Quel projet pour l’université de Liège ?

Toute communauté a besoin de savoir ce qu’elle veut, et d’abord ce qu’elle est

L’ULg n’échappe pas à la règle. Quels sont nos objectifs, nos valeurs, nos priorités ? Quelle est aussi notre identité ? Depuis d’assez longues années que je travaille à l’ULg, je me rends compte que les occasions de se poser ces questions ont été assez peu nombreuses. A l’évidence, le moment est propice : un nouveau Recteur a été élu; ce printemps, l’EUA (European Universities Association) procédera à une troisième évaluation de l’institution (la première avait eu lieu en 1998); la publication du classement mondial des universités du Times a à nouveau soulevé la question de notre place sur la scène internationale; le “plan Marshall” du Gouvernement wallon et l’arrêt récent de la Cour d’arbitrage sur le décret “Bologne”, ont également suscité des débats sur nos atouts et nos faiblesses.

Je suis persuadé qu’une réflexion sur un “projet de l’ULg” s’impose. Et qu’elle doit avoir lieu assez vite. Le collège rectoral a été créé dans cette optique. Mais une telle réflexion doit être collective. Elle n’a de sens que si elle est menée par l’ensemble de la communauté universitaire. Enseignants, chercheurs, étudiants, Pato, anciens de l’ULg, forces vives de la région doivent être invités, dans les prochains mois, à un large débat sur le projet que l’ULg veut se donner pour les années à venir.

Ce débat devrait poursuivre logiquement le travail accompli dans le cadre de l’évaluation institutionnelle de l’EUA. Dans quelques semaines, en effet, le comité piloté par le Pr Freddy Coignoul rendra son rapport à l’EUA en vue de la visite des experts. Dès la fin janvier, un site web “Evaluation et projet institutionnels” sera accessible. Chacun pourra prendre connaissance du rapport d’auto-évaluation et des documents qui ont aidé à sa rédaction.

La phase “Projet” pourra alors commencer. Je voudrais lancer quelques propositions pour que la réflexion soit la plus utile possible.

D’abord, que des tables-rondes soient organisées avec les différents acteurs de l’Institution : les Facultés, Ecoles et Instituts, le CHU, les associations représentatives (APULg, CUPS, Fédé), les organisations syndicales, le “Réseau ULg”, etc. Les responsables politiques, économiques et culturels de la région devraient eux aussi être sollicités. Mais c’est la participation de chacun qui est avant tout nécessaire. Un questionnaire sera également envoyé à chacun, dont le traitement sera confié à une équipe spécialisée. Les prises de position individuelles ou collectives doivent aussi être prises en compte. Le conseil académique, enfin, doit être invité à réagir et à débattre.

Tous les éléments seront alors réunis pour la rédaction d’un “Projet de l’université de Liège” que le Recteur pourrait rendre public à la rentrée. Ce “Projet” donnera ainsi les grandes directions que l’ULg aura elle-même dégagées. Il ne devra pas forcément être long. Ce sont des grandes lignes dont nous avons besoin, de quelques options fortes qui permettent de définir l’ULg :

1) comme lieu de recherche et d’enseignement (quel équilibre faisons-nous entre ces deux missions fondamentales ?);
2) comme institution (les départements, les Facultés et écoles, etc.);
3) comme lieu de vie, de culture et de démocratie;
4) comme partenaire (au sein de l’Académie Wallonie-Europe ou du “pôle mosan”, au niveau national et international; avec la Ville, la Région, etc.);
5) comme université publique et pluraliste (quelle consistance donner à ces termes dans le contexte intellectuel de notre pays et de l’Europe d’aujourd’hui ?).

A partir de ce canevas (tout provisoire !), de nombreuses autres questions surgissent : pouquoi devons-nous rester une Université complète ? Comment accroître la mobilité des étudiants et des chercheurs ? Qu’en est-il du décloisonnement des formations et de l’accès à une formation plus ouverte ? Et de l’apprentissage des langues étrangères ? N’avons-nous pas une vocation culturelle forte, par exemple dans la promotion de la diversité culturelle ou dans la défense de la langue française ? Que voulons-nous en matière d’urbanisme, d’environnement ? Qu’en est-il du projet d’une fédération des universités de la Communauté française de Belgique ? Et la liste n’est pas exhaustive...

Tout ce remue-méninge, m’objectera-t-on, n’est-ce pas bien naïf ? De quel poids un projet, un contrat ou un manifeste ont-ils jamais pesé dans les jeux de pouvoir et les rapports de force ? Je ne suis pas si candide. Mais justement, dans un monde de plus en plus soumis aux contraintes économiques et politiques de toutes sortes, il est indispensable de savoir dans quelle direction nous allons. En se mettant en question, l’ULg se met en mouvement. Et l’exercice sera réussi, de toute façon, s’il permet à chacun de nous de se reconnaître comme un acteur à part entière de l’université.

 

Pr Edouard Delruelle
conseiller du Recteur

Photo: ULg - Françoise Denoël