D'or et de lumière

La restauration de la salle académique est achevée



Impossible de relater tous les événements qui ont eu lieu dans la belle salle académique de la place du 20-Août ! Traditionnellement, le discours d'ouverture de l'année académique y était prononcé par le Recteur et c'est également en ces lieux que les docteurs honoris causa recevaient leurs insignes. Ce fut notamment le cas pour le président sénégalais Léopold Sedar Senghor en 1980 et pour Umberto Eco en 1989. Dix ans plus tard, il s'avéra indispensable de restaurer son lustre tout en dotant les lieux d'une technologie moderne, permettant vidéo-conférences, connexion internet et améliorant le confort d'écoute de l'auditoire, lequel peut compter plus de 300 personnes. C'est chose faite : l'inauguration aura lieu ce 31 mai en présence de Michel Daerden, ministre du Budget, des Finances, de l'Equipement et du Patrimoine.

Style néoclassique

" Cette salle est unique dans la région, s'enthousiasme le recteur Willy Legros. Je suis particulièrement fier d'avoir mené à bien cette restauration - grâce au concours de la Région wallonne - qui offre à Liège un très belle salle d'apparat. Lorsque le Théâtre de la place sera installé dans l'actuel bâtiment de l'Emulation, le site de la place du 20-Août trouvera sa cohérence et symbolisera l'implication de l'Université dans la ville de Liège. "

Dès sa création en 1817 sur le site de l'ancien collège des Jésuites, l'université de Liège conçut rapidement l'envie d'un bâtiment de prestige. Jean-Noël Chevron, alors architecte de la ville de Liège, fut chargé de le construire et l'inauguration eut lieu en 1824, sous le règne de Guillaume Ier d'Orange. La bâtisse constitue, à n'en point douter, un des plus beaux exemples du néoclassicisme en Belgique et c'est à ce titre qu'elle vient d'être classée au "patrimoine exceptionnel de Wallonie".

Elle fut élevée à l'emplacement de l'église des Jésuites, devant l'édifice construit au XVIIIe siècle qui abrite aujourd'hui la bibliothèque générale. A l'origine, l'entrée dans la salle se faisait par un portique à huit colonnes ioniques mais, en 1890, la construction de l'immeuble de la place du 20-Août conduisit à la destruction de ce portique et du vestibule qui le jouxtait. La salle fut alors accolée à l'arrière de la façade, ce qui est toujours le cas à l'heure actuelle.


Grâce à une lithographie d'époque conservée à la galerie Wittert, on sait que l'architecte conçut l'intérieur de la salle comme un hémicycle entouré d'une galerie à double niveau de colonnes, ioniques au rez-de-chaussée et corinthiennes au 1er étage. Notons qu'il prévoyait que l'assistance s'asseye à même les gradins. Conformément au goût néoclassique, le travail des stucs est marqué par une certaine "anticomanie", présente notamment dans les rosaces de la voûte en demi-coupole et apparente - au-dessus de chacune des portes qui donnent accès à la salle - dans les deux figures féminines ailées tenant une couronne de lauriers, motif que l'on retrouve également au plafond marqué par la lettre "W" pour "Wilhelm Ier" mieux connu chez nous sous le nom de Guillaume.

Idéologie

Mais c'est probablement vers la grisaille peinte au-dessus de la tribune que se tourneront les regards. Elle est l'œuvre du peintre Alexandre Rifflaert et date de 1824. Au-dessus, le chronogramme "et DVLCIs patrIae speM LaVrV CIngat Vt Ipse" éclaire le sens de la peinture : "Et voici qu'il couronne de lauriers le doux espoir de la patrie". La toile ne commémore pas la naissance de l'Université mais bien l'inauguration de la salle académique.

Au centre de la composition, le souverain des Pays-Bas est entouré d'un grand nombre de figures allégoriques et de personnages mythologiques, ce qui traduit vraisemblablement une volonté des autorités académiques : l'ensemble évoque en effet la plupart des disciplines enseignées alors tout en soulignant le rôle fondateur de Guillaume Ier ainsi que l'illustre passé et le caractère industriel du "Pays de Liège". A droite de la grisaille : une figure féminine tient une ancre et une chouette. Il pourrait s'agir de la vertu de l'Espérance (une ancre) ou de celle de la Sagesse (une chouette). A gauche, la Justice constitue son pendant.

