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En 1973, plus de sable sous les pavés parisiens. Les
avant-gardes ont quitté le quartier latin. Le train-train quotidien
se réinstaure. Et pourtant, à Liège, quelques compagnons
en manque d'action bouffonne et de provocation absurde créent le
"Cirque divers", un lieu de débats, de rencontres, d'expositions
ou de soirées à thème. Les plus illustres connus croiseront
les plus rustres inconnus, se souviennent les membres du Cirque :
" D'Arrabal à Ginsberg, du poète d'un soir au chanteur
des rues, de l'intellectuel au clochard, de Topor au peintre du dimanche,
plusieurs milliers de vies se sont ainsi croisées au fil des ans,
des saisons, des générations et des modes. " Les
productions artistiques seront diverses jusqu'en 1999 où la chanson
de Ferré aura raison du lieu : " Avec le temps va tout s'en
va... "
Mémoire ludique
Aujourd'hui, l'heure est à la mémoire et à la transmission, sans nostalgie ni trop de sérieux, mais avec une certaine gaieté. Pour cette célébration libertaire, le Cirque divers a invité plusieurs artistes et écoles à réaliser une uvre plastique, visuelle ou écrite, qui revisite l'histoire du lieu, jadis posté 13 rue Roture.
A cette occasion, des étudiants du département Information
et Communication de l'ULg ont réalisé une oeuvre conceptuelle
pour le cours "Questions approfondies d'histoire culturelle" de
Carl Havelange. " Michel Antaki, un des fondateurs, m'a d'abord
demandé de participer à une exposition consacrée au
thème de la mémoire et de la transmission des activités
du Cirque divers, explique-t-il. En tant qu'historien, j'ai immédiatement
été sensibilisé par le sujet et trouvé intéressant
de faire participer mes étudiants. " C'est ainsi qu'une
dizaine d'entre eux ont commencé à exhumer les archives du
Cirque divers, à interviewer les fondateurs, certains artistes et
spectateurs assidus de l'endroit. Ce travail d'historien a permis aux étudiants
de réfléchir de manière vivante sur la mémoire
et l'oubli à travers des travaux personnels, mais aussi de redécouvrir
des courants d'avant-garde un peu oubliés, comme le situationnisme.
L'entreprise historique a été parachevée par la réalisation
d'une uvre plastique intitulée "Un jardin d'artifice".
Il s'agit d'un chalet en bois à l'intérieur duquel se déploie
un espace d'une blancheur ascétique garni de quelques photographies
sylvestres ou aquatiques. " Il nous est apparu que, dès sa
création, après 68 et les grandes révolutions artistiques,
le Cirque divers était mu par une sorte de mythe des origines, de
jardin d'Eden à jamais perdu, commente Carl Havelange. D'où
cette volonté de recréer ce jardin d'artifices... car imaginaire.
"

Photo: Carl Havelange
A l'intérieur de la cahute volontairement kitch, un diaporama retrace l'histoire du Cirque selon un découpage thématique de photos sélectionnées dans les archives par les étudiants, le tout accompagné des enregistrements du séminaire. " Ce diaporama véhicule ainsi l'idée d'une mémoire jamais établie mais toujours en construction ", poursuit Carl Havelange. Enfin, les étudiants "iconoclastes" ont également créé un bulletin distribué à 2000 exemplaires. " Le but n'était pas de pasticher le bulletin du Cirque divers, mais de profiter d'une forme existante pour parler de la mémoire, de l'oubli, de l'histoire, et cela en empruntant le langage du Cirque divers. " Outre des photos à l'humour résolument potache, on peut y lire une très intelligente fausse lettre de feu Guy Debord adressée à Michel Antaki dans laquelle le situationniste regrette, malgré son suicide, de ne pas avoir été invité à l'exposition.
Digestion
Réunies au Mamac jusqu'au 23 octobre, les uvres ravivent la mémoire du Cirque auprès des adeptes d'antan ou transmettent aux bambins d'alors la joyeuse flamme d'une des plus stimulantes aventures artistiques de l'histoire liégeoise. Chacune à leur manière. Des caricatures de Kroll, dessinées sur des grands cartons Jupiler suspendus au plafond, côtoient ainsi "Les restes"de Michel Antaki - soit plusieurs ongles réunis dans un poivrier, des poils dans une salière et quelques chaussures vieillies par les années. La digestion du tout est relativement aisée, car la beauté peut parfois résulter de " la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ".
Hugues Demeuse
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Les étudiants du cours d'histoire de l'art vidéo de Marc-Emmanuel Mélon participent aussi à l'exposition. Deux d'entre eux ont réalisé une oeuvre vidéo revisitant des productions vidéo anciennes. Jusqu'au 23 octobre. Au Mamac, parc de la Boverie, 4000 Liège. |
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