Gouvernance et qualité

Deux thèmes soumis à l'évaluation

L'Association européenne des universités (EUA) souhaite aider les institutions universitaires à mieux concevoir leur stratégie de développement. Ainsi leur propose-t-elle, depuis dix ans déjà, la réalisation d'un "audit" par des pairs, une offre saisie par près de 150 universités à l'heure actuelle. Dans quel but ? " Celui de rationaliser notre enseignement supérieur, concède sans ambage le Pr Freddy Coignoul, président du comité de pilotage en charge du dossier. Notre continent abrite plus de 4000 universités, lesquelles sont concurrentes aux plans local, régional et international. Cette absence de structure et l'essaimage des moyens mis en œuvre est dramatique : toutes les universités européennes se plaignent de leur sous-financement. " L'Union européenne s'est émue de cette situation. En 1999 était promulguée la déclaration de Bologne, première étape dans la refonte de l'enseignement supérieur européen, laquelle sera suivie très probablement par la création d'un Conseil européen de la recherche et d'un Institut européen des technologies.

Miroir, mon beau miroir

Pour la troisième fois en moins de dix ans, l'université de Liège fait appel aux experts de l'EUA. Au menu de l'exercice 2005, l'analyse détaillée des trois domaines que sont la gouvernance et la qualité, l'enseignement et les relations internationales. Qu'entend-on par "gouvernance" ? " C'est bien sûr la manière dont l'Université est gouvernée, traduit Freddy Coignoul. Mais que l'on ne s'y méprenne pas : la gouvernance, si elle s'apparente au gouvernement de l'Université, ne se réduit pas à la gestion quotidienne. Elle concerne plutôt les décisions stratégiques à prendre pour rester fidèle à ses missions dans environnement changeant. Quelle est l'identité de l'ULg ? Quels sont ses objectifs ? Quelle est son implication dans la région ? Quel dialogue doit-elle nouer avec les entreprises ? Quelle communication suscite-t-elle en son sein ? C'est à toutes ces questions que le Comité de pilotage doit répondre dans le rapport d'auto-évaluation préliminaire qu'il prépare pour décembre, rapport qui soulignera nos lignes de force sans masquer nos faiblesses. "

Ensuite viendra le temps des experts. En janvier, puis en février, trois ou quatre Recteurs (ou anciens Recteurs) viendront, in situ, rencontrer tous les acteurs de la gouvernance. Certains se demandent si ces courts séjours suffisent pour rédiger une évaluation crédible. " Je le crois, répond le Pr Coignoul. L'ULg est semblable à ses consœurs, avec quelques variantes, inévitablement. Mais il existe un dénominateur commun entre les institutions universitaires du Vieux Continent, de sorte que des recteurs d'Helsinki ou d'Athènes peuvent jeter un regard pertinent sur une université belge, en pointant du doigt les dysfonctionnements et en suggérant les améliorations nécessaires. "

La notion de qualité

Selon l'Association européenne - qui peut légitimement arguer de son expérience -, les universités européennes, de façon générale, doivent repenser leur système de gouvernance. Elles doivent, de façon prioritaire, se définir, se positionner, et faire en sorte que les objectifs fixés soient atteints, notamment grâce au concour de structures adéquates capables de mener à bien les décisions. C'est ici qu'intervient la notion de qualité, difficile à cerner encore, mais qui s'applique pourtant à toute la communauté universitaire, autorités, Facultés, administrations, centres de recherche, etc. " Qui la définit ? Qui s'en charge ? Le conseil d'administration, le Recteur, l'Administrateur ? C'est aussi une question de gouvernance. Les deux notions sont très liées ", conclut le Pr Coignoul.

Le rapport d'audit de l'EUA sera probablement rendu en mars-avril 2006. A l'Université ensuite de s'en inspirer si elle le souhaite car, bien sûr, ce rapport n'est pas contraignant.

 

Patricia Janssens

Photo: ULg - Jean-Louis Wertz