Respiration

Réaction au plan Marshall.
Je n'ajouterai rien au concert de louanges qui furent nombreuses. On ne peut que se réjouir d'une réaction rapide à un certain désenchantement vis-à-vis de la gouvernance de notre région. Rapide, mais sans doute précipitée. Quatre remarques sur ce plan.

D'abord, il est limité et c'est regrettable. Il émane du gouvernement de la Région wallonne. Il ne concerne pas les matières communautaires ou fédérales (enseignement, emploi, retraite, sécurité sociale, etc.) qui sont aussi pertinentes que les compétences régionales pour l'avenir de la Wallonie. J'aurais aimé un volet dans lequel les partis politiques wallons s'engageraient à mener une politique d'emploi plus dynamique, moins frileuse que par le passé à l'échelon fédéral et à pousser à des réformes radicales de l'enseignement secondaire à l'échelon communautaire.

Deuxième remarque qui concerne les pôles de compétitivité. Ils rappellent les pôles de croissance et les recettes keynésiennes dont on sait les limites. Ces pôles sont-ils bien choisis ? La conjoncture suivra-t-elle ?

Troisième remarque : les réductions fiscales. Du point de vue de l'efficacité économique, il vaut mieux réduire l'impôt de manière étale que de façon différentielle.

Quatrième remarque, et c'est la plus importante, qui touche à la question des mentalités. Il faut qu'elles changent dans le chef du monde politique et de la presse. Sur les fins de carrière, le numerus clausus, les zones franches, la CSG, l'enseignement, il y a un refus de voir la réalité économique telle qu'elle est. Pour prendre le domaine de la recherche et de l'enseignement, ce dont souffre notre région, ce n'est pas tant d'un manque de moyens que d'un manque d'organisation. Si l'argent était la solution, la Belgique serait sans problèmes. Pendant des décennies, elle s'est endettée au-delà du raisonnable pour résoudre ses problèmes communautaires. Qu'en reste-t-il ?


Pierre Pestieau
professeur d'économie
HEC-Ecole de gestion de l'ULg