De saint Lambert... au Pays de Liège

Une plaquette et une foule de manifestations pour célébrer la naissance de la cité ardente

En 753 avant notre ère, selon la tradition, le meurtre perpétré par Romulus sur son frère Remus fut l'acte fondateur de la ville de Rome. En 705 de notre ère, au plus tard, un autre assassinat marque la naissance de la ville de Liège : l'évêque de Tongres, Lambert, tombe sous les coups mortels portés sur lui et son entourage par les hommes de main de Dodon. Similitude des origines. Excusez du peu...

" Le crime est commis un 17 septembre, à l'endroit même qui porte aujourd'hui le nom de la victime, là où celle-ci avait une résidence rurale et où était située auparavant une villa romaine. Son auteur, membre de l'aristocratie franque, a ainsi assouvi une haine tenace contre la famille de Lambert, donc contre le prélat lui-même ", précise Jean-Louis Kupper, professeur d'histoire du Moyen Age à l'ULg. La dépouille du défunt est ensuite transférée par voie fluviale jusqu'à Maastricht mais, peu après avoir été ensevelie dans cette antique cité mosane, elle revient - par la route de la rive gauche de la Meuse - dans le village de Liège. Et elle y est déposée à l'emplacement même où le sang a coulé : le bruit court que des miracles s'y sont produits et une basilique y a été édifiée en l'honneur de celui qui est déjà considéré comme un "martyr".

Ce geste fort est posé vers 715 par l'évêque Hubert, successeur de Lambert. " Cette translation solennelle de reliques correspond à l'époque à une véritable canonisation ", souligne le Pr Kupper. La destinée de Liège est ainsi scellée : la ville devient un haut lieu de pèlerinage, bénéficie de l'appui de la royauté carolingienne et ne tarde pas, vraisemblablement vers l'an 800, à devenir le siège de l'ancien diocèse de Tongres-Maastricht. Les évêques ont dès lors réussi à prendre religieusement possession du fleuve et exercent désormais leur autorité spirituelle sur un vaste espace allant de l'embouchure de la Meuse à la Semois et de Louvain à Aix-la-Chapelle.

" Le VIIIe siècle est un siècle charnière, observe le Pr Kupper. Henri Pirenne y voyait même le début du Moyen Age. Liège est une ville typiquement médiévale. "

C'est chez elle que se situait l'épicentre du pouvoir des Pépins, lesquels renverseront la dynastie mérovingienne, inaugurant par le coup d'Etat de 751 celle des Carolingiens. C'est dire si la ville de saint Lambert était située au cœur de la Francia. Les deux palais les plus importants de Charlemagne - ceux de Herstal et d'Aix - étaient d'ailleurs installés dans le diocèse de Liège. Et si l'empereur a finalement choisi le second comme siège à la fin de sa vie, c'est parce que l'eau thermale de cette ville allemande le soulageait quelque peu d'une méchante goutte.

La suite est connue. Naissance de la principauté vers 985 avec Notger, agrandissement de la cité primitive bientôt entourée d'une large enceinte, construction d'une cathédrale, prospérité économique et luttes sociales... , tout cela (et bien d'autres péripéties) est évoqué dans une plaquette qui s'adresse au grand public. Les textes - fruit de la plume des Prs Bernadette Mérenne-Schoumaker, Jean-Louis Kupper, Philippe Raxhon, Francis Balace et de Bruno Demoulin - retracent avec clarté et concision le passé d'une ville et d'un pays à bien des égards prestigieux. Sans pour autant tomber dans une nostalgie stérile, puisque ce parcours débouche sur le tracé de perspectives d'avenir.

 

Henri Deleersnijder

Mise sur pied par plusieurs partenaires liégeois (Province, Ville, Université, Evêché et Cercle géohistorique de la Hesbaye liégeoise), l'opération "De Saint-Lambert ... au Pays de Liège" regroupe, de septembre 2005 à septembre 2006, une impressionnante série de maniestations (expositions, spectacles, concerts, cortège, publication) à Liège et d'autres villes de la province. Différents thèmes - historique, religieux, culturel, sportif, festif, socio-économique - y seront abordés.

Informations sur le site www.prov-liege.be/saintlambert