Respiration

 

Eloge d'une évaluation diversifiée. En mai, le doyen Pierre Somville a fait ici même l'éloge de l'examen oral. Il me semble que les problèmes d'évaluation doivent être débattus dans une Institution qui voit échouer 60% des primants et qui a la responsabilité de l'équité et de l'objectivité comme de l'attestation de la qualité des compétences de ceux qui réussissent.

On ne peut qu'admirer les collègues qui interrogent oralement des centaines d'étudiants, ce que j'ai fait pendant 20 ans. Si d'autres formes d'évaluation sont apparues, c'est pour plusieurs raisons. En 25 ans, le nombre d'étudiants a été multiplié par 1,5 sans augmentation des encadrants tandis que les prestations attendues des enseignants en matière de recherche, de gestion, de représentation, de services ont explosé. Par ailleurs, le souci pédagogique d'objectivité a conduit à la mise en place de QCM permettant de couvrir la totalité de la matière et de mesurer systématiquement des aspects diversifiés des processus mentaux (connaissance, compréhension, analyse, jugement, etc.) chez tous, ce qui réduit considérablement la part du hasard, surtout lorsque l'on recourt aux degrés de certitude. Enfin, citons le souci pédagogique d'équité : tous reçoivent les mêmes questions le même jour et leurs réponses seront corrigées selon les mêmes critères, avantages qu'il est intéressant de comparer avec les sources de fluctuations des notes subjectives décrites dans de très nombreuses recherches depuis 50 ans.

L'oral n'a pas toutes les vertus, pas plus que les QCM d'ailleurs. Ce ne sont que deux des méthodes d'une panoplie permettant d'assurer la diversité nécessaire adaptée à chaque discipline. Ces ressources, leurs qualités et leurs défauts sont trop peu connus alors que l'ULg compte des experts de ces approches. Leur combinaison vise à rencontrer les besoins d'une évaluation valide, équitable, nuancée; elle diagnostique et complète celle du jury, basée, elle, sur des évaluations. Car la responsabilité de la diversité et de la complémentarité de ces évaluations incombe à la section, au département, à la Faculté. Beau défi pour notre Université qui va bientôt s'exposer à nouveau à l'analyse interne et à un audit externe.

La pratique de ces méthodes existe, parfois depuis longtemps, dans notre Université, mais de façon éparpillée, sans visibilité. Cela va changer. L'ULg vient d'instituer l'Institut de formation et de recherche en enseignement supérieur (Ifres) qui comporte, dans son conseil scientifique, un représentant de chaque Faculté. L'Ifres a mis à son programme des échanges de pratiques, des témoignages, des co-formations, des partages d'expériences et de réflexions. Le portail e-learning de l'ULg (www.elearning.ulg.ac.be, puis Forum/Pédagogie universitaire/Oral et QCM) vous permet, par exemple, de prolonger le présent échange sur l'évaluation. Comme disait Raoul Duguet, " Faut qu'on se parle. Tout le monde est appelé au parloir ". Nous ne nous connaissions pas assez, nous qui cheminons sur des routes que nous avons dû tracer nous-mêmes. Trop seuls. Traçons-les ensemble.

 

Pr Dieudonné Leclercq
Faculté de Psychologie et des Sciences de l'éducation et Ifres