Echo


Dialogue interculturel

Comment réussir une société ouverte et pluriculturelle ? Comment redéfinir les politiques d'intégration ? Comment lutter efficacement contre les discriminations ? … A la suite de plusieurs actes antisémites et de la prise de conscience de l'ampleur des discriminations à l'embauche, le gouvernement fédéral a chargé une " Commission du dialogue interculturel " de réfléchir à ces questions et de lui faire des propositions concrètes. Instituée en février 2004, cette commission, présidée par l'ex-sénateur Roger Lallemand, vient de déposer ses conclusions. Edouard Delruelle, professeur de philosophie à l'ULg, en est le rapporteur.

C'est une piste médiane que prônent les experts réunis par la commission, une voie qui s'écarte autant d'un modèle de l'assimilation (qui force les personnes étrangères à oublier leurs racines pour devenir
"comme nous") que de celui du communautarisme (qui enferme les personnes dans leurs particularismes culturels). Le modèle à promouvoir, selon ces experts, est plutôt basé sur la cohabitation entre les cultures, mais s'appuie sur les valeurs communes des principes démocratiques comme l'égalité entre tous les citoyens (les hommes et les femmes), la non-discrimination, la lutte contre le racisme, … Un choix audacieux et novateur pour la prise en compte des minorités culturelles, indique Edouard Delruelle (La Libre Belgique, 3/5). Un choix destiné à resserrer les liens du tissu social en Belgique.

L'une des innovations de ce rapport, souligne Le Vif L'Express (6/5) est de faire entrer l'expression " groupes culturels " dans le langage officiel, de préférence à celle de " minorités culturelles ". Une notion que le magazine juge assez "floue". Pour Edouard Delruelle, les groupes culturels ne renvoient pas à des problèmes de religion, d'islam ou de foulard, emboîtés comme des poupées russes. Dans un monde de plus en plus ouvert, on doit se donner les moyens d'accueillir la diversité culturelle, suivant la définition qu'en donnent les communautés elles-mêmes et qui comportent leurs valeurs, leurs traditions, leur langue, leur religion, etc. Les individus sont fondés à exiger d'être reconnus dans leurs spécificités comme ils ont le droit absolu de sortir de leur groupe. On ne peut pas nier que quand des jeunes d'origine turque ou marocaine sont discriminés à l'emploi, ils le sont sur la base de leur appartenance culturelle. (…) Rappelons aussi que le processus d'intégration des anciens "immigrés" n'a pas été tout rose. Pourquoi ne pas inventer un modèle qui soit moins violent pour les individus ?

 

D.M.