3 questions à Pierre Wolper


Photo : ULg - Jean-Louis Wertz

Professeur à l'Institut Montefiore, Pierre Wolper est membre du conseil d'administration et nouveau "conseiller à la recherche".

Le 15e jour du mois : Depuis le 3 octobre, vous êtes officiellement "conseiller à la recherche". Un nouveau titre dans notre Institution ?

Pierre Wolper : Dès l'annonce de sa candidature au poste de recteur, Bernard Rentier a souhaité s'entourer d'un collège rectoral, lequel fut officialisé lors du conseil d'administration extraordinaire du 3 octobre dernier. Aujourd'hui le collège est composé de sept conseillers en charge d'un domaine particulier. Le but est de fournir aux Autorités une expertise des différentes matières et de proposer des pistes d'action qui seront débattues au collège, avec les Recteur et vice-Recteur. Pour ma part, la recherche a toujours été une priorité et ma participation au conseil d'administration depuis 2001 m'a conduit à l'envisager aussi de manière globale et institutionnelle. Je me suis particulièrement intéressé aux facteurs qui pourraient favoriser son développement dans notre Maison. Ma mission est de contribuer à définir une politique cohérente de la recherche et de déterminer des actions concrètes. Certes, le domaine revêt de multiples formes et il n'est évidemment pas question d'imposer un même schéma pour tous. Mais l'excellence doit être l'objectif général, ses critères devant être adaptés aux spécificités des Facultés et des Ecoles.

Le 15e jour : De l'actualité de la recherche ?

P.W. : Bien sûr. La recherche est constitutive de l'Université mais elle est aussi essentielle pour notre région, car non seulement elle fait progresser la connaissance en général mais, in fine, elle est le moteur de la croissance économique : sans progrès dans les sciences et les techniques, l'amélioration de notre bien-être est condamnée. Sans doute une région peut-elle prospérer grâce aux recherches menées ailleurs, puisque les résultats de la recherche fondamentale sont diffusés et en principe exploitables par tous. Mais si la source est locale, la transmission des résultats est bien plus rapide. Et le meilleur moyen de devenir compétent pour exploiter les résultats de recherche est... de la mener ! C'est ainsi que les docteurs que nous formons sont probablement un des vecteurs les plus efficaces d'apport d'innovations aux entreprises qui les engagent. Il ne faut pas croire non plus que l'on peut rester cloisonnés dans la recherche appliquée, celle-ci se nourrit de la recherche fondamentale et la frontière entre les deux est de toute façon impossible à définir. J'ai été moi-même étonné d'aboutir à un algorithme parfaitement exploitable en informatique en utilisant des résultats abstraits de topologie mathématique. Par ailleurs, je pense qu'il n'est guère productif à moyen terme de vouloir canaliser la recherche. La liberté en est un ingrédient essentiel et les conséquences scientifiques et économiques les plus importantes n'apparaissent pas toujours là où on les attend. L'université de Liège se doit de pérenniser une recherche de pointe. C'est une activité particulièrement compétitive, le succès exigeant l'excellence au niveau mondial alors que nos moyens financiers font trop cruellement défaut à l'heure actuelle. Malgré cela, les membres de l'ULg obtiennent d'excellents résultats et soutiennent très largement la comparaison avec des équipes bien mieux financées. Ce n'est toutefois pas une raison pour nous satisfaire de la situation actuelle qui est fragile. Les Autorités ont le devoir de sensibiliser les pouvoirs publics à cet égard : il faut financer les équipements dans les laboratoires et nous donner les moyens de garder et d'attirer les chercheurs de haut niveau.

Le 15e jour : Sur quelles structures comptez-vous vous appuyer ?

P.W. : En interne, nous disposons déjà du conseil de la recherche et d'une administration R&D. Le conseil a un rôle central dans l'affectation des fonds directement gérés par l'Institution. Une politique générale étant fixée, le conseil de la recherche doit travailler suivant des procédures rigoureuses et claires basées prioritairement sur la qualité des dossiers. Les chercheurs comprendront des décisions prises de façon rationnelle : ils doivent avoir confiance dans le processus.

D'autre part, nous devons mettre au service des chercheurs une administration performante. C'est la volonté de sa directrice, Isabelle Halleux, laquelle poursuit un effort d'organisation en vue d'aider le chercheur à présenter et à suivre les projets, tâches essentielles pour les bailleurs de fonds - je pense notamment aux exigences de la Commission européenne - mais annexes pour le scientifique. Dans la même optique, il devrait être possible d'informatiser davantage tous les formulaires administratifs que nous devons constamment envoyer çà et là (relevé des publications, informations sur les projets, etc.) et d'assurer ainsi plus efficacement la visibilité de notre Institution : il faut non seulement faire de la bonne recherche, mais il faut aussi que cela se sache ! Toutes les publications doivent être répertoriées dans les outils qui servent notamment à établir les classements d'universités. C'est un dynamisme pro-actif général qu'il faut promouvoir, plus qu'une nouvelle structure.

 

Propos recueillis par Patricia Janssens