L'autisme, un syndrome énigmatique


Un centre de référence voit le jour en bord de Meuse

Après avoir labellisé le centre de la douleur du CHU "centre de référence", l'Inami accorde à l'université de Liège les fonds pour la création d'un deuxième centre du même type consacré à l'autisme. Près de 250 000 euros par an sont prévus à cet effet. Un pas important et nécessaire selon Jean-Marie Gauthier, chargé de cours à la faculté de Psychologie et des Sciences de l'éducation, directeur du centre de santé mentale, qui dirigera ce nouveau projet. L'objectif de Jean-Marie Gauthier est précis : " Ce centre de l'autisme entend répondre aux besoins des patients trop souvent délaissés. Nous voulons leur offrir des soins de meilleure qualité pour une réelle perspective d'avenir. " Logé au CHU du quai Godefroid Kurth (clinique Brull), cette nouvelle structure avoisinera le centre de la mémoire d'Eric Salmon, dédié aux personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer.

Hypersensibilité

L'autisme - reconnu comme "maladie" dans les années 40 seulement - reste encore très mystérieux, même pour les spécialistes. L'attention s'est d'abord focalisée sur ses causes et plusieurs hypothèses furent avancées : faiblesse des capacités intellectuelles, inaptitude à l'imitation ou défense contre les agressions extérieures, etc. Mais ces pistes ont montré leurs limites. " La liste des symptômes est possible, explique Jean-Marie Gauthier, mais la recherche des causes s'avère beaucoup plus complexe. " Récemment, les médecins se sont tournés vers la génétique afin de déterminer une responsabilité physiologique.

Apparaissant dès le plus jeune âge, les symptômes essentiels sont la difficulté à communiquer, à partager des émotions et un retard de développement des acquis précoces comme le langage. On fait aujourd'hui l'hypothèse que ces enfants sont dans " l'impossibilité d'imaginer les sentiments d'autrui ", analyse Jean-Marie Gauthier. Une des causes de l'autisme serait leur hypersensibilité qui les rend indisponible à la multiplicité et à la variété des stimuli de la vie quotidienne. Les autistes vivraient ainsi dans un état relativement extrême et permanent de perception sensorielle. Ce qui pourrait explique leur comportement très peu communicatif, voire asocial : ils sont prisonniers de leurs propres émotions.

Troubles de socialisation, troubles de la parole ou absence d'échange de regards chez le nouveau-né sont les signes les plus apparents de cette pathologie sévère, responsable des problèmes de scolarisation. " Le héros de "Rain Man" a certainement popularisé la figure de l'autiste, continue le chercheur, mais ce profil exceptionnel d'une grande compétence dans un domaine précis (les mathématiques dans ce cas) est très peu fréquent. "

Pour les adultes aussi

Alors que les troubles comportementaux des jeunes enfants sont bien connus et pris en charge, " des accompagnements thérapeutiques basés sur la rééducation du langage et la motricité, une guidance parentale et des méthodes de socialisation et d'apprentissage par l'école sont en place mais, après l'âge de 18 ans, l'autiste est totalement livré à lui-même ", s'inquiète Jean-Marie Gauthier.

" L'approche neuro-psychologique est actuellement privilégiée. Grâce aux travaux des psychologues et sans rompre avec les recherches précédentes, nous sommes convaincus qu'un traitement réussi implique une collaboration entre spécialistes de différentes disciplines ", poursuit le directeur du nouveau centre. Une idée qui sous-tend évidemment la création du centre, lequel veut accompagner le malade dans sa vie quotidienne mais aussi rencontrer les médecins et professionnels concernés par ce handicap. " Diagnostiquer de façon précoce la maladie est à notre portée, poursuit le responsable du centre. Par ailleurs, nous avons aussi l'ambition de créer des services pour autistes adultes, ce qui fait aujourd'hui défaut. "

Les statistiques internationales montrent que huit enfants sur 10 000 naissances présenteront un syndrome autistique : 10 % d'entre eux parviendront à mener une vie sociale quasi normale, 40 % vivent dans des milieux protégés, tandis que les autres sont "débilisés" et doivent être placés dans des institutions spécialisées. Dans la mesure où l'efficacité de la prise en charge dépend de la précocité du diagnostic, on mesure mieux le défi du centre liégeois.

 

Marc Bechet