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Il n’a jamais changé d’avis. Rudy Demotte, ministre fédéral de la Santé publique, maintient la limitation de l’offre médicale : le contingentement des médecins et dentistes demeure. A ce jour, il est prévu que, jusqu’en 2011, le ministère délivre en Région wallonne 280 attestations pour les médecins et 56 agréments pour les dentistes, sans compter quelques “hors quotas”. Attestations indispensables pour exercer l’art de la médecine ou de la dentisterie dans le cadre de l’Inami. En 2012 cependant, le chiffre sera porté à 313 et l’on ne connaît pas encore les chiffres pour les années ultérieures. Dans ces conditions, Marie-Dominique Simonet a pris la décision d’organiser à nouveau une sélection précoce, dès la fin de la première année de médecine. Mais les étudiants sont inquiets et ils l’ont fait savoir en défilant le jeudi 1er décembre à Bruxelles.
« La sélection précoce à l’Université est indispensable dès lors que le gouvernement fédéral limite l’accès à la profession, admet le doyen Gustave Moonen. Mais la mesure a été annulée en 2002 : Françoise Dupuis, alors ministre de l’Enseignement supérieur, l’ayant jugée discriminatoire. En septembre prochain, un nombre substantiel d’étudiants risquent donc d’obtenir le titre de docteur en Médecine mais pas l’agrément pour pratiquer, s’insurge le Doyen. Je comprends parfaitement qu’ils descendent dans la rue même si je ne doute pas que le pouvoir politique prendra ses responsabilités. »
Du côté de la kinéDepuis l’an dernier, une loi oblige également les kinésithérapeutes à obtenir un agrément pour travailler dans un cabinet privé. Désormais, un examen-concours sera organisé chaque année à la demande de l’Inami. Contrairement aux examens organisés pour les futurs vétérinaires, médecins ou dentistes, les étudiants qui doivent présenter cet examen-concours, eux, sont déjà diplômés. Pourquoi avoir opté pour une telle solution ? « Il existe deux réseaux d’enseignement en kinésithérapie, explique Didier Maquet, logisticien en charge des étudiants kinés, à savoir les Hautes Ecoles (anciennement graduat) et les Universités. Si l’on devait faire un numerus clausus en début de cycle, cela compliquerait grandement l’organisation d’un tel concours et condamnerait sans doute à terme certains centres de formation. Il existe en effet actuellement en Communauté française huit Hautes Ecoles et trois Universités qui organisent cette formation. Et si l’on fixe un nombre limité d’inscrits dès le départ, il n’y aurait vraisemblablement plus assez d’étudiants pour l’ensemble des établissements… » Autre spécificité pour les kinés : le concours, identique pour tous les porteurs de diplôme, n’évalue que de manière très limitée les connaissances et les compétences en relation directe avec la pratique de la kinésithérapie. A titre d’exemple, la matière d’examen porte notamment sur l’historique de la Sécurité sociale… Heureusement pour la promotion 2005, le concours n’a pas eu lieu ! Le nombre d’étudiants inscrits à cet examen était inférieur au quota prévu (180 agréments attribués avec dépassement autorisé de 10%). La raison est simple : un nombre significatif d’étudiants français suivent leur formation en kinésithérapie en Belgique (en moyenne pour les 11 centres de formation, 75% des étudiants de dernière année sont Français; ils sont 58% à l’ULg cette année). Une fois diplômés, ces derniers retournent au pays… sans se soucier d’avoir accès à la pratique libérale en Belgique. Lionel Crasson |
De 2002 à 2004, aucune sélection n’a été effectuée pendant les études. Il y a fort à parier que le nombre de médecins sera plus élevé que le nombre d’attestations disponibles. Les étudiants en sont conscients et, pour le moins préocupés, sont allés manifester à Bruxelles le 1er décembre dernier. Entretien avec Marjorie Peduzzi, vice-présidente de l’Association royale des étudiants en Médecine (Arem).
Le 15e jour : Qui était à la base de cette manifestation ?
Marjorie Peduzzi : L’initiative est venue des cercles associés à la Fédération des étudiants francophones (FEF). Bien que l’Arem ne fasse pas partie de la FEF, nous avons décidé de participer à cette action pour montrer que les étudiants de l’ULg étaient mobilisés. 1500 jeunes se sont retrouvés et parmi eux, des étudiants néerlandophones.
Le 15e jour : Quelles sont vos revendications ?
M.P. : Premièrement, nous voulons que chaque étudiant dans le cursus soit assuré d’avoir un accès à la pratique professionnelle. Actuellement, les étudiants en Médecine vivent dans l’incertitude, ce qui génère un stress supplémentaire. Deuxièmement, nous demandons que la planification médicale soit ré-envisagée. En effet, il semble bien que la Commission se soit basée sur des hypothèses qui n’ont pas tenu compte, par exemple, de facteurs tels que la féminisation de la profession ou le vieillissement de la population. Or, un nombre croissant de praticiens sont des femmes, lesquelles travaillent plus volontiers à mi-temps pour se consacrer aussi à leur vie familiale. Parallèlement, les malades recourent plus volontiers aux soins de santé : la demande est donc croissante alors que l’offre médicale s’appauvrit. Sur le terrain, la pléthore dénoncée par le ministre n’est pas évidente et cette situation touche aussi les dentistes et les kinésithérapeutes.
Le 15e jour : Comment expliquer la présence d’étudiants néerlandophones à vos côtés le 1er décembre ?
M.P. : La Flandre a instauré d’emblée un examen d’entrée (et non un concours) en faculté de Médecine, mais tous ne sont pas assurés d’obtenir un numéro Inami à la fin du cursus. Certains ont tiré la sonnette d’alarme : les médecins néerlandophones sont moins nombreux à Bruxelles et ils craignent une pénurie de dentistes. Le politique évoque la possibilité de supprimer l’examen pendant un an ou deux, puis de le rétablir. Un effet yoyo peu rassurant pour les étudiants qui révèle aussi une stratégie peu cohérente.
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