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Aujourd'hui, les armes à "létalité réduite" sont une réalité technique. Certes elles n'ont pas encore remplacé les armes conventionnelles, mais un jour viendra peut-être où la police arrêtera les braqueurs de banque grâce à des micro-ondes capables de neutraliser les malfaiteurs en évitant le risque de décès.
Laser et ultrasons
Si la notion "less lethal" est déjà connue de l'autre côté de l'Atlantique, en Europe, le concept est plus neuf. Généralement, on le définit comme "un système spécifique destiné à mettre hors d'état le personnel ou le matériel sans risque de décès ou de lésion grave, avec un minimum de dommages collatéraux ou d'incidences sur l'environnement". Nos connaissances en matière de physique, chimie ou électro-magnétique alimentant l'imagination des armuriers, ceux-ci pourront peut-être dans un proche avenir concevoir des équipements utilisant le gaz, le laser, voire les ultrasons pour neutraliser les délinquants.
Depuis 1995, la FN de Herstal planche sur cette approche plutôt révolutionnaire dans le métier d'armurier. " Manifestement, il y a un intérêt pour ce nouveau type d'armes, commente Thierry Jacobs, Business Development Manager de la FN. Plusieurs gouvernements (sur la planète) sont séduits, mais leurs informations sur les conditions d'utilisation sont inexistantes et aucun arsenal juridique n'en réglemente l'usage. Des lacunes qui entravent dès lors la commercialisation. Or le créneau est certainement stratégique pour la FN. Néanmoins, tout est à construire, raison pour laquelle nous avons sollicité l'aide des scientifiques. "
Tout naturellement - parce qu'une convention de partenariat avait été signée en janvier 2004 -, c'est vers l'ULg que la FN s'est tournée, plusieurs équipes de chercheurs répondant à l'appel du plus grand armurier belge. " Non seulement les chercheurs de la faculté des Sciences et de Sciences appliquées se sont mobilisés pour les problématiques technologiques, explique Thierry Jacobs, mais des spécialistes de sciences humaines se sont joints à notre réflexion. C'est ainsi que nous avons mis sur pied un pôle d'excellence reconnu par la ministre Marie-Dominique Simonet. "
Côté sciences humaines, le pôle se compose de l'Institut de médecine légale dirigé par Philippe Boxho, du service de droit pénal et de procédure pénale (Prs Ann Jacobs et Adrien Masset) et de l'unité d'analyses et interventions en matière de violence, sous la direction de Pierre Thys, chargé de cours à l'Ecole de criminologie. Grâce à la subvention octroyée par la Région wallonne, six chercheurs ont été engagés pour ce projet prévu sur cinq ans, lequel a l'ambition d'élaborer une doctrine d'utilisation de ces armes du futur.
" Dans quels cas pourra-t-on les utiliser ? Lors de manifestations sur la voie publique ? Lors des matches de foot ? Pour l'instant, rien est autorisé. C'est pourquoi nous devons d'abord réaliser un état des connaissances et consulter les utilisateurs potentiels ", annonce Pierre Thys, chef du projet.
La protection de la vie humaine a beau être une base sur laquelle
tout le monde s'accorde et même si, en général, les
populations pensent qu'il vaut mieux arrêter un criminel pour le remettre
devant ses juges que de le blesser mortellement, les effets pervers de ce
nouvel enjeu sont méconnus. Les délinquants vont-ils s'adapter
en conséquence ? Et quelle sera la réaction des policiers
? " Il faut également s'interroger sur la société
dans laquelle nous évoluons, poursuit Pierre Thys. Qu'est-elle
prête à accepter ? "
Centre de référence
L'ensemble des recherches permettra d'élaborer un "cahier des charges" dont le politique disposera afin de légiférer s'il le souhaite. " Mais l'idée est aussi de constituer un centre de référence européen sur les questions touchant à la létalité réduite, concluent Thierry Jacobs et Pierre Thys. Un centre qui nourrira la recherche au travers de colloques, publications scientifiques, etc., qui dispensera des formations et se profilera comme carrefour entre les mondes industriel, scientifique et politique. "
Patricia Janssens
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Contacts : unité d'analyse et d'intervention en matière de violence,
Ecole de criminologie (bât. B33), Sart-Tilman, tél. 0486.
61.83.52, courriel pierre.thys@ulg.ac.be |
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