Respiration

 

Eloge de l'oral. Frère des sondages d'opinion, le questionnaire à choix multiples (QCM) n'atteint, comme lui, qu'à la surface des choses. Quant à la "stratégie" consistant à inventer des réponses fausses, elle me semble relever d'une étrange perversion de l'esprit… Quoi qu'il en soit, les connaissances ainsi testées ne peuvent relever que de la couche la plus apparente, la plus friable, et donc, la moins significative; "performance" médiocre d'une "compétence" mal évaluée. Bref, beaucoup de vices pour une seule vertu : faire gagner un temps considérable aux enseignants ! Quant à l'apparente objectivité d'un questionnaire identique pour tous, mécaniquement corrigé, elle me fait plus penser au pauvre Charlot dans Les Temps modernes qu'à une quelconque forme d'infaillibilité.

Ne vaudrait-il pas mieux consacrer à chaque étudiant un entretien personnalisé, capable de l'aiguiller et de le remettre sur le rail en cas d'erreur, capable aussi de lui faire voir, avec patience et humanité, ce qui, éventuellement, "n'allait pas" ? Et le stress de l'attente, et les rumeurs de couloir… me direz-vous. Certes, mais il faut bien que nos étudiants apprennent à maîtriser ces paramètres-là aussi, ne fût-ce que pour se préparer, du plus loin, aux futurs examens d'embauche où il leur sera toujours utile de savoir attendre, de contrôler leurs nerfs et d'apprendre à se présenter.

Bien sûr, l'interrogateur doit, lui aussi, apprendre à être ponctuel, à rester d'humeur égale et à ne pas questionner "à la tête". Il ne doit jamais écraser le faible, au risque de se déshonorer et de s'amoindrir lui-même. Il y a là aussi, je dois bien l'avouer, un vrai "meilleur des mondes" à souhaiter. Pourtant, ce type d'évaluation, s'il est bien pratiqué, continue à représenter en l'occurrence un moindre mal, auquel aucune pratique mécanisée ne devrait pouvoir faire pièce. Nos étudiants ont droit, chacun, à cet entretien fait de face à face, d'exposé et de dialogue. Personnellement, je m'estime loin d'être irréprochable à tous égards, mais au moins je m'y efforce et m'y astreins.

Je viens de consacrer à cet exercice dix pleines journées qui, en tout cas, ressemblent plus à des consultations - non payées à l'acte - qu'à des mises en demeure. Je crois que c'est la meilleure voie, car elle risque aussi d'être la plus humaine. Courage, collègues !

 

Pierre Somville
doyen de la faculté de Philosophie et Lettres