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En Chine, il était l'animal bienveillant par excellence, assimilé au Fils du Ciel, autrement dit l'empereur, chargé d'assurer sur terre l'harmonie telle qu'elle existe en haut. Aujourd'hui encore, un enfant né sous son signe est promis à toutes les félicités. En Occident, depuis des temps immémoriaux, il est le plus souvent une figure animalière négative. Au Moyen Age, en particulier, il représentait l'adversaire fantasmagorique du christianisme : seuls des héros emblématiques, tel l'archange saint Michel surplombant l'hôtel de ville de Bruxelles, réussiront à le trucider. De nos jours, à Mons, un saint Georges à cheval parvient à le pourfendre chaque année sur l'air du doudou, préservant ainsi la population de tout malheur.
En ce mois de mai, c'est sur Liège qu'il plane. Menaçant, comme il se doit. Ailé bien sûr, avec des pattes aussi et une queue mobile, le corps couvert d'écailles et la gueule terrifiante, monstre tenant à la fois des créatures vivant en l'air, sur terre ou dans l'eau. Sans quoi, ce ne serait pas vraiment un dragon.
Celui né de la plume d'Evguéni Schwartz, dramaturge soviétique dont la pièce Le Dragon fut créée à Moscou fin 1944, n'a rien d'un être mythique issu de l'imagination des hommes. Au contraire, il s'agit d'un dictateur bien réel à l'époque - Hitler, puisqu'il faut l'appeler par son nom - qui semait sa fureur meurtrière sur l'Europe entière et, avec un rare acharnement, sur l'URSS. Mais cette dénonciation du fascisme, commencée dans les mois ayant précédé la guerre, n'eut pas l'heur de plaire au "petit père des peuples", Staline en l'occurrence. D'où l'interdiction qui intervint après la première représentation.
C'est dire si le spectacle de la compagnie Arsenic - que l'on peut voir
sous un chapiteau de la place Saint-Lambert jusqu'au 24 mai - s'en prend,
avec une efficacité redoutable, aux multiples facettes du culte de
la personnalité et du phénomène totalitaire. Il le
fait avec drôlerie, mobilisant force marionnettes, jeux d'ombres,
machines de foire et, cela va sans dire, effets "dragonesques"
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