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Sergio Perelman est chargé de cours en économie du travail.
Le 15e jour du mois : Vous êtes le responsable de l'enquête Share en Belgique francophone. Un nouveau panel de démographie ?
Sergio Perelman : Le Survey of Health, Ageing and Retirement in Europe (Share) a été mené en 2004-2005 dans 11 pays d'Europe, auprès des personnes âgées de 50 ans et plus. Cette grande enquête vise à récolter de nouvelles données sur cette population afin de pouvoir comparer les situations dans les divers pays. Soutenue financièrement par des fonds européens - et en Belgique par la Politique scientifique fédérale -, ce Survey est coordonné par le Pr Axel Börsch-Supan de l'université de Mannheim. En Belgique, le Centre de recherche en économie publique et de la population de l'ULg (Crepp) et le Centrum voor Sociaal Beleid Herman Deleeck (CSB) de l'université d'Anvers se sont chargés de son déroulement. A ce jour, c'est certainement l'enquête la plus complète réalisée en Europe s'intéressant simultanément à la santé, au vieillissement et à la retraite. Nous disposons à présent d'une base de données très riche sur les "plus de 50 ans", base qui nourrira toutes les prochaines études en sciences humaines. Il est vrai que les domaines couverts sont particulièrement étendus : santé, comportements à risque, qualité de travail, revenus, patrimoine, sentiment de bien-être, activités sportives ou bénévoles, aide sociale fournie, etc. L'intérêt est tel que l'Union européenne a décidé de financer la deuxième vague de l'enquête (en interrogeant les mêmes personnes) tout en lui accordant le statut d'infrastructure de recherche.
Le 15e jour : Quels sont les objectifs de Share ?
S.P. : L'Europe est le continent dont la proportion de citoyens âgés est la plus élevée (en Belgique, la catégorie des "plus de 50 ans" constitue aujourd'hui environ 35% de la population). Elle a donc intérêt à mieux connaître cette tranche d'âge pour anticiper les problèmes ou prévoir des réformes en matière de soins de santé notamment. L'enquête permettra de mettre en perspective le processus d'allongement de la vie au sein de la population européenne et d'en tirer les conclusions. Un exemple ? Les informations collectées pourront certainement éclairer le débat sur les fins de carrière. Faut-il continuer à écarter du marché du travail des personnes en bonne santé et désireuses de rester actives, uniquement parce qu'elles ont 60 ans ? Le débat est utile car, selon les premières analyses effectuées à partir de Share, le fait de rester actif (au sens large) est meilleur pour le fonctionnement cognitif... et vraisemblablement pour les comptes de la Sécurité sociale ! La comparaison des différentes expériences européennes nous livrera sans doute quelques "bonnes pratiques" généralisables en Europe. En fait, l'enquête Share fournit un cadre d'étude, sorte de laboratoire, aux chercheurs en sciences humaines qui pourront utiliser des méthodes statistiques poussées pour comparer les régions d'Europe tout en mettant en exergue la culture, l'histoire et les politiques publiques affectant les Européens dès 50 ans.
Le 15e jour : Venons-en aux résultats...
S.P. : Les analyses commencent à peine, mais nous pouvons déjà dégager quelques enseignements intéressants. L'enquête révèle d'emblée des disparités entre le nord et le sud de l'Europe. Manifestement la cohésion familiale est plus lâche au nord du continent - le système de Sécurité sociale y est aussi plus performant - et plus forte au sud. Si l'éducation nous maintient en bonne santé, la maladie est moins fréquente au nord de l'Europe, mais on vit plus longtemps au sud. La cohésion sociale est toujours efficace : la pauvreté est allégée par la proximité des familles et des amis - surtout au sud - et si l'unité familiale est solide en général, les transferts financiers sont différents : au nord les parents donnent, au sud ils reçoivent.
A propos des fins de carrière, il est notoire que les incitants financiers favorisent les départs anticipés à la retraite alors que de bonnes conditions de travail les retardent. Par ailleurs, les personnes associent clairement la qualité de l'emploi au bien-être. Exercer une activité bénévole semble bon pour le moral à 65 ans, mais si 25% des retraités ont une occupation désintéressée aux Pays-Bas, ils ne sont que 4% en Grèce. Autre chose : alors que la consommation est assez équitable dans l'Union, c'est le patrimoine qui est la source de grandes inégalités sociales, davantage que les revenus dont les écarts sont compensés par la Sécurité sociale en général.Les données notent encore - entre autres choses - une diminution de la mémoire avec le vieillissement, mais cette perte est compensée chez les sujets cultivés par le développement de leur "réserve cognitive". On remarque aussi que l'exercice d'une activité professionnelle, sportive ou sociale favorise le maintien des capacités cognitives. Ce seul constat intéressera certainement les médecins et les psychologues qui étudient la maladie d'Alzheimer, mais également les économistes et les sociologues qui analysent les rapports entre santé et retraite. A ce propos, une Action de recherche concertée (ARC) a été lancée cette année autour de ces thèmes. Ce projet associe des neuropsychologues, Thierry Meulemans et Fabienne Collette, et des économistes, Alain Jousten, Pr Pierre Pestieau et moi-même.
Propos recueillis par Patricia Janssens
Les données sont à la disposition de tous les chercheurs sur le site www.share-project.org
Enquête réalisée à l'ULg sous la direction de Sergio Perelman et de Marie-Thérèse Casman, avec la collaboration de Laurent Nisen, Christelle Bay, Eric Bonsang et Claire Maréchal.
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