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Dans les années 1970, Ramsès II, souffrant de champignons, vint se faire soigner à Paris et, à sa descente d'avion, eut l'honneur d'être salué par la garde républicaine, hommage réservé aux chefs d'Etat. En septembre 2005, c'est au CHU de Liège que Horsiesi et Ousirmose, reçus plus modestement mais avec les égards convenant à leur grand âge, viennent d'être auscultés. Le premier était le plus illustre des pharaons du Nouvel Empire. Les seconds étaient des prêtres dont la vie se déroula à la Basse Epoque, soit sous les XXVe et XXVIe dynasties, et leurs momies dormaient depuis le XIXe siècle dans les greniers du musée Curtius. En compagnie de celle d'un bébé crocodile de 60 cm de long, âgé à peine de quatre mois à son décès.
Comment
des sépultures remontant à plus de deux millénaires
et demi sont-elles arrivées en bord de Meuse ? La réponse
est à trouver du côté des "chasseurs d'antiquités",
ces collectionneurs férus depuis toujours par l'Egypte ancienne.
Giovanni Anastasi était un de ceux-là : en 1857, il vend dans
la capitale française une partie de sa troisième collection,
ensemble alors acquis par le baron Albert d'Otreppe de Bouvette. Huit ans
plus tard, celui-ci le lègue à l'Institut archéologique
liégeois. " A ce jour, cette collection n'avait fait l'objet
que d'une seule étude scientifique, menée par mon maître
le Pr Michel Malaise, observe l'égyptologue Dimitri
Laboury, chercheur qualifié FNRS de l'ULg et ordonnateur de cette
autopsie peu commune. Mais le Grand Curtius, dont l'ouverture est prévue
en 2007, comportera une section égyptienne. D'où le feu vert
donné par les autorités communales pour procéder à
l'exhumation d'un patrimoine resté inconnu jusqu'ici. "
Grâce aux technologies de pointe, ces trois momies devraient livrer leurs secrets sans qu'aucune dégradation ne les altère. " La radiographie a été suivie d'une exploration virtuelle que permet le CT-Scan. Cet appareil "coupe" un corps en tranches - comme un pain - et analyse sa densité en le traversant. Puis, une console informatique le reconstitue en trois dimensions. Ce type d'analyse a déjà été utilisé, au British Museum et au Caire, pour Toutankhamon. " Et Dimitri Laboury de se réjouir de la réalisation, à terme, d'un film multimédias à vocation pédagogique, lequel sera réalisé par la spin-off Deios de l'Université et présenté à l'occasion de la prochaine "Caravane du Caire".
C'est sous ce nom - qui rappelle un opéra de Grétry - que le musée de l'Art wallon présentera, à l'automne 2006, une exposition consacrée à l'art égyptien. Une façon pour la Cité ardente de valoriser ses trésors cachés et de les offrir, à côté de pièces venues d'ailleurs, au regard d'un public dont l'intérêt pour l'Egypte pharaonique ne s'est jamais démenti. " L'égyptomanie remonte à l'Antiquité, fait remarquer D. Laboury, et a donc précédé de beaucoup la campagne de Bonaparte. " Gageons que la lecture des images obtenues par l'autopsie réalisée au Sart-Tilman - et interprétées par le Centre d'archéométrie de l'ULg - sera à la mesure de la curiosité qu'une telle opération post-mortem a déjà suscitée, bien au-delà des murs de notre Alma mater.
Henri Deleersnijder
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