Outre ses qualités intrinsèques, la salle académique constitue un témoignage précieux pour la connaissance de l'architecture en Belgique au début XIXe siècle. Manifestement, l'annexion de notre territoire à la France a permis aux étudiants liégeois de gagner Paris, avant de faire éclore leur talent dans la Cité ardente. De 1806 à 1815, sept élèves originaires des départements belges fréquentèrent l'Ecole spéciale d'architecture de Paris, dont Jean-Noël Chevron et Auguste Dukers qui construisit l'autre monument liégeois majeur de l'époque : le Théâtre royal.

 

Patricia Janssens

Conditions et contraintes d'une restauration

Entretien avec le Pr Francis Peters, architecte responsable de la restauration.

 

Le 15e jour du mois : Quand on restaure un bâtiment comme celui-ci, peut-on laisser libre cours à son imagination ?

Francis Peters : La salle académique est un bâtiment classé "monument exceptionnel de la Région wallonne". Cela implique le respect d'une procédure et des règles de conduite par rapport à l'architecture originelle. Dans ces conditions, la Région wallonne a subsidié 95 % du coût des restaurations des parties classées. Dans ce cadre, le comité d'accompagnement du certificat de patrimoine a demandé que l'on effectue trois études préalables à l'établissement du projet afin de guider les choix de restauration. Les analyses des parements extérieurs en pierre, des décors intérieurs peints et de l'état sanitaire des boiseries ont été très utiles pour affiner les options du projet, lequel obtint ainsi son certificat de patrimoine permettant de déposer la demande de permis d'urbanisme qui fut délivré en mai 2002.

Le 15e jour : Vous avez choisi de restaurer la salle dans son état originel. Pourquoi ?

F.P. : Il n'est jamais rigoureusement obligatoire de revenir strictement à la situation d'origine, mais nous avons privilégié cette option en raison du caractère néoclassique de grande qualité de la salle. Les interventions ont conduit non seulement là restaurer les dorures originelles à la feuille d'or, mais aussi à supprimer certains éléments décoratifs dorés après 1824 ainsi que des ajouts techniques comme les radiateurs en fonte par exemple. Nous avons restauré la totalité des décors en faux marbre des colonnes et des entablements. Un parquet neuf en chêne et noyer a été dessiné et participe à la géométrie de l'hémicycle en lui conférant une ambiance très spécifique. Ces choix ont toujours été motivés et discutés avec le comité d'accompagnement mis en place (la division du patrimoine de la Région wallonne et la commission des monuments, sites et fouilles). Je tiens à souligner ici que ce dialogue fut toujours très constructif. Quelquefois, des options contemporaines l'ont emporté : c'est le cas du remplacement de l'ancien lanterneau vitré par une structure en aluminium diffusant de la lumière, servant d'abat-son et de bouche de reprise d'air. Le remplacement de la structure du plancher à ossature bois par des gradins en béton armé de même géométrie est également une solution qui s'est rapidement imposée.

Le 15e jour : Vous avez également amélioré le confort de l'ensemble ?

F.P. : Les sièges de la salle en fonte d'aluminium laquée sont d'une esthétique contemporaine; les assises et les dossiers sont ergonomiques et revêtus de tissus. A l'étage, les bancs originels sont conservés mais on leur a ajouté un dossier.

Le 15e jour : Les travaux ont-ils révélé quelques surprises ?

F.P. : Comme toujours dans ce type de travaux, il y eut quelques découvertes partiellement prévisibles. Par exemple : un tunnel servant à canaliser un ancien bras de la Meuse ou d'anciens voûtements en pierre, à peine 40 cm sous le niveau du sol. Un élément plus curieux fut sans doute le colombarium découvert dans le sous-sol des collatéraux de l'ancienne église. Les archéologues de la Région wallonne en ont déduit, après examen, qu'il s'agissait d'une situation courante ne nécessitant pas de conservation particulière.

Le 15e jour : Pas de regret ?

F.P. : Sincèrement non, car je suis satisfait du résultat et très content des collaborations avec les différents intervenants (maître de l'ouvrage, bureaux d'étude, comité d'accompagnement et entreprises).

 

Propos recueillis par Jean-François Christiaens

 

Inauguration le mardi 31 mai à 11h devant la salle, place du 20-Août 7, 4000 Liège (sur invitation!)

Contacts : service presse et communication, tél. 04.366.52.18,
courriel press@ulg.ac.be, site www.ulg.ac.be/salleacademique

La salle académique est réservée en priorité aux manifestations organisées par l'Université, gratuitement lors de manifestations de prestige. Elle peut aussi être mise à disposition de toute personne ou de tout organisme externe moyennant le paiement d'une location. Les personnes ou organismes internes à l'Université bénéficient d'un tarif réduit à 50 %.

Contacts : réservation auprès de Julie Lousberg, tél. 04.366.30.20


Photos: Jean-Louis Wertz