Et même si la (bonne) cause était entendue, nos champions de l'anamnèse n'ont pas même approché le seuil de l'impéritie. Engoncé dans son costume pailleté d'or, flanqué de Stella, une étoile aussi lumineuse que son plastron doré, le
Pr Vincent Castronovo s'était d'ailleurs immédiatement fendu d'un préambule pour le moins audacieux : " Ici, c'est du pur talent, pas comme à la Star Academy. " L'ensemble du spectacle n'allait pas conduire notre véhément maître de cérémonie sur le chemin du démenti. Et les 700 spectateurs présents usèrent davantage de leurs applaudissements que de leurs persiflages pour nourrir l'ambiance survoltée qui prévalut durant toute la soirée.

De bon ton

Si Marie-Paule Defresnes et ses copines inaugurèrent les planches avec une interprétation de La bonne du curé d'Annie Cordy, c'est dans un brouhaha ambiant que les sœurs Millcevic, deux premiers prix de conservatoire (violon et piano), attaquèrent ensuite les morceaux classiques tziganes. Un magnifique solo de violon entama alors le capital émotionnel d'une assistance livrée au silence.

Changement de rythme et changement d'époque pour le groupe mixte d'étudiants en médecine et en droit qui leur emboîtèrent le pas. Ces derniers avaient en effet choisi un ballet de danse chorégraphiée, très réussi, sur le célèbre thème de Grease pour sceller cette synergie interfacultaire. Pas facile dès lors pour Nathan Delaxhe, d'oser un one-man-show humoristique à la façon américaine impliquant (heureusement) un bon public.

Au terme de cette courte prestation, notre lumineux bateleur d'estrade annonce avec componction : " J'espère qu'il n'y a pas de jeunes enfants dans l'assemblée. Car le spectacle qui suit est chaud. Voici l'équipe du Pr Schoenen, un neurologue qui a les nerfs à vif. " Effectivement, le numéro de strip-tease sur la chanson idoine de Joe Cocker avait de quoi mettre en émoi tous ceux qui appréhendent le monde fantasmagorique des dessous de la blouse blanche et du slip de catcheur. Le ton était donné. Guy Hulin et Johan Libinles, deux communicateurs, continuèrent à exploiter la veine grâce à un numéro de piano à quatre mains créant l'illusion d'être joué... au moyen de deux autres prolongements très masculins.

Catharsis

Après l'entracte et le redéploiement des spectateurs sur la totalité des chaises disponibles, les inénarrables classiques du cabaret Télévie. A commencer par les voix mélodieuses des Pr Grisar (au synthétiseur) et Boniver, reconvertis en rockeurs pour s'époumoner de concert sur le Que je t'aimeuuuh de Johnny. Les micros ayant fini de trembler, c'était au tour de Maryse Hoebecke et de sa troupe de démontrer qu'une équation sexy n'était pas une figure oxymorique. De vrais déhanchements qui, à la lumière des commentaires des étudiants présents, justifièrent par leur côté iconoclaste les applaudissements nourris qu'elles reçurent à l'issue de leur prestation.

Vint alors le tour des célèbres techniciennes de surface incarnées par les Pr Defraigne et Meurisse. Des commentaires fielleux et cathartiques " aussi décapants que les produits qu'elles utilisent pour nettoyer l'Université " qui leur permirent d'épingler la réforme des APP, le Recteur et l'institution au sens large. Exemple : " Tu sais combien de personnes travaillent à l'Université ? Un tiers ! ". Ou encore : " J'ai vu un anesthésiste qui gisait inanimé devant un bloc opératoire. Je lui ai mis les mains dans les poches pour qu'on croie à un accident de travail. "

Restait à Audrey Lévèque, une chanteuse-chercheuse FNRS en sciences sociales, et aux étudiants de l'Arem (clônes des Gauff' au suc) à se produire respectivement avec talent et énergie, avant que la septentrionale Delphine Wirth (Médecine vétérinaire) et son groupe les Nineties Buddies ne signent l'apothéose de la soirée. L'ULg recèle de véritables talents, même lorsqu'elle sait ne pas se prendre au sérieux.

 

Fabrice Terlonge