![]() |

Directeur chez Arcelor, Jacques Pèlerin est en charge du redéploiement économique à Liège.
Le 15e jour du mois : En février 2004, Arcelor et l'ULg signaient une convention de partenariat. Pouvez-vous faire un premier bilan de cet accord?
Jacques Pèlerin : Je trouve que nous avons bien travaillé. Si les relations avec l'Université ont toujours été nombreuses, notamment avec la faculté des Sciences appliquées, nous avons vraiment amplifié nos collaborations. Non seulement avec les ingénieurs, mais aussi - et c'est une expérience inédite - avec la faculté des Sciences et le CSL. Par ailleurs, nous sommes très heureux de la chaire Arcelor confiée à Allard Van Riel, de la nouvelle Ecole de gestion de l'ULg, lequel assure la formation des entrepreneurs de demain. Tous les contacts ont été profitables et plusieurs projets en cours de réalisation créeront des emplois. Arcelor, ces derniers mois, a beaucoup investi en R&D : demain, la sidérurgie à Liège ne sera plus synonyme de pollution (l'acier sera, à terme, coulé dans les installations situées en bord de mer et dans les pays où l'on produit la matière première), mais de haute technologie. C'est ici, sur les rives de la Meuse, que nous lui apporterons sa valeur ajoutée. Lorsque le groupe Arcelor a annoncé la fermeture prochaine de la sidérurgie "à chaud", il a fait la promesse de contribuer à créer 2700 emplois dans la région. Même si je suis toujours très prudent lorsqu'il s'agit de chiffres, je pense que nous pouvons être optimistes et que nous tiendrons nos promesses.
Le 15e jour : Quels sont ces projets en cours ?
J.P. : Arcelor veut développer de nouvelles surfaces : nous voulons donner aux tôles en acier ou en inox une plus-value qui fera toute la différence. Nous voulons offrir aux clients un matériau solide et intelligent : l'acier doit continuer à être résistant, mais il doit maintenant être plus que cela. Avec le Pr Joseph Martial de la faculté des Sciences, nous suivons la piste de la biomimétique, un domaine encore inexploré. L'idée est de copier la nature pour inventer de nouveaux procédés techniques. Prenons l'exemple de l'adhérence. Certains mollusques ont développé des propriétés extraordinaires qui leur permettent de rester accrochés aux rochers contre vents et marées... Copier ces mécanismes d'adhérence serait très utile; cela permettrait non seulement d'élargir la gamme des matériaux associés aux aciers, mais aussi et surtout de réaliser cette opération dans des conditions "bio", c'est-à-dire respectueuses de l'environnement. Grâce aux connaissances en matière génétique, la chose est désormais possible. L'équipe du Pr Martial - au sein du Giga sans doute - va donc s'étoffer de manière à investiguer davantage encore la compréhension du vivant et l'ingénierie des protéines afin de fabriquer des surfaces "intelligentes", autrement dit capables, dans cinq ou dix ans, d'être auto-collantes, auto-nettoyantes et fluorescentes.
Dans le même ordre d'idées, nous avons des contacts suivis avec le Centre spatial de Liège et son directeur Claude Jamar. Leur maîtrise spécifique du revêtement sous-vide intéresse beaucoup Arcelor car ce procédé permettrait, par exemple, d'améliorer l'esthétique des tôles utilisées dans le bâtiment. Nous avons à ce sujet l'ambition de créer une spin-out avec le CSL, lequel mène parallèlement des recherches passionnantes sur les panneaux photo-voltaïques (ou cellules solaires) capables de produire, sans pollution, de l'énergie électrique grâce au soleil. Ces travaux mèneront très certainement à la constitution d'une spin-off qui fabriquera, dès 2006 je l'espère, des panneaux solaires en quantité. Pour terminer, je citerai aussi le projet avec le Pr Jacqueline Lecomte-Beckers, du département Asma, laquelle étudie l'élaboration et la caractérisation de "feuilles" de métal pour des applications spatiales, bio-médicales électroniques et autres. Par ailleurs, je tiens à souligner encore l'expertise de Jean-François Leroy, de la faculté de Psychologie et des Sciences de l'éducation, dans le domaine du "travail en réseau" qui nous aide à concevoir cette nouvelle forme de travail. Comment insuffler un dynamisme coopératif à plusieurs personnes travaillant à distance et cependant en équipe ? La question mérite d'être étudiée, parce qu'il convient de ne pas perdre de vue que l'homme est au cur de toutes les activités. Au cur du redéploiement aussi.
Le 15e jour : Plus globalement, pensez-vous que Liège
réussira sa reconversion ?
J.P. : J'en suis convaincu. Nous avons des atouts majeurs pour réussir. Encore faut-il que les Liégeois sortent de leur morosité et regardent l'avenir avec confiance. Certes la sidérurgie - qui fut un élément clef de son économie - s'est transformée, mais cette évolution a conduit à l'éclosion d'une multitude de PME, dans les services principalement. C'est une dynamique qu'il faut soutenir. Nous n'aurons plus de hauts fourneaux : les tôles seront fabriquées ailleurs et seront acheminées à Liège par voie d'eau, car c'est chez nous qu'elles acquerront la plus-value qui convaincra les clients. La réduction des activités des manufactures sera, j'en suis persuadé, contrebalancée par l'augmentation des emplois dans les services. Je pense aussi que la valorisation des terrains de Chertal (300 ha de terrains le long du canal Albert) attirera des investisseurs étrangers. C'est un lieu stratégique pour les entreprises : en liaison fluviale directe avec le port d'Anvers et celui de Rotterdam, près d'un nud routier et à deux pas d'une gare TGV. Nous avons d'ailleurs lancé une étude sur la valorisation de ces terrains avec le Pôle transport et avec l'aide de Seed-ULg. Toutes les structures sont actuellement mises en place pour que le processus de redéploiement s'engage.
Propos recueillis par Patricia Janssens
|
